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Première semaine à Mumbai (18-22.4.2005)  

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Notre temps à Mumbai se partage entre des journées bien fatigantes pour Dan et des soirées tranquilles à lire ou étudier le manuel de la voiture. Il ne fait pas très chaud, bien moins chaud qu'au Gujarat et surtout au Rajastan, probablement entre trente et trente cinq degrés mais l'humidité est telle que à peine sortis de la douche, nous sommes tout collants de transpiration, je préférais nettement les quarante deux degrés secs d'avant!

La voiture est stationnée dans l'arrière cour de l'hôtel, là où les employés inoccupés viennent fumer leurs clopes, tchatcher un moment, se brosser les dents avec leur doigt ou vider les poubelles. Maintenant ils se laissent en plus aller à l'observation de Dan qui bricole sur la voiture en suant des litres. Ils lui font la causette, regardent admiratifs les outils et parfois lui rendent un petit service. La cour n'est pas très propre et l'air conditionné des chambres goutte sur nos têtes. Les corbeaux viennent piocher en braillant dans les fameuses poubelles qui dégagent suivant l'heure de la journée une odeur peu ragoûtante. Ce n'est pas les seuls à venir chercher là leur subsistance. Des femmes aux saris élimés, toujours munies d'un grand sac qu'elles traînent derrière elles, viennent y récupérer tout ce qui s'y prête et surtout papiers, plastiques et PET qu'elles revendent au kilo pour quelques roupies aux usines intéressées. Après leur passage, celui des corbeaux, des chats et des chiens, il ne reste pas grand-chose.

Le premier jour Dan démonte la fameuse roue pour découvrir, comme nous nous en doutions, que la non moins fameuse clavette est complètement détruite. La voiture est donc immobilisée. Les employés de l'hôtel lui promettent que le lendemain ils lui amèneront un mécanicien du quartier. Mais le lendemain en fin de matinée, personne n'a pu nous renseigner où trouver un mécanicien malgré toutes les promesses. Dan part donc se balader et revient une petite heure plus tard avec Anil, un type qui pourrait nous refaire les pièces qui nous manquent. Anil est sympa, parle bien anglais et sait écouter. Avec Dan ils décident que pour faire les choses bien il faut sortir le moteur de la voiture. Anil lui présentera un pote qui peut faire ça après la pause de midi et il nous donne rendez-vous. Bien sûr quand nous arrivons ils n'ont pas encore mangé et le fameux pote, Abdul ne nous plait pas du tout. Dan n'a pas le temps d'expliquer le problème que l'autre sait déjà tout, épatant quand même! Bon Abdul va manger, dit à Dan qu'il sera vers trois heures dans la cour de l'hôtel avec ses gars et qu'ils pousseront ensemble la voiture jusqu'à son atelier car remorquer une voiture dans Mumbai est interdit, c'est la faction compétente de la police qui doit s'en charger. A quatre heures, quand je reviens vers l'hôtel, l'équipe du mécano vient à peine de commencer. Ils veulent pour finir laisser la voiture là pour des raisons de sécurité. Nous nous demandons bien comment, sans grue, ils vont réussir à sortir ce moteur qui semble peser des tonnes. Ils nous assurent qu'il n'y a pas de problème, de toute façon c'est la fin de la journée et ils rentrent chez eux, on verra demain à dix heures.

Marché aux poissonsCe matin là je me lève à 6h dans l'espoir d'aller sur les quais voir l'arrivée du poisson frais. Je longe la mer vers le sud et je devrais tomber dessus. Mumbai se réveille gentiment avec un soleil énorme et rouge. Les chauffeur de taxis sont en train de laver et polir leur outil de travail, des vieux tacots qui ont vécu et dont on devine les nombreux redressements de carrosserie sous des couches successives de peinture jaune et noire toujours flamboyante. Quelques rares riches du quartier font leur jogging et des sans-abri profitent sur le trottoir des derniers instants d'un rêve d'une vie meilleure ou s'extirpent lentement de leur torpeur pour affronter une nouvelle journée. Plus j'avance vers le sud, plus les joggers se font rares et les sans-abri nombreux. Le quartier de notre hôtel est un quartier aisé, très vert, au bord de la mer avec ses anciennes maisons coloniales transformées souvent en hôtels ou  abritant des appartements d'un certain standing. Sans m'en rendre compte, probablement parce que la mer et le parapet n'ont pas changé sur ma gauche, je suis arrivée dans un quartier qui tient plus du bidonville. Le parapet, les trottoirs, même la rue, sur une centaine de mètres est recouverte de familles qui dorment là sur quelques couvertures. Une petite plage qui semble être constituée uniquement de déchets amoncelés dans un recoin du bord de mer, sert de toilettes publiques au quartier. Ils sont au moins une vingtaine, accroupis là dans une lumière féerique et brumeuse de petit matin. Entre rebrousser chemin, plonger sur ma gauche dans un entrelacs serré de ruelles minuscules, sales et peu invitantes parmi des masures de fortunes ou continuer sur ma droite dans cette rue dortoir, je choisis la dernière solution. Je passe silencieusement entre les deux rangées de dormeurs, quelques vieilles sont déjà réveillées, elles gardent un œil sur leur famille tandis que l'autre se pose sur moi, un peu surpris.

J'arrive enfin sur les quais me laissant guider par l'odeur qui, aux endroits où les poissons sont dépiautés et leur restes laissés là, prend la gorge jusqu'à donner la nausée. Une darse s'avance dans le port, permettant ainsi aux bateaux l'accostage de part et d'autre. C'est la que tout se passe. L'entrée est surveillée par deux policiers et un panneau précise une interdiction de photographier. Je me laisse happée par le flot des femmes colorées, leurs paniers en osier sur la tête, jusque au bord de l'eau où les pêcheurs vendent leur prise à la plus offrante. Impossible d'approcher vraiment, la foule est trop dense, ça joue des coude, ça crie, l'argent circule de main en main dans une direction, les poissons dans l'autre, je ne sais pas comment ils s'y retrouvent. Si on reste immobile sans avoir l'air d'être d'une utilité quelconque on se fait pousser sur le côté et dans cette cohue, sur ce bord de quai non sécurisé et glissant, je suis surprise de n'entendre personne tomber à l'eau. Au centre du quai certaines femmes revendent déjà la marchandise ou l'emporte sur leur tête dans un flot continuel en direction de la ville. Concurrence est mot bien faible pour l'atmosphère guerrière qui règne ici. En même temps le décor est très beau, les rayons encore horizontaux du soleil filtrent à travers la brume matinale, les poissons, frais et brillants reluisent au milieu de paniers remplis de glace fumante et les femmes, avec leur fier port de tête sont toujours aussi superbes d'élégance dans leurs saris et bijoux. Au milieu des poissons de toutes tailles et des crustacés à même le sol, des paniers et des longues charrettes, il s'avère difficile de trouver un endroit ou l'on peut rester immobile pour observer un instant, on se fait sans arrêt porter d'un coin à l'autre par le flux. Il y a tellement de monde que je me risque à prendre quelques photos. Certains sont fiers et en réclament mais la plupart se révèlent plus bornés que la police à me faire remarquer que c'est interdit. Je leur montre les photos, ils trouvent ça joli mais quand même, c'est interdit… Je leur fait comprendre que si ils restent discrets la police ne me verra même pas au milieu de la foule mais chacun se prend pour plus justicier que l'autre et ils ont peur pour moi, rien que la vue de mon appareil fait naître des regards terrifiés en direction de la police. Je prends les menaces de dénonciation à la rigolade, comme des plaisanteries, du coup ils sont déconcertés!

