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Udaipur (24-26.3.2005)  

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La route jusqu'à Chittogarh est à nouveau parfaite, petite et tranquille au milieu d'un paysage toujours plus aride. Les arbres sont rares, plutôt rabougris et radins en feuilles vertes à part ceux des villages qui sont visiblement bichonnés. Le paysage est ponctué de tâches rouges flamboyantes, floraisons d'arbres à l'écorce presque noire. C'est la saison de la récolte, on voit bien de temps en temps une moissonneuse vétuste à l'œuvre, soulevant au loin un nuage de poussière mais la plupart du temps c'est à la serpette que se fait le travail, le dos courbé sous un soleil de plomb. Les bouquets de blé mûr, alignés ou assemblés en cercles donnent un aspect pittoresque aux champs, on a l'impression de regarder des vieilles photos de la saison des récoltes dans nos pays. Ils ont ici une technique bien particulière pour s'éviter le "battage" du blé afin de séparer les grains de l'épi. Ils étendent leur récolte sur la route et attendent que les voitures roulent dessus. Nous n'étions pas sûrs la première fois que c'était le but et avons évité le tas d'épis sous les regards d'abord surpris puis désapprobateurs des paysannes. Le tas suivant le doute n'était plus permis, ils avaient mis de grosses pierres sur les côtés pour que les voitures soient obligées de rouler dessus, ce que nous avons fait cette fois avec grand plaisir et accueillis par des sourires radieux. C'est qu'il ne passent pas des milliers de véhicules par jour et qu'avec notre grosse voiture bien lourde, ça doit être plutôt efficace. En tous cas cette fois ils semblent satisfaits.

A Chittogarh nous admirons de loin la belle forteresse qui domine la ville car dans ce pays si on commence à visiter toutes les forteresses, on en a pour des mois. Après Chittogarh c'est une large route intéressante à plusieurs voies qui file jusqu'à Udaipur. Nous arrivons à temps pour admirer le coucher de soleil sur les palais de la ville et sur le lac le fameux lac qui n'est plus, asséché par des années de moussons désastreuses. Comme toutes les guest houses la notre passe Octopussy le soir, un James Bond tourné en grande partie à Udaipur dans les différents palais de la ville comme retraites des méchants. Nous avons un plaisir fou à regarder ce film avec sous nos yeux ces mêmes palais illuminés. Nous avons encore plus de plaisir à rire du jeu du scénario avec les clichés indiens. La course poursuite de rickshaw dans les ruelles étroites de la ville, au milieu des vaches et de la marée humaine est tout bonnement savoureuse.

Holi FestivalNous sommes à Udaipur pour le Holi Festival, le premier jour est un jour de congé, les rues sont désertées, tout le monde est à l'intérieur des maisons. Les familles préparent la fête du lendemain et débarrassent quelques pièces de la maison pour éviter d'éventuels dégâts dus aux échanges de couleur du jour suivant, les femmes préparent des spécialités salées et sucrées et les hommes préparent dans la rue des sortes de "totems" de paille qu'ils brûleront le soir. Chaque quartier a son totem, plus ou moins décoré et bourré de pétards, en tant que bons petits suisses, certains nous paraissent bien près des maisons, des arbres et des installations électriques! Nous errons dans les ruelles vides et nous baladons aussi dans le lac asséché, devenu grand terrain ouvert à toutes les occupations possibles mais surtout utilisé par les gamins pour jouer au cricket ou par les paysans pour y laisser paître leurs troupeaux. Le Lake Palace, au milieu de toute cette terre n'a pas la même prestance qu'il avait sur l'eau. Mais ils ont réussi à garder un bras d'eau qui relie la rive à une entrée de l'hôtel. Un petit bateau permet ainsi aux riches touristes d'accéder sur l'eau à l'hôtel, comme au bon vieux temps. C'est un peu ridicule alors que dromadaires et vaches paissent à quelques mètres et que d'autres touristes arrivent juste à côté en jeeps ultra modernes.

