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Fatehpur Sikri - Jaipur (16-18.3.2005)  

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Vendeur de légumesNous disons au revoir à Jacek qui se bat avec tout son bazar pour essayer de le faire tenir dans ses deux sacs. Il voulait partir tôt mais partira finalement vers midi, l'heure la plus chaude, peut importe il a quand même le sourire scotché aux oreilles. Après quelques photos de jour à la Mosquée et quelques achats dans le bazar, nous voilà partis.

Difficile de sortir des sentiers battus au Rajastan, une des régions les plus touristiques de l'Inde que nous trouvons déjà extrêmement visitée comparé à l'Iran ou le Pakistan. Ce jour là nous optons donc pour les petites routes. Elles son étroites et en mauvais état et se transforment à l'intérieur de villages en chemins de terre ou de pierre, ponctués d'endroits boueux aux odeurs d'égouts. Elles sont aussi très fréquentées par les camions, les bus et surtout les chars à dromadaires. Cela fait beaucoup de monde qui ne bouge pas de la route, c'est à nous de nous mettre sur le bas côté pour les laisser passer ou les dépasser. Nous n'avançons pas vite et réalisons qu'il nous faudra prendre parfois les grandes routes si nous ne voulons pas passer trois mois au Rajastan!

Les gens par ici ne sont pas bien épais, ont des habits plus qu'élimés, vivent dans des conditions d'hygiène précaires et travaillent sans aucun doute du petit matin au soir pour essayer de subsister. Ils sont simples, serviables et  accueillants. Partout c'est la bouse de vache qui sert de combustibles et qui décore les alentours des maisons et des routes. Beaucoup de maisons sont peintes en un bleu très pâle, superbe contraste avec la couleur de la terre et de la végétation de plus en plu rare. Les femmes ici ont tendance à porter une grande jupe, une blouse et un foulard (dupatta) plutôt qu'un sari. Ce qui m'épate c'est que malgré leur dur travail elles ont de la classe, avec leurs bijoux et leurs voiles aux couleurs éclatantes. Ce sont les reines de ces étendues semi désertiques, quand elles reviennent du puit portant sur leurs têtes bien droites des cruches dorées aux reflets du soleil et de leurs atours.

Nous mangeons dans un bled au hasard, au bord de la route, sous le regard curieux des jeunes qui tiennent ce minuscule dhaba. Des cochons boueux dont on devienne l'arrivée à l'odeur bien avant qu'ils ne soient là essayent de bouffer les fruits qui viennent de s'échapper du sac d'une femme qui a toutes les peines du monde à rassembler son bien. Des dromadaires impassibles observent la scène de haut, fiers de leurs décorations au rasoir (les poils sont laissés longs par endroits de manière à former des motifs). Au moment de l'adition, les jeunes nous font rentrer à l'intérieur pour nous présenter à l'abri des regards une jolie adition très bien écrite mais deux fois trop chère. Nous leur expliquons que leur restaurant n'est sûrement pas plus cher que ce que l'on peut trouver à Delhi et refaisons l'adition à notre manière. Cela les fait marrer et ils ont même l'air un peu gênés d'avoir essayé de nous arnaquer. Ce qui est sûr c'est que le fameux "you are my guests" de l'Iran et surtout du Pakistan, est bien loin ici.

Vers la fin de l'après-midi, nous trouvons un joli coin au bord d'un champ en retrait de la route. Nous nous posons là sur un grand tissus pour lire et profiter du coucher de soleil et des se heures plus fraîches. A une bonne centaine de mètres, il y a un temple, ou plutôt un petit lieu de culte au milieu de quelques arbres, duquel nous parvient le chant pas désagréable d'une voix d'homme. Quelques femmes nous observent de loin mais elles n'ont pas le temps de rester, elles doivent ramener à la maison les gros fagots de tiges séchées qu'elles viennent de ramasser dans le champ. Par contre les gamins ont tout leur temps. Ils m'observent en train de fabriquer des éventails en papier avec l'ancienne carte de Delhi, ça leur plaît, ils aimeraient que je leur les donne évidement, c'est donc le moment d'attirer leur attention sur autre chose, ce qui n'est pas bien difficile.

