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Darjeeling (1-7.6.2005)  

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DarjeelingA six heures du matin les "tchaïwalla" sillonnent déjà le train en proposant chacun sur une petite "mélodie" personnalisée un bon thé bouillant. C'est tôt, je suis encore fatiguée mais le paysage est magnifique et je m'en remplis les yeux jusqu'à la fin du trajet. A perte de vue des rizières qui attendent la mousson, des groupements de palmiers sous lesquels se trouvent des petites masures de terres, je ne m'en lasse pas. La campagne est déjà bien réveillée et les paysans semblent travailler depuis des heures. Seuls quelques retardataires, enfants ou personnes âgées en sont encore à la toilette, sous l'eau d'une pompe ou dans un petit réservoir vaseux.

A New Jalpaiguri nous prenons une jeep-taxi qui escalade bientôt les vertes montagnes que nous voyions émerger à l'horizon dans un brouillard bleuté. La route qui conduit à Darjeeling est étroite et sinueuse au possible, cinq heures de trajet pour septante kilomètres! Elle est longée par une voie de chemin de fer un peu folle, construite par des anglais sûrement aussi fous et ambitieux. Malgré tout, c'est un défilé incessant de voitures aux émissions grises et odorantes que les villageois voient passer devant leurs maisons accrochés aux flans des montagnes le long de cette route qui a dû leur apporter ce fameux développement dont on parlait tant…

Darjeeling aussi est une ville qui laisse perplexe. A en croire les anciennes photos dont certains hôtel et boutiques se pavanent, c'était une petite ville charmante aux belles bâtisses coloniales au milieu des plantations de thé. Aujourd'hui les constructions de béton occupent tout le paysage urbain, le bas de la ville est envahi par la pollution des jeep reines de la route tandis que le haut est envahi par les touristes indiens en quête de fraîcheur, emballés dans châles, gros pulls et bonnets. Forcément, il doit faire une vingtaine de degrés en soirée, c'est l'hiver quand on arrive de Kolkata!

Pour moi Darjeeling c'est plus le Népal que l'Inde. Les gens ont le visage plus plat et rond et les yeux en amande. Ils sourient plus et l'accueil nous semble plus franc, plus sincère et plus chaleureux, pourtant des touristes ils en voient défiler! Les porteurs portent les valises des riches touristes indiens à la népalaise, quatre ou cinq entassées sur leur dos et retenues par une corde qu'il posent sur leur front où elle prend appui. Ainsi, leurs corps secs et musclés courbés en avant, ils escaladent les rues pentues de la ville, à petit pas rapides et sûrs, beaucoup de sueur pour quelques roupies. Je me sens un peu stupide de me retrouver essoufflée avec mon unique sac à dos à coté d'eux! 
 
DarjeelingNous passons notre première journée à essayer d'organiser la suite. Ce n'est pas facile, le temps est très changeant et ne nous aide pas à nous décider. Nous obtenons un permis pour visiter Sikkim et réservons des billets de train pour quelques trajets. Nous avons tout de même le temps de visiter une usine de thé où un employé-guide nous explique les différents processus qui transforment ces petites feuilles vertes et inodores en thé aromatique dans notre tasse. Les plantations recouvrent les montagnes environnantes comme un tapis uniforme au motif pointillé et vert tendre.  Nous continuons la balade à Goom, dans une brouillard épais jusqu'à un petit monastère malheureusement fermé aux visiteurs à cette heure là. Nous sommes arrivés trop tard à cause de moi. Le brouillard, une fine pluie et une petite faim m'avait fait apparaître un petit "boui-boui" très tentant où nous avons mangés de délicieux "momos" (raviolis à la vapeur) aux légumes accompagnés d'une soupe épicée et bu des thés. Ce repas, autour d'une des deux minuscules tables de ce "restaurant" de quelques mètre carrés fût pour moi comme un feu au milieu d'une nuit un peu fraîche. Nous sommes rentrons ensuite à pied jusqu'à Darjeeling dans un crépuscule opaque. Quelques moinillons profitent des dernières lueurs pour jouer au football sur un terrain perché comme un nid d'aigle. Les arbres et les rochers prennent des allures mystiques et les constructions horribles ne laissent plus voir que leurs petites fenêtre éclairées. Tout devient beau et romantique comme dans un tableau, les montagnes sont constellées de lueurs aux multiples teintes et intensités, vacillantes dans l'épaisseur de l'air.

Nous avons pour finir décidé de partir pour une randonnée de quelques jours dans les environs de Darjeeling, aux alentours de la frontière népalaise. Nous commençons une bonne grimpette parmi les arbres. Malgré le brouillard, le paysage est très beau et se révèle à nos yeux par bribes entre deux montées de brume. Au milieu des ces collines vertes, sculptées de rizières par endroits, les maisons traditionnelles des villages ont tout de même vu leurs toits de paille ou de bambou tressé remplacés par la tôle ondulée ou plutôt devrait-on l'appelé la tôle "adulée" qui semble représenter un miracle de technologie pour les habitants de la région. Apparemment la promenade zigzague sur la frontière car régulièrement des panneaux nous souhaitent la bienvenue au Népal. C'est là l'inconsistance de certaines frontières, dans ce paysage qui semble s'étendre à l'infini et où cette motte de terre, pareille à toutes les autres, est à moitié indienne, à moitié népalaise. En haut d'une colline, au milieu d'un gazon vert mouillé, nous découvrons notre premier monastère, rien de particulier mais les drapeaux de prière multicolores qui flottent dans le vent enchantent toujours la vue. Le chemin que nous suivons est une route de pierre qui vainc par des énormes murs de soutènement les difficultés du relief. Elle f'ut sans doute construite par les mêmes anglais fous que ceux de la voie ferrée de Darjeeling. Les jeep légères que louent les riches touristes Indiens pour l'escalader n'ont aucune difficulté et sont impressionnantes d'efficacité même sous la pluie.

DarjeelingEt oui, nous nous sommes pris la pluie, pas longtemps, juste assez pour être trempés jusqu'aux os et apprécier une soupe de nouilles et des bons thés au lait dans une cabane sur le bord du chemin. Pour cela et pour la vision qui nous attendait à la sortie de cette petite hutte sombre où les deux enfants de la femme qui nous préparait à manger couraient à moitié habillés dans leurs bottes en caoutchouc, cette pluie valait la peine. Au dehors la route de pierre brillait dans le soleil qui filtrait à travers collines, nuages et arbres et baignait le paysage d'une lumière de renouveau. Cela ne dure pas longtemps, nous voici à nouveau dans un brouillard épais au milieu duquel nous croisons, juste avant d'arriver au refuge, un douanier ennuyé et enrhumé qui nous invite à prendre le thé. Dommage, nous venons d'en boire deux ou trois et il va bientôt faire nuit. Les deux hