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Vers Mumbai (15-17.4.2005)  

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Nous quittons Diu juste au bon moment, ayant profité de cinq jours de "farniente" et encore un peu sur notre faim, nous promettant la découverte d'autres plages, plus loin… Ayant oublié entre temps nos déboires avec les petites routes, nous cédons à nouveau à la tentation jusqu'à Palatina. Cette fois le paysage en vaut la chandelle. Nous traversons cette campagne plate, verte et ocre, sillonnée par des chars à bœufs aussi blancs que leurs conducteurs blancs dans leurs habits du Gujarat ou par des "motos-rickshaws-bus" multicolores. Par contre nous nous faisons à nouveau secouer comme jamais et, sous cette chaleur brûlante et sèche, les villages, somnolents dans leur poussière, font penser aux villages des vieux westerns. Au milieu de cette torpeur, nous percevons des cris d'enfants comme il s'en échappe des cours d'écoles lors des récréations. Au dessous du pont sur lequel nous sommes, coule une rivière pleine de vie. Les gamins s'y ébattent et les femmes y lavent tout ce qu'elles peuvent, leur linge, leurs cheveux et les enfants qu'elles arrivent à pêcher au milieu de ce banc frétillant. Les petits corps bronzés et luisants se couvrent de mousse blanche entre les mains expertes des mères rapides afin que leur prise ne leur file pas entre les doigts!

A Palatina aussi nous renonçons à la visite du fameux complexe de temples Jain posé sur une colline, nous ne sommes pas motivés. Par contre les gens de ce petit bled sont extrêmement accueillants, cela semble être une constante au Gujarat! Ils ne nous harcèlent pas, sont contents de nous voir, sont curieux mais ne font pas plus attention à nous que ça. L'échange est ainsi agréable et égalitaire; personne ne semble attendre quelque chose de l'autre.

Bombay est devenue Mumbai avec un courant nationaliste qui voulait éradiquer les noms coloniaux des villes pour leur redonner leurs noms d'avant. C'est ainsi que Madras et devenu Chennai ou Bénarès, Varanasi. Pourtant il paraît que Mumbai est un nom que la ville n'a jamais porté auparavant… Peut importe, si Mumbai est trop jeune pour faire naître des images dans nos têtes, Bombay par contre évoque forcément des choses. En plus de notre imagerie personnelle, depuis notre arrivée en Inde, nous avions entendu le pire comme le meilleur sur cette ville. A son approche notre curiosité s'éveillait de plus en plus et nous avons décidé d'y filer en faisant l'impasse sur Ahmedabad, ville sûrement très intéressante culturellement mais ville indienne de plus sur notre itinéraire qui juste à ce moment là en était un peu saturé.

Nous empruntons la route principale sans regret cette fois. Juste avant d'arriver à Vadodara nous entendons sortir du moteur un bruit que nous connaissons et qui ne nous plait pas. Effectivement la roue des courroies de transmission de notre moteur ne tourne plus rond, cela veut dire que notre clavette qui tient ensemble toute les pièces est à nouveau en train de s'autodétruire. Jusqu'à cette issue que nous savons fatidique, il nous faut être dans un endroit correct pour réparer la voiture, Mumbai serait idéal. Quand la roue ne tourne pas rond, cela crée des vibrations qui détruisent la clavette ce qui a pour effet de faire tourner la roue encore moins rond. Dan essaye donc de serrer au maximum tout ce système afin de limiter les vibrations. A Vadodara un policier nous siffle. Il veut nous donner une amende car nous n'avons pas le fameux bout de scotch jaune qu'ils ont tous sur leur phare droit et qui nous intrigue déjà depuis notre entrée dans le Gujarat. On nous apprend que c'est obligatoire afin d'éviter l'éblouissement des voitures en sens inverse. Peu importe, nous ne voulons pas comprendre ce qu'il raconte mais commençons à jouer ostensiblement avec notre gros scotch gris qui était par chance à portée de main. Notre flic est enfin rejoint par un autre qui sait l'anglais mais qui est moins à cheval sur les principes. Il comprend toute suite notre suggestion silencieuse et la souffle à son collègue qui saisit le scotch gris et nous en colle un gros bout sur le phare. Il ne nous colle pas d'amende par contre et l'honneur est sauf face aux autres flics. Ils nous disent au revoir avec un grand sourire, non sans nous avoir indiqué notre chemin. Nous trouvons une guest house qui pourrait être charmante si elle n'était pas si poussiéreuse et la ville n'est pas désagréable avec son quartier de la gare animé mais nous avons la tête ailleurs. Est-ce bien le problème de toujours qui refait surface ou est-ce autre chose? Arriverons nous à Mumbai? Trouverons nous quelqu'un pour réparer la chose? Et si non que faire?

Comme il est déjà tard, nous allons au premier restaurant conseillé par notre guide et qui n'est pas trop loin. C'est un peu plus classe que d'habitude, une sorte de restaurant récent, au style américain avec, au rez-de-chaussée, un fast food et une partie de restaurant avec décor "classique-chic". A l'étage, une autre partie du restaurant offre un décor "jeune-branché". Nous choisissons l'étage. Il y a là des couples et quelques familles. Les gens au lieu de discuter entre eux regardent les deux écrans de télévision dont l'un diffuse des clips vidéos et l'autre des dessins animés. Le spectacle de ces familles aisées qui mangent vite, sans se parler et qui s'en vont dès le repas terminé, n'est pas très réjouissant. Dans la rue en dessous de nous un eunuque est en train de mendier à sa manière, c'est-à-dire qu'il fait son show pour une famille arrêtée en scooter devant le take away du fast food. A travers la vitre nous n'entendons bien sûr pas ce qu'il raconte mais il s'adresse à un petit enfant que son père tient dans les bras. Il lui parle avec la même attitude que le Père Noël prend chez nous pour parler aux enfants. Et le père s'adresse à son bambin en lui montrant l'eunuque du doigt, comme si il lui expliquait quelque chose. Je me demande bien ce qu'il peut lui raconter à la place de "tu vois, c'est le Père Noël, c'est lui qui distribue les cadeaux aux enfants qui ont été sages…" Dit-il "tu vois, c'est un eunuque, on lui a coupé le zizi sans forcément lui demander son avis, il s'habille comme une femme et mendie, c'est la seule manière pour lui de survivre dans notre société, faut pas avoir peur…" En tous cas l'eunuque a fini son show, récupère au vol un billet de dix roupies et continue sa route de sa démarche faussement gaie et trop chaloupée.

