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Première journée efficace à Dehli. A 9h nous obtenons une lettre de recommandation de l'ambassade suisse, à 10h30 nous déposons notre nouvelle demande de visa pour le Pakistan en juillet et nous l'empochons sans autres à 17h!
A l'ambassade suisse, une interprète présente une famille tibétaine qui veut s'établir en Suisse. Je ne sais pas si cela se passe toujours comme ça mais là ils étaient plutôt cools. Tous les documents n'étaient pas fournis, ils avaient une grande photo de famille plutôt que des photos passeports,... A chaque fois le type de l'ambassade déclarait qu'il s'arrangerait et qu'il ne fallait pas s'inquiter. Il a même proposé de payer les billets d'avions!
Delhi est une ville immense, difficile de se déplacer à pieds entre les divers endroits et nos tours de moto rickshaw dans le quartier des ambassades nous ont permis de faire un peu de site seeing! Dans l'attente de notre visa nous nous occupons en arpentant "Connaught Place", ses magasins chics et chers, ses bars "branchés" et ses fast food à la mode. Les indiens qui s'y promènent sont prospères et rondouillards, se baladent le téléphone portable à la main, bien visible, et savourent les joies de la consommation. Ici pas de mendiants qui dorment sur les trottoirs, on les chasse probablement, mais par contre beaucoup qui arpentent les rues, plus ou moins crédibles, histoire de tirer quelques roupies des poches de leurs compatriotes aisés et surtout des touristes. Les gamins, tout à fait bien portants, courent et rigolent entre eux, un peu trop propres dans leurs chaussures presque neuves. En voyant leur proie ils prennent soudain un air de plus grande misère de la terre en demandant des roupies et amenant la main verre leur bouche pour faire comprendre qu'ils ont faim. Si on leur donne à manger par contre, cela ne les intéresse pas beaucoup. D'ailleurs c'est invariable, dans tous les pays que nous avons visité les locaux nous ont expliqué que la majorité des mendiants sont soit drogués, soit des mendiants professionnels. En Inde il y a tellement de déformés, ou d'handicapés aux membres tronqués que l'on ne peut que croire les histoires sordides comme quoi certains se mutilent eux même ou se font amputer par des souteneurs à qui ils doivent verser le revenu de la journée. Si ils ne gagnent pas assez, on peut imaginer le pire… que faire? Ne pas donner d'argent afin de ne pas encourager ce genre de pratiques? Donner de l'argent en espérant que cela aidera la personne à ne pas se faire rudoyer le soir venu? Nous avons plutôt tendance à ne rien donner car les "vrais pauvres" n'ont pas le temps de courir les rues; ils sont en train de travailler dur pour essayer de survivre.
Est-ce le fait d'être en route depuis six mois et d'avoir passé gentiment par différentes cultures en une lente transition qui fait que, ici comme ailleurs, nous nous sentons à l'aise. Nous nous étonnons des petits détails qui changent sans nous sentir submergés par une foule d'impressions et de sensations complètements nouvelles. Cela se lit peut-être sur nos visages car contrairement à tout ce que nous avions pu entendre ou lire sur Delhi, les rabatteurs, les arnaqueurs et les mendiants nous embêtent peu.
Nous profitons d'un des beaux parcs de la ville pour un moment de lecture et une petite balade parmi les couplent d'amoureux évidemment tous issus d'une classe sociale clairement aisée et occidentalisée. Comme nous avons pu le constater dans le journal et sur Internet, le mariage arrangé est une pratique encore très courante. Les petites annonces sont classées par caste, religion, région, langues, etc. A l'intérieur des castes le classement est encore précisé par "sous-caste". Comme on peut s'y attendre ce sont surtout les mamans qui cherchent la perle rare pour leurs enfants chéris. Pour les filles, le nombre de frère est parfois précisé, histoire peut-être de prévenir le futur gendre qu'il faudra être sage avec son épouse si il ne veut pas se retrouver avec des frères vengeurs d'honneur sur le dos. Mais le critère qui revient souvent c'est que les hommes sont souhaités plutôt friqués et les femmes plutôt belles. Là aussi j'imagine que le journal et l'Internet sont surtout utilisés par des familles riches et éduquées, et que pour tous les autres, cela doit passer par les relations familiales et le copinage.
