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Vers Mandvi (3-6.4.2005)  

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Désert du TharTrouver une Inde un peu plus authentique, des grands mots… Nous avons juste envie de visiter des endroits ou il semble y avoir encore une vie en dehors du tourisme. Mais peut-être que l'Inde authentique est à certains endroits l'Inde du touriste... Nous comptions filer jusqu'à Khuri et ses dunes de sables avant de vraiment bifurquer vers le sud. Mais arrivés là-bas on nous fait comprendre que la frontière Pakistanaise est trop proche, que nous allons rencontrer beaucoup de postes de contrôle où on va nous embêter. Ce n'est probablement pas le cas, comme souvent, mais nous n'avons pas envie de tenter notre chance. Nous rebroussons chemin sur une vingtaine de kilomètres avant de piquer vers le sud.

Nous nous enfonçons dans ce désert toujours plus sec et pourtant toujours si peuplé. Les rares buissons et arbres semblent lutter pour leur survie, tout comme les humains qui arrivent, à force de travail, à y faire paître leurs troupeaux et y cultiver quelques rares champs bichonnés. Nous observons beaucoup de bords de route ou de pistes en travaux. On creuse le sable pour y ensevelir des tuyaux, des conduites d'eau? Comme sur tous les chantiers, hommes et femmes suent sous un soleil de plomb. Vers midi ils font la pause et l'ombre des rares arbres devient comme un trésor précieux. Au pied des ces arbres, des groupes blancs ponctués de quelques taches de couleur, ce sont les hommes et leurs turbans. Au pied d'autres arbres, des groupes aux couleurs de l'arc en ciel, ce sont les femmes. Ils mangent la nourriture qu'ils ont emporté le matin, dans une cantine métallique, sur le porte-bagages de leur vélo si ils ont la chance de ne pas devoir se déplacer à pied. Peut-être même que si on laisse traîner la cantine au soleil à ces heures là, le repas doit sembler sortir de la casserole tellement il fait chaud! A l'ombre, il fait 42°C mais comme l'air est sec cela parait agréablement frais par rapport à la fournaise de cette chaleur verticale sur le sable brûlant de lumière.

Pas d'air conditionné dans la voiture où il fait plus chaud que dehors au soleil si nous nous arrêtons. Nous roulons donc dans ce magnifique paysage, toutes fenêtres ouvertes, un vent chaud et pourtant rafraîchissant dans la figure. De toute façon pourquoi voudrions nous nous arrêter, pour observer, comme au zoo, la vie quotidienne des gens dans ce milieu hostile? Nous nous sentons plus à l'aise de passer doucement, sans nous arrêter, répondant au passage aux sourires ou aux signes de mains, ne laissant derrière nous que quelques traces de pneus parfois et il faut bien l'avouer un peu de pollution.

Bon, ce n'est pas que ce désert n'est pas pollué, les transports se font essentiellement par des petites jeep légères aux pneus fins et conduites à l'indienne genre "je suis le roi de la route, poussez vous sur le bas côté même si il y aurait de la place pour les deux si j'en avais envie"! Les déplacements plus courts et quotidiens se font à pied, en vélo, en moto ou en dromadaire.

Dans ce paysage uni et épuré, tout est mis en valeur et y gagne une beauté nouvelle. Le noir profond des troupeaux de chèvres, le blanc pas toujours si blanc des moutons à têtes noires, les vaches, leur poil brillant et leurs superbes cornes qui se courbent différemment chez chacune d'elles, les dromadaires méprisants et leurs tatouages, les formes torturées des arbres, celle simple des cases. Les paons, les impalas sont des animaux magnifiques même dans les cages d'un zoo mais c'est émerveillement de les voir évoluer en toute liberté dans ce désert. Même les vautours qui s'acharnent sur une carcasse ne semblent pas macabres dans ce paysage, c'est la nature dans son œuvre de nettoyage.