Après quelques achats sur le marché aux fruits tout proche, je retourne déjeuner avec Dan à l'hôtel, ramenant en plus des fruits une aura odorante dont je me débarrasse en lavant absolument toutes mes affaires avant que la chambre n'en soit imprégnée. Dan part retrouver l'équipe d'Abdul pour enfin sortir ce moteur. Quand je les retrouve vers midi, Dan est déjà bien énervé. L'équipe du mécanicien est arrivée une heure en retard. Ils ont fait semblant de travailler un peu pour constater que même muni de leurs bouts de bambou et de toute leur "frime" ils n'arrivent évidemment pas à sortir ce moteur à la main, il va falloir remorquer la voiture jusqu'à un garage possédant une petite grue. Abdul a momentanément disparu sans prévenir, ses employés qui ont à peine travaillé une heure clament qu'il ont fatigués, qu'ils ont faim et soif, comme si en plus nous devions nous charger de les nourrir. Dan leur file une bouteille et leur montre où ils peuvent la remplir dans la cour de l'hôtel comme il fait lui aussi mais pour finir ils n'ont pas si soif que ça, ils veulent des "soft drinks"!!! Abdul réapparaît plus tard avec une remorqueuse et nous voilà à faire un peu de site seing à travers la ville. Nous arrivons à un atelier de mécanique de précision. Ils ont une petite grue manuelle et c'est l'endroit où tout Mumbai envoie ses vilebrequins (l'axe du moteur; Kurbelwelle / crank shaft) à réparer, c'est parfait. Le lieu ne paye pourtant pas de mine, sorte de hangar bas, recouvert de tôle ondulée avec une ou deux minuscules lucarnes qui laissent passer des rayons de lumières bien dessinés dans l'air poussiéreux. L'espace est envahi de vilebrequins soigneusement numérotés et tout semble noir de graisse de moteur a part les énormes machines, toutes plus spécialisées les unes que les autres, qui valent une fortune et que le propriétaire est allé acheter en Europe. Le propriétaire est un homme âgé, patient, qui parle bien anglais, qui écoute et qui si on en croit l'organisation de son atelier nous fera un boulot professionnel et soigné, nous sommes rassurés.

Abdul et son équipe nous sortent finalement ce moteur et commence à le démonter. Je regarde l'opération en me disant que Daniel est un saint de travailler avec ces gens. Rien que pour sortir le moteur, notre Abdul a réussi à casser un essuie-glace en s'asseyant dessus, à plier un bout de tôle, et Dan a commencé à gueuler quand il s'est mis à marcher sur les batteries et les installations électriques… Moi je m'arrachais les cheveux de le voir attacher ce moteur n'importe comment, une fois en haut constater que cela ne passe pas mais refuser de le redescendre pour l'attacher correctement et faire des conneries à la place. Plutôt que de dépenser mes précieuses cellules nerveuses, je m'en vais acheter des choses à boire, à manger et des pièces de rechange pour la voiture vu que nous sommes justement dans le bon quartier. Mais acheter des pièces de rechange n'est pas de tout repos non plus, il faut pousser les vendeurs pour qu'ils se bougent, qu'ils cherchent dans leurs stocks, il faut repasser toujours dans une heure ou cinq minutes et gueuler un peu, malheureusement cela ne marche pas sans ça! Le moteur est complètement démonté en fin de journée. Le vieux monsieur qui nous fera les nouvelles pièces examine notre vilebrequin sous toutes les coutures et découvre de nouveaux problèmes. Il nous faudra remplacer quelques autres pièces qu'il s'agira d'acheter le lendemain. Ils disent qu'ils s'en chargeront et donnent rendez-vous à Dan à dix heures.

Sentant que nous passerons encore quelques jours à Mumbai, nous commençons à nous installer. Je fais la lessive et les courses pendant que Dan retourne au garage. Quand je l'appelle un peu plus tard je le trouve énervé, personne n'est là et encore moins en train d'acheter des pièces de rechange pour pouvoir commencer le travail au plus vite. Au lieu de perdre la journée Dan s'est lancé lui-même dans l'opération. Ce n'est pas évident, il n'a pas de trop d'une journée et de toute sa patience pour dénicher ce qu'il nous faut mais rien n'est sûr, nous saurons cela en fin de matinée le lendemain.