C'est à la tombée de cette nuit de pleine lune que l'on allume les feux dans les quartiers. Toutes les familles sont là, fraîches, peignées et parfumées, revêtues de leurs habits neufs devant leurs maisons. Tout d'abord les femmes exécutent quelques rituels, avec de l'eau, des graines et des pigments de couleur qu'elles jettent sur le totem en prononçant ou chantant des "formules magiques". Suivent encore quelques mouvements circulaires avec une flamme puis les hommes viennent ensemble bouter le feu au "totem" de paille qui prend très rapidement. La chaleur intense fait reculer les gens ce qui n'est pas plus mal car quelques secondes après les pétards explosent dans tous les sens. Les bébés du quartier sont habillés de costumes orange et coiffés de "couronnes" de feuilles de palmiers au bout desquelles sont plantées des fleurs. Les pères, leurs bébés dans les bras, font plusieurs fois le tour du feu, dans le sens des aiguilles d'une montre. Une fois le feu calmé, les hommes y font griller des bouquets de pois et des noix de cocos qu'ils dégustent en famille et entre voisins. Nous n'avons malheureusement pas réussi à savoir la signification de tous ces gestes car nous n'arrivions pas à faire comprendre nos questions et les gens qui nous entouraient ne savaient pas assez d'anglais pour nous répondre. Quand nous partons au centre ville pour aller voir le feu principal, les hommes ont déjà vidé des bouteilles de whisky tandis que les femmes chantent regroupées dans un coin de la place, accompagnées par le son de sortes de claquettes métalliques ressemblant à des mini cymbales.

Sur la place principale, devant le temple, tous les blancs de la ville sont là mais aussi énormément d'Indiens. Un DJ met l'ambiance en passant un choix de musique indienne bien commerciale tandis que deux travestis Indiens dansent sur les marches du temple faisant le show pour tout le monde. Une touriste blanche, blonde et peu habillée se met soudain à danser elle aussi au milieu des Indiens, sous les regards oscillant entre étonnement, désapprobation et désir. Encore une que l'on entendra sûrement se plaindre sur les terrasses des guest houses que les Indiens la tripotent toujours! Finalement, le feu est bouté au "totem" par une longue "queue" de pétards qui remonte une petite rue en explosant jusqu'au tas de paille, sous une pluie de bouts de papiers multicolores (téléchargez le film!). La vision de ce temple illuminé à travers la fumée et cette pluie de couleur est féerique. L'espace est petit, les pétards puis la chaleur du feu ont fait naître un mouvement de recul mais quand les pétards cachés dans la paille commencent à exploser, tout le monde s'en prend quand même plein la figure! Un pompier suisse aurait  fait une crise cardiaque devant une telle scène! Une fois le feu calmé, la musique reprend, quelques indiens dansent autour du feu et l'alimentent en y jetant des bouts de bois démunis de leur écorce et peints de couleurs comme des grands mikados. Mais la fête s'interrompt soudain avec une coupure de courant. Le contraire nous aurait plutôt étonné en fait ayant vu les installations électriques de la place, un grand "magma" de cables dangereusement près du feu. Plus de musique, tout le monde rentre à la maison, achetant sur le chemin les derniers sachets de poudre colorée qu'ils se jetteront à la figure le lendemain. Nous faisons aussi nos provisions.

Deuxième journée du Holi Festival, plus personne ne porte ses beaux habits car le but de la journée est de se colorer mutuellement en se souhaitant un "happy Holi". Nous nous réveillons tard et un coup d'œil dans la rue nous permet de dire que la journée est déjà bien entamée, plus une seule personne qui n'est pas couverte de poudre bleue, rose, jaune ou verte. Evidemment les plus fervents dans la bataille sont les enfants et adolescents. Les hommes en profitent pour boire surtout, les femmes et les personnes âges sont plus modérées, se contentant souvent de nous poser un peu de couleur sur les joues ou sur le front tandis que les autres nous en mettent le plus possible et partout! Au bout d'une centaine de mètres nous sommes déjà méconnaissables. Nous sommes invités à entrer dans une maison où les femmes m'achève en me versant en gloussant la moitié d'un paquet vert dans le décolleté. On nous offre à manger toutes sortes de cochonneries préparées la veille, nous avons le chois entre "super épicé" ou "ultra sucré". Nous nous baladons dans la ville pour apprécier cette ambiance festive avant de retourner à notre guest house où le propriétaire et les mâles de sa famille, tous roses et bleus, descendent de grandes rasades de rhum depuis le matin et, à cette heure là, dansent dans le jardin!

Nous partons vers Jodhpur en compagnie de Dimitri. Les petites routes qui nous mènent vers Ranakpur sont superbes, serpentant entre les collines arides et pierreuses, avec toujours ces champs de blés dorés et ces arbres aux fleurs orange vif. Faire pousser du blé ici n'est pas une mince affaire. Nous nous arrêtons près d'un puit où une femme fait tourner deux bœufs qui entraînent tout un mécanisme qui permet de remonter l'eau du puit dans des petites cruches qui arrivée au sommet de leur course se déversent dans de fin canaux qui partent en pente douce en direction des champs. Apparemment les bœufs ne tourneraient pas tout seuls si on les laissait car la femme, un bâton à la main, ne les lâches pas et tourne avec eux.