Les scènes de vie quotidienne sont si dures et en même temps si pittoresques pour les regards du touriste. Ces bergers habillés de blanc, leurs boucles d'oreilles dorées qui brillent de milles feux, leur peau tannée par un soleil d'enfer sous lequel ils arpentent le désert sans relâche afin de nourrir leurs troupeaux. Ces femmes et ces enfants qui portent dignement sur leurs têtes de lourds fagots de bois mort ou des cruches remplies d'eau sur des kilomètres à pied, avec aux pieds, pour éviter de se brûler, des tongs en plastique. Ces enfants nus, un peu trop maigres, qui jouent dans les réservoirs d'eau. Ces gens qui vont suer aux champs ou sur les chantiers, entassé sur des charrettes tirées par des dromadaires. Nous photographions ces images dans nos têtes, n'osant pas le faire avec notre appareil photo.

Ce désert est définitivement très peuplé, difficile de trouver un coin pour camper un peu à l'abri des regards et qui ne semble appartenir à personne. Chaque ombre de dune abrite un groupement de cases entouré d'enclos de banchage et d'endroit visiblement destinés à la culture. A la tombée de la nuit il nous faut bien nous décider. L'endroit, sous un arbre un peu en hauteur sur une dune, est charmant mais pas très discret. A peine installés nous entendons les piaillements d'une dizaine d'enfants derrière une haie de branchage, courant d'un bout à l'autre afin d'essayer de trouver le meilleurs point de vue sur nous. Nous devinons leurs silhouettes à contre jour, nous les entendons égrainer tous leurs mots anglais, mais comme par magie ils ne franchissent pas la haie qui se trouve quand même à quelques dizaines de mètres de nous. Nous en profitons pour savourer un instant de calme avant de leur donner le feu vert en répondant à leurs appels et en leur faisant signe.

Matin de camping...Ils repèrent tout de suite les traces du Pakistan que nous traînons avec nous comme les décorations de la voiture ou ce grand châle multi usage que l'on nous avait offert plus à l'ouest, juste de l'autre côté du désert du Thar. Tous fiers de leur découverte ils pointent l'horizon en direction du coucher de soleil "Pakistan, Pakistan!" Quelques adultes débarquent aussi, nous leur montrons la photo que nous avons fait de la voiture avec la tente ouverte en leur faisant comprendre qu'on aimerait dormir là pour la nuit. Comme souvent nous sommes les bienvenus. Alors que nous vaquons à nos occupations habituelles (ouvrir la tente, cuisiner, etc.), nous sommes tous surpris de voir les enfants, commençant à être un peu envahissants, obéir à un adulte qui leur dit de se calmer et de s'asseoir à quelques distances afin de nous laisser de l'espace! Cela doit être une personne importante du coin ou d'une caste supérieure car à son arrivée toute l'effervescence s'était tournée vers lui pour un instant, et quasiment tous l'avait salué en lui touchant les pieds.

Nous passons donc un début de soirée tranquille, sous les étoiles au milieu d'un groupe de personnes calmes et moins intrusives que d'habitude, ce qui n'est pas plus mal pour favoriser quelques échanges. Dans l'ombre nous devinons l'arrivée de nouvelles personnes, le départ d'autres, on nous demande régulièrement si nous avons besoin de quoi que ce soit. Nous voilà à nouveau surpris quand, nous apprêtant à entamer notre repas, l'homme influent décide que c'est plus approprié de nous laisser manger seuls. Sur ses ordres, tout le monde se disperse, chacun partant vers sa case, disparaissant dans l'obscurité derrière sa dune.

Le lever est moins tranquille et nous cédons au bout de quelques temps aux "hello, hello" qui fusent depuis le petit matin autour de notre tente. L'homme qui voulait la veille absolument nous offrir du lait, que nous avions refusé alors à grand peine, nous attend en bas de l'échelle avec dans ces mains un joli pot doré rempli de lait… Je lui aurais bien piqué son petit pot et pas seulement le lait! Nous voilà en train de faire du thé et de le distribuer aux adultes  présents. Un seul refuse, c'est l'homme important, les autres ne se font pas prier dans ce petit matin frais. Cette fois encore tout le monde se tient à une distance raisonnable sous l'œil attentif de cet homme. Au moment du départ l'un d'eux nous demande si nous avons un appareil photo et si nous pouvons lui donner comme cadeau, hum, il ne perd pas le nord le monsieur!!! Nous changeons de sujet de conversation en proposant une photo de groupe, diversion réussie.