Le lendemain nous filons à Mumbai ne nous arrêtant que pour manger au bord de la route dans un arrêt pour camionneurs, ce qui signifie souvent bonne bouffe à prix raisonnable. C'est mieux qu'une aire d'autoroute, les chauffeurs y trouvent une salle pour se reposer, un coin pour se laver, un barbier, un tailleur et un mécanicien. Dan profite avec eux d'une "douche" après avoir transpiré des litres d'eau en dix minutes, le temps de se glisser sous la voiture pour resserrer encore une fois tout notre système qui se desserre de plus en plus vite: mauvais signe! Le jeune mécanicien, alors qu'on lui propose d'acheter un bout de tube métallique qui nous serait bien utile, refuse pour mieux nous l'offrir. Ce n'est pas si courant dans ce pays, nous en sommes tout touchés!

La route qui descend vers Mumbai longe tout d'abord un paysage plus boisé, moins plat et aux champs plus verts qu'au Gujarat. Plus loin c'est des collines qui s'élèvent doucement et les champs s'étagent en terasses. Ce paysage laisse supposer que Mumbai, sur son île, au milieu de ces collines vertes, fût à ses débuts une petite ville dans un cadre naturel idyllique. On en devine les restes quand on aperçoit au loin le grand parc naturel conservé en plein milieu de toute l'étendue de cette métropole.

Nous appréhendions un peu l'entrée dans Mumbai, avec en tête notre arrivée à Dehli. A quarante six kilomètre du centre, la grande route se termine par une sorte de péage et un panneau "Welcome to Mumbai". Nous tombons directement dans un bouchon et faisons vite le calcul: pour quarante six kilomètre à cinq kilomètres heures, nous aurons le temps de perdre nos nerfs! Mais bonne surprise, l'embouteillage se révèle passager, dû à des travaux, et nous circulons ensuite de manière relativement fluide et sans trop de problème jusqu'au centre. Le fait que ce soit dimanche n'y est sûrement pas pour rien. Sur quarante six kilomètres nous voyons défiler des paysages urbains très différents. Des immeubles de nouveaux riches, neufs et d'une architecture démodée chez nous, des immeubles décrépis de "monsieur et madame tout le monde", des bidonvilles en passe de devenir de l'habitat plus si précaire que ça et bien sûr des bidonvilles tout court. Certains sont juste là, à quelques mètres au-dessus de nous, perchés sur les roches à travers lesquelles on a creusé pour rendre la route plus plate. Je lève les yeux, une femme cuisine sur un feu entre deux bouts de tôle, dans le bruit et la pollution des milliers de véhicules qui passent ici quotidiennement. C'est bien sûr aussi là qu'elle dort et que ses enfants courent et jouent. Nous traversons des quartiers verts, d'autre trop gris, certains ont une atmosphère de village, d'autre de grande ville anonyme. Malgré tout, notre première impression est plutôt positive. Ce jour-là le ciel est bleu, les rues sont peu encombrées et la fameuse pollution si souvent "promise" ne nous saute pas à la figure.

Notre voiture a tenu bon et nous nous dirigeons vers le quartier des touristes, qui offre toutes les facilités mais où les chambres bon marché sont des taudis. Tant pis nous nous offrons un petit luxe (relatif) histoire d'avoir une chambre correcte où nous retirer après les journées souvent fatigantes des grandes villes polluées. Après le souper nous allons traîner comme beaucoup d'Indiens le soir près du "Gateway of India". Assis sur le parapet en pierre au dessus de l'eau nous lisons en observant les vendeurs de ballons, de glaces et de toute autre sorte de jouets, gadgets et cochonneries. Un policier nous siffle pour nous faire enlever les pieds du rebord qui sert de banc dans le parapet. Nous râlons un peu en lui montrant du doigt tous les autres Indiens assis comme nous mais obtempérons. Nous remarquons ensuite que les autres ont en fait enlevé leurs chaussures et faisons donc de même. Cette anecdote fait bien rire trois marins qui sont assis à côté de nous et en profitent pour casser du sucre sur le dos de la police, pas vraiment appréciée dans ce pays! Ces trois matelots sont tous fiers de nous citer tous les pays dans lesquels ils ont eu l'occasion de faire escale. Ils nous expliquent qu'ils travaillent pour des compagnies étrangères et que même celui qui n'est encore que stagiaire gagne huit cents dollars par mois, une fortune! Les deux autres gagnent quatre milles dollars par mois!!! Ils vont travailler ainsi deux ou trois ans, faire des économies, puis essayer de monter un petit business à eux et fonder une famille. Ils sont déjà à la recherche d'une femme. Je leur demande si ils ont le temps de la chercher étant donné qu'ils sont toujours en mer. Bien sûr, d'ailleurs ils la cherchent partout, pas seulement en Inde!


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