Le lendemain nous avons été réveillés par une famille de singes en vadrouille près de notre fenêtre, voltigeant entre les branches des arbres, au milieu des câbles électriques et utilisant les gouttières pour se déplacer de toit en toit. A la recherche d'un filtre à huile pour la voiture, d'un presse-citrons et d'autres bêtises du genre, nous voilà partis en moto rickshaw pour un nouveau tour de site seeing dans différents quartiers et bazars populaires. Une fois nos trouvailles durement négociées nous nous dirigeons vers la vieille ville, contraste total avec New Delhi ses larges allées vertes et droites. C'est un labyrinthe assez insalubre, aux ruelles si étroites que parfois le passage n'est possible que pour une personne à la fois! On y voit des rats crevés, les odeurs d'égouts ne sont pas rares et on s'y déplace lentement avec l'angoisse persistante de se ramasser un rickshaw, une charrette ou autre chose dans les mollets. C'est aussi plein de vie et on y trouve tout, un vrai plaisir de fouiner par là. Les gens sont assez pauvres, souriants, accueillants, moins arnaqueurs et ont le regard moins méprisant que celui de beaucoup de nouveaux riches de Connaught Place.
Nous avons visité la magnifique mosquée où les femmes ne sont visiblement pas obligées de se couvrir la tête et où des touristes gras et blancs arrivés en car, au lieu de se balader à pieds nus comme tout le monde, portent de larges "sur chausses" orange vif qui les font ressembler à des canards. Le pire c'est qu'ils se prennent ainsi en photo! Franchement, dans cette élégante mosquée rouge et blanche on ne voit que ça et cela ne sera pas différent sur les photos.
Dans la rue principale de la vieille ville, la seule qui mérite cette appellation à cause de sa largeur mais qui est comme toutes les autres congestionnée, un grand tronçon est fermé au trafic et tout le monde regarde en l'air. Nous faisons donc comme les autres et découvrons des hommes entrain de détruire à coup de massue et avec grand fracas des parties de construction que l'on nous explique être illégales. Ils n'y vont pas de main morte, arrachent la tuyauterie avec des gestes féroces et balancent briques, tôles et autres dans la rue dans un grand nuage de poussière. Je pense que l'effet spectaculaire est recherché, voilà ce qui arrive aux méchants qui construisent sans permis!
Lors du petit déjeuner de notre dernier jour à Delhi, nous apprenons enfin un peu les règles du criquet en regardant le fameux match à la télé en compagnie d'un couple d'anglais. Nous assistons alors à la remontée fulgurante de l'équipe pakistanaise qui à la fin de cette dernière journée du premier test match arrive à égaliser alors que la veille les indiens criaient déjà victoire. Un peu amoureux du Pakistan, nous étions bien contents. Nous avons découvert le fort de la ville et ses agréables jardins et d'autres quartiers mais impossible de mettre la main sur un filtre à huile!
En route pour Agra, nous avons traîné encore pour nous occuper de la voiture qui nécessitait un peu d'entretien et pour jeter un oeil à un magnifique Mausolée tout de rouge et de blanc pour changer. Une balade dans ses jardins verts nous a offert une bouffée d'oxygène avant de plonger dans un bouchon interminable en direction d'Agra. Nous sommes à peine sortis de la ville quand le soleil se couche.
Nous espérions trouver des jolis endroits pour camper au bord de la route mais pour l'instant la région est dense. Nous nous arrêtons à côté d'un Dhaba tenu par une famille accueillante et souriante. Nous déplions la tente à côté de leur réserve de galettes de bouse joliment entassées. Les femmes venues chercher de l'eau à la pompe d'à côté ne sont pas timides et s'adressent à moi tout autant qu' à Dan avec de grands sourires, cela change des pays musulmans mais nous ne comprenons pas pour autant ce qu'elles nous racontent en rigolant. Elles travaillent surtout aux champs mais cela ne les empêche pas d'être élégantes et très propres dans leurs saris et leurs bijoux que l'on pourrait imaginer peu pratiques pour ce genre d'activité.
Nous passons la soirée sur un lit de corde, dans une pénombre plus ou moins intense, oscillant au gré des coupures d'électricité. Une télé brouillée et grésillante passent un vieux film indien, quelques camionneurs s'arrêtent pour un repas et un tchaï et les gamins, trois frères, nous tournent autours avec leurs grands yeux brillants, se chamaillent et se bousculent pour arriver à tenir les trois sur une chaise juste à côté de moi afin de pouvoir m'observer de plus près. Les adultes observent de loin, posant de temps en temps une question. C'est plus reposant qu'au Pakistan où les gens voulaient toujours faire la conversation jusqu'à point d'heure et nous inviter pour tout. Ici on paye ce que l'on doit, sans chichi et ils ne pensent pas à nous arnaquer non plus.
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