Nous continuons notre route dans le désert. Comme toujours il faut demander le chemin car carte, GPS et guides sont rarement d'accord. Dans un hameau, nous n'arrivons pas à prononcer correctement le nom du village que nous visons et nous voilà en train de choisir une route au hasard. Nous constatons vite qu'elle est fausse mais ne voulant pas revenir sur nos pas, essayons de couper à travers par les pistes. Nous voilà en train de zigzaguer entre les dunes, sur des pistes de sables, essayant des suivre des traces qui se séparent tous les vingt mètres. Nous passons au moins une heure pour faire quelques kilomètre et pour nous y retrouver. Tant pis ou plutôt tant mieux, le paysage est encore plus sauvage que la veille. Là non plus pas envie de casser la magie du lieu, le sourire et la beauté des gens en pointant notre objectif. Je garde en tête ces belles femmes qui semblent se couvrir de plus en plus de bijoux et de couleurs au fur et à mesure que le désert se dénude. Ici elles portent des bracelets qui leur vont du coude à l'épaule et de grands disques ou anneaux dorés dans le nez dont le poids est parfois supporté par une mèche de cheveux ou un cordons tressé. Certains hommes ont aussi leurs bijoux. Les boucles d'oreilles en petites fleurs dorées au cœur rouge que nous avions observées dans la région de Jaisalmer, ont cédé la place à trois boules dorées qui scintillent comme des petits soleils sur leur peau brûlée.

Nous sortons du désert presque à regret. Nous l'avons traversé gentiment, nous remplissant les yeux. Nous aurions voulu y passer plus de temps mais pour faire quoi? S'arrêter plus longtemps pour aller embêter les gens dans leur vie quotidienne, regarder comment ils vivent, les observer comme des animaux sans pouvoir communiquer? Cela n'a pas de sens et nous gardons précieusement en mémoire les petites rencontres furtives lors de nos arrêts pour manger, remplir notre bidon d'eau, demander notre chemin…

Nous entrons dans l'état du Gujarat et nous dirigeons vers le Kutch, une région de plaine inondée lors de la saison des pluies et qui se transforme à la saison sèche en de vastes plaines torrides et salées. Le Gujarat est un état moins touristique que le Rajastan et pour cause… C'est un état très industrialisé. Le long du chemin que nous suivons, le paysage est plat, monotone, ponctué de nombreuses industries. Le tremblement de terre qui a ravagé et littéralement aplatit la région n'a pas aidé. La reconstruction se fait en béton ou en parpaings sur des plans monotones qui donnent à ces villages des airs de campements en dur.

De nombreux pèlerins marchent le long de cette route. Nous les croisons sur des kilomètres sans réussir à savoir quelle est leur destination. Un sac, un truc quelconque sur la tête, une bouteille d'eau à la main, il se lancent à l'assaut de ces vastes plaines peu réjouissantes, sous un soleil de plomb. Les bouteilles sont rapidement vides et nous les voyons parfois quémander de l'eau aux voitures qui passent. Alors que nous venons juste de remplir notre bidon de 16 litres, nous nous arrêtons et commençons à remplir les bouteilles des gens qui arrivent en courant. C'est d'abord l'affolement puis nous devons les rassurer que nous leur donnons de l'eau filtrée car ils hésitent et en fin ne sont plus intéressés du tout quand ils constatent que l'eau n'est pas froid, c'est là que l'on reconnaît ceux qui avaient vraiment soif… Nous campons au bord d'un champ et recevons soir et matin quelques visites sympas et peu envahissantes.

Les guides décrivent Bujh comme bien touchée par le tremblement de terre mais encore charmante. Je les soupçonne de vouloir ainsi aider à relancer le tourisme. Du peu que nous en avons vu, la ville a été dévastée et en partie reconstruite mais sans charme. Nous arrivons à l'heure de la sieste, les ruelles sont désertes et les traces du malheur se lisent encore partout. L'ambiance est un peu lourde, nous n'avons pas l'énergie de donner sa chance à cette ville en attendant l'animation du soir, nous filons vers Mandvi, petite ville située à une cinquantaine de kilomètres de là au bord de la mer.

La route qui y mène est enfin jolie, traversant quelques collines et prenant un petit air de bord de mer avec de la verdure et des palmiers. Mandvi se révèle une petite ville très peu touristique et pleine de charme. Les gens sont accueillants même si sur leur dire nous nous retrouvons comme à Jodhpur coincés dans des petites ruelles. Cette fois nos sauveurs sont deux jeunes en mobylette que nous suivons avec confiance pour sortir de ce labyrinthe.

Mmmmh !Il y une chose à voir à Mandvi qui à notre avis vaut le détour à elle seule, c'est la construction à la main de grands bateaux de marchandise en bois. Nous sommes allés traîner un peu vers les chantiers et un jeune propriétaire à l'allure de pirate nous a invité à visiter son bateau. A l'intérieur de ce bateau en devenir, nous nous sentons un peu comme Jonas dans les entrailles de sa baleine. Tout y est brut, les énormes pièces de bois sont irrégulières, les clous et boulons très artisanaux et le soleil perce par les interstices. A l'extérieur, une quinzaine d'ouvriers sont en train justement de rendre le bateau étanche, nous entendons la musique de leurs marteaux qui cognent en cadence. Ils remplissent les interstices en y coinçant des cordons de coton de différentes épaisseurs, imbibent ensuite le bois d'huile et recouvrent le joint d'une sorte de graisse.

Apparemment la construction d'un tel bateau prend deux ans et le bois est importé de Malaisie. Le propriétaire fait un emprunt à la banque qu'il espère rembourser par son futur business qui consiste à transporter des marchandises entre la péninsule arabique, l'Iran, le Pakistan est l'Inde. Nous ne sommes pas sur d'avoir bien compris le prix annoncé par le propriétaire car cela équivaudrait à 500'000 francs suisses, ce qui nous paraît une somme monstrueuse par rapport au niveau de vie du pays.

Mandvi peut aussi se targuer de sa plage, pas très excitante et sans ombre, mais qui accueille aux heures fraîches les touristes indiens de passage ainsi que les gens du village qui viennent se tremper les pieds, admirer le coucher de soleil et proposer aux touristes des balades à cheval ou en dromadaire et des petits trucs à grignoter. Pour y aller, trop flemmards pour faire un détour à pied, nous essayons de prendre un raccourci et nous perdons un peu dans les quartiers les plus pauvres, les maisons y sont de parpaing et de tôle ondulée, les gamins courent partout, les femmes bossent dur et l'hygiène est très moyenne. Nous sommes tout de même reçus avec des sourires et aucune mendicité.

Sinon que faire d'autre dans cette petite ville tranquille où la vie semble s'écouler à un rythme de bord de mer? Rien et cela nous convient bien! Nous passons le reste de notre temps à nous balader dans les ruelles avec leurs petites maisons aux couleurs pastel et aux façades décorées de colonnes et de stucs dont on ne distinguent presque plus les motifs à cause des couches de peinture successives. Nous observons le chargement et déchargement des dromadaires et des camions sur la petite place où les vieux discutent et boivent le thé. Nous mangeons des glaces, sirotons des limonades et, tant pis pour l'éventuelle "turista", goûtons à toutes les bonnes choses proposées par les petits stands sur charrettes de la place principale. C'est un endroit  animé où tout le monde s'arrête un instant pour se caler ses petits creux. La spécialité est un petit sandwich dont l'intérieur est arrosé de sauce avant d'être rempli d'une sorte de pâte épaisse et sucrée aux fruits et de cacahuètes grillées et épicées. Ce n'est pas mauvais du tout malgré ce qu'on pourrait imaginer!


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