Saut à l'eauMoi, ne lui servant à rien pour arpenter les magasins de pièces de voitures importées, je suis allée à "Elephanta Island", l'attraction touristique que tous les Indiens viennent voir à Mumbai et qui ne tentait pas trop Dan. Je prends un bateau "economy class" qui part dans cinq minutes pendant une heure! Il part surtout quand il est plein. Peu importe, je passe ce temps à observer des enfants qui sautent dans l'eau sale au milieu des bateaux. Ils ne mettent pas long à remarquer que je les observe et me font la démonstration de tout leur répertoire de plongeons et sauts "éclabousseurs". Le voyage jusqu'à l'île offre une belle vue sur le port de Mumbai et ses grues ainsi que sur une silhouette aux tendances "New Yorkaises" à l'horizon. A part le petit train, les marches bordées de stands à souvenirs et les chaises à porteurs pour les fainéants, l'un de ces "temples-grottes" vaut la visite avec sa colonnade massive creusée dans la roche et un bas relief bien conservé d'un dieu à trois têtes. Je dois argumenter sec pour que l'on me laisse utiliser mon petit trépied pour prendre une photo. C'est soi-disant interdit, personne ne veut me dire pourquoi. On essaye de me dire que c'est pour la conservation du lieu, ils préfèrent le flash alors!!! Non mais le trépied abîme le sol, seul élément des grottes qui est quasiment partout recouvert d'une fine couche de ciment!!! Je leur tape un peu sur le système et à bout d'arguments ils me laissent photographier. Je crois surtout que l'interdiction est inventée pour qu'ils aient mieux le plaisir de la lever pour nous, touristes blancs, en échanges de quelques roupies! Alors que j'observe les singes qui arpentent les alentours des grottes, je fais la connaissance d'une famille sympathique, souriante, curieuse et aisée. Je retourne au bateau en tchatchant avec eux, je réponds à leurs questions sur la Suisse où le jeune fils sait déjà qu'il ira passer sa lune de miel mais pour l'instant il lui manque encore la femme. Ils avaient la version pas économique du trajet et nous étions tous déçus de ne pas être sur le même bateau pour le retour. Le mien a encore mis une heure à partir dans cinq minutes! Le trajet m'a paru long et j'ai retrouvé Dan à bout de sa patience, pas très enclin à dire du bien des Indiens ce soir là.

TrainLe lendemain les choses n'ont pas beaucoup avancé. Les pièces tant attendues sont arrivées en fin d'après-midi et notre vilebrequin a été envoyé dans une autre entreprise pour y faire les rainures pour la clavette. Dan a passé sa journée à faire des allées et venues entre le garage et les magasins de pièces tout en réparant des petits trucs cassés sur la voiture pour tromper l'ennui. Il a fait la connaissance ainsi d'un mécanicien super sympa que nous aurions bien engagé à la place d'Abdul si cela n'avait pas été trop tard. Ce mécano ne parlait pas un mot d'anglais mais il a aidé Dan de bon cœur, ils se comprenait par gestes et dessins et trouvaient des solutions ensemble. Surtout ce mécano était posé et ne tentait pas de tout résoudre à coups de marteau. Il comptait sûrement que son aide serait rémunérée mais n'a rien demandé, il a pris ce que Dan lui tendait, content. Moi je suis venue mangé avec Dan, j'ai passé le reste de la journée à découvrir ce quartier et à essayer de faire des photos de trains qui passent, et ben ce n'est pas facile! Entre les rails et la rangée de petites entreprises dans laquelle se trouve notre garage, vit toute une faune. Il y les travailleurs qui viennent boire leur thé sur le trottoir, mangé un dosa ou un samosa cuisiné avec des moyens rudimentaires sur une petite charrette. Il a des marchands de fruits à même le sol, des sans-abri qui s'en sont fabriqué un de fortune là ou la largeur du trottoir le permet, des collecteurs de détritus qui viennent tout déverser dans une benne pour les trieurs de détritus et juste à côté deux vaches attachées à qui même les maigres sans-abri viennent offrir des chappattis tout frais sortis du four. Adossés au mur qui longe le trottoir, les gens qui vivent là on pour vue des roues de voitures stationnées, des rails et des arrières de bâtiments gris et décrépis. Pourtant je crois qu'ils ne sont relativement pas à plaindre par rapport à d'autres, ils doivent payer cher aux gangs locaux pour cette place là! Effectivement le trafic est peu dense dans cette rue étroite à sens unique et elle est plantée d'arbres à l'ombre bienfaitrice.

Le travail de sous-traitance sur notre vilebrequin sera éventuellement fini le lendemain vers midi, ce qui permettrait de faire encore avancer un peu les choses avant dimanche mais nous n'y croyons pas trop. Nous considérons plutôt que le week-end sera perdu pour la voiture et gagné pour nous. Dan pourra se reposer et nous ferons un peu de "site seing".

 


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