Temple JainLe temple Jain de Ranakpur devait se trouver, il y a longtemps, comme une bijoux raffiné dans un écrin de collines brutes et arides. Aujourd'hui les aménagements extérieurs pour les touristes en gâchent l'approche. Heureusement l'intérieur est superbe avec sa forêt de colonnes blanches savamment sculptées. Les quelques dieux principaux sont au centre du temple, abrités dans des alcôves aux bas reliefs les plus travaillés. En arrivant le croyant fait sonner la cloche qui pend tout près afin d'attirer l'attention du dieu. Les autres dieux moins importants se partagent des niches dans le mur périphérique du temple. Ils se ressemblent tous, blanc ou ocre, assis dans la position du lotus avec leurs yeux brillants dans la pénombre. Heureusement pour le fidèle ils sont numérotés, ainsi, pas de risque d'adresser sa prière à un dieu qui n'en à rien à cirer! A nouveau l'atmosphère est peu recueillie et les hommes saints qui sont là semblent plutôt intéressés aux roupies qu'à la religion. Au milieu du flux de touristes il y en a tout de même qui arrivent à s'éloigner d'un manière ou d'une autre des distractions extérieures et qui prient, méditent ou lisent des textes.

Nous continuons un bout mais évidemment au moment de se poser quelque part pour camper le paysage n'est plus aussi beau. Nous trouvons tout de même quelques arbres au pied d'une colline à quelques dizaines de mètres de la route assez tranquille. Le coucher de soleil, le magnifique ciel étoilé puis la lune encore presque pleine viennent donner au lieu la touche de romantisme qui manquait. Quelques vélos et motos ralentissent en nous devinant à travers les arbres mais nous sommes un peu éloignés des villages et personne ne s'arrête pour venir nous demander d'où nous venons ou nous observer pendant des heures sans rien dire, ce n'est pas désagréable pour une fois!

Il est six heures trente du matin quand deux jeunes ne tenant plus de curiosité nous lancent des "hello, hello" en espérant nous faire sortir la tête de la tente. C'est réussi, après avoir répondu aux questions de base Dan leur fait comprendre par gestes que nous voulons dormir, ils s'excusent, nous fermons la tente. Au bout de quelques minutes ils recommencent et Dan fait une deuxième tentative d'explication. Ils s'excusent à nouveau. Plus tard, lassés de ne pas nous voire nous lever, ils quittent les lieux en lançant encore des "goodbye" bien sonores, on les adore!

La route jusqu'à Jodhpur n'est plus intéressante et nous arrivons rapidement en ville. Là, visant la vieille ville et se doutant de l'accès difficile en voiture, nous demandons à plusieurs Indiens si c'est possible de nous engager dans ces rues en voiture. Tout sourire ils nous affirment tous qu'il n'y a pas de problème. Bien sûr, cela ne loupe pas. La rue se rétrécit de plus en plus et nous nous retrouvons coincés, des rickshaw têtus devant et derrière, des motos et vélos qui s'immiscent dans tous les espaces encore libres et un gros bouchon est ainsi créé en quelques secondes. Tout le monde klaxonne et tempête, personne ne veut bouger ou reculer pour essayer de décongestionner la situation. Je suis sure que ceux qui nous demandent maintenant d'un air fâché pourquoi nous sommes venus dans la vieille ville en voiture nous auraient aussi affirmé quelques minutes auparavant qu'il n'y avait aucun problème!

Finalement c'est un Indien très sympa qui fait dégager le chemin devant notre voiture, il a plus d'autorité que nous sur ces compatriotes et nous amène jusqu'à un parking, nous sommes sauvés! Il nous laisse là, nous salue avec un grand sourire et ne nous demande rien pour son aide, agréable surprise, il existe des gens encore serviables de manières désintéressée!

JodhpurIl nous faut bien le reste de la journée dans une sympathique guest house bleue avec vue sur le fort et la ville pour récupérer de cette entrée peu triomphale à Jodhpur. Nous nous reposons et lisons tandis que Dimitri dort jusqu'au soir tout en maintenant que la nuit de camping passée à l'intérieur de notre voiture à dormir sur des planches était merveilleuse! Nous avons passé la journée du lendemain à nous balader dans les jolies ruelles bleues de Jodhpur, à visiter le fort, à nous perdre en redescendant en ville et à fêter par une petite mais bonne bouffe la réussite du diplôme de Dimitri qui venait de recevoir un six sur six.


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