A l'heure de la tombée de la nuit qui sonne la fin de la journée de travail, le nombre de curieux arrivant en vélo augmente soudain jusqu'à une quarantaine. Heureusement le tissu sur lequel nous sommes assis semble agir comme démarcation de notre espace, personne ne s'assied dessus si il n'y est pas expressément invité. Nous essayons de communiquer un petit peu. Je ne sais pas ce qu'ils ont célébré comme fête aujourd'hui, mais depuis le matin nous croisons des hommes bleus, verts ou rose pink. Ils se sont clairement aspergés d'eau et de pigment comme ils aiment bien le faire parait-il. L'un deux, tout rose avec son turban en bataille et ses lunettes de soleil désuètes rondes et noirs a un look terrible. Petit à petit, avec l'approche de l'heure du repas les curieux disparaissent gentiment. Il ne reste que quelques enfants et un jeune homme qui nous cueille un bouquet d'épis de blé dorés. Il allume un feu de paille et de grandes flammes jaillissent soudain dans la nuit, juste assez longtemps pour y faire griller le blé. Puis il frotte le tout dans ses mains pour faire sortir les grains qu'il reprend ensuite pour les secouer en peu en soufflant dessus. Voilà, juste pour nous des grains de blé grillés en guise d'entrée.

Quand le dernier curieux est rentré à la maison, nous avons à peine le temps de nous mettre à cuisiner que ceux ayant fini de manger sont déjà de retour. Nous les devinons à peine autour de nous dans l'obscurité, ils nous scrutent et discutent entre eux, se demandant si nous cuisinons de l'aloo gobi ou non. Finalement arrive quelqu'un qui sait un peu l'anglais. Nous pouvons communiquer un peu grâce à lui et nous savons depuis le Pakistan que cela lui donne un statut privilégié. Nous l'invitons donc à s'asseoir à côté de nous et à boire le thé. Les autres restent autour, écoutent, posent de temps en temps une question, c'est très sympa. Nous nous faisons inviter par plusieurs d'entre eux mais nos refus polis et nos bonnes excuses ne semblent pas poser trop de problèmes. Quand les gens commencent à bailler, nous en profitons pour leur dire que nous aussi nous avons sommeil.

C'est toujours bon de se retrouver enfin seuls après ces moments intenses. Notre chanteur du temple n'a pas cessé sa mélopée depuis notre arrivée, ses raclements de gorges sont de plus en plus fréquents. Nous ne savons pas bien pourquoi il chante car l'homme qui parlait anglais n'a pas compris notre question à ce sujet. Est-ce toujours le même qui chante ou y a-t-il un tournus? Ce qui est sûr c'est qu'on en a pour la nuit!

Et oui, sept heures du matin et il chante toujours! Peut-être que c'est un autre car ce n'est plus très agréable à entendre, plus agressif, nasillard et moins mélodieux. Les enfants sont déjà autour de la tente et certains essayent même de regarder à l'intérieur, il nous faut poser des limites. Nous n'avons pas grand-chose à manger pour le petit déjeuner alors nous ne traînons pas trop avant de reprendre la route. Dans le bled suivant nous achetons des puri, sortes de pain-beignets, pour accompagner notre tchaï mais à la suite d'un malentendu le vendeur nous les remplit me d'un curry de légumes plus que très épicé! Bon, tant pis, c'est très bon mais à huit heures du matin sur l'estomac vide, je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure idée!

Nous rejoignons la grande route. Je me trompais quand je disais que ce qui différencie la conduite en Inde de celle au Pakistan ce sont seulement les vaches, reines de la route. Comme au Pakistan, tout le monde ignore les règles, personne ne regarde avant de s'engager, de déboîter ou quoique ce soit. Par contre il y a une forme de respect, d'attention à l'autre, de calme qui a totalement disparu ici, les gens sont fiers, parfois trop fiers! Alors que nous roulons tranquillement sur la piste de gauche comme il se doit, un bus déchaîné entreprend de nous dépasser en nous prévenant à grands coups klaxons comme il se doit aussi. Le problème c'est que des camions arrivent en sens inverse et que c'est visiblement trop juste pour passer. Au lieu de ralentir et se remettre derrière nous comme le ferait toute personne raisonnable, il accélère pour forcer le passage, nous ralentissons mais cela ne suffit pas, il se rabat simplement sur nous en nous amochant le devant de la voiture. Nous crions par la fenêtre pour montrer que nous ne trouvons pas ça très malin, il ne s'arrête pas et fait comme si c'était de notre faute! Dan un peu énervé le dépasse et l'oblige à s'arrêter en se posant au milieu de la route. Le gars s'excuse à contre cœur mais il ne veut pas faire marcher son assurance. Un flic arrive sur place et la première chose qu'il nous dit, sans avoir vu ce qui s'est passé, c'est que tout est de notre faute car nous avons le volant à gauche et que c'est interdit en Inde, ce qui est mensonger. Il nous dit de prendre la voiture pour aller au poste de police faire un constat avec lui sans rien demander au conducteur de bus. Bien sûr nous sommes remontés dans la voiture et nous sommes partis sans nous arrêter, pas envie de perdre du temps avec un flic corrompu qui va essayer de nous soutirer des sous en nous faisant croire que le type de la douane qui nous a laissés entrer en Inde avec ce véhicule et qui a signé les papiers se trompait complètement! Une heure auparavant, dans le bled où nous avions déjeuné, deux pseudo officiels dans des costumes élimés avaient essayé de nous soutirer des roupies en s'approchant de notre voiture en gueulant en Indi des phrases dans lesquelles nous ne comprenions que le mot "roupies". Je lui ai répondu en français que ça ne servait à rien d'hurler dans nos oreilles, que nous ne comprendrions pas plus pour autant. Un peu déstabilisés, cela ne les a pas empêché de s'accrocher à nos fenêtres ouvertes en demandant des roupies. Ils avaient changer de tactique, ils étaient maintenant en mode "mendiant" et le comble c'est que le plus grassouillet des deux nous demandait des roupies en levant sa main à la bouche et nous montrant son ventre qui aurait eu probablement plus d'effet si il n'avait pas été aussi gras!!!

Nous étions un peu dégoûtés. Pour nous réconcilier avec la vie, nous nous arrêtons boire un Coca-Cola bien frais sous un arbre dans un dhaba au bord de la route. Le mec veut cinquante roupies alors que nous en payons vingt d'habitude! Nous partons fâchés, lui laissant ses deux Coca-Cola déjà ouverts sur les bras. Il ne faut pas moins que ça pour que le monsieur nous rappelle, nous offre ses boisons à un prix normal et devienne d'un coup plus sympathique.
A Jaipur, une bonne douche dans une "guest house" pleine de verdure nous remet d'aplomb. Nous passons la soirée là, à lire.

Au paradisJaipur, belle ville touristique comme il se doit. L'arrivée en voiture depuis Agra se fait par une route coincée entre des collines pelées et bordée de bâtiments abandonnés à colonnades et petites coupoles. On dirait un décors de filme, une ville fantôme. Une fois les collines dépassées, on s'aperçoit pourtant qu'elle est bien vivante. Première vision dépaysante au petit matin, deux éléphants décorés de toutes couleurs au milieu de trafic urbain. Nous allons visiter un observatoire constitué de toutes sortes de constructions de pierre qui permettait de déterminer l'heure, la position du soleil, des astres et de tout autre corps céleste. Nous passons le reste de la journée à explorer la vieille ville de couleur rouille, avec ses vieilles maisons aux fenêtres travaillées. Nous flânons dans les bazars, faisons la sieste dans un par et apprenons à montrons au mentor de cette petite mendiante potelée qui nous tient la jambe pendant un quart d'heure qu'il y a plus têtu qu'eux. Lorsque le mentor (une femme) se rend enfin compte que nous ne donnerons rien, elle rappelle la fillette et lui indique la prochaine proie, une autre touriste en direction de laquelle la fillette se met à courir prenant son air de plus grande misère du monde qu'elle avait perdu pour un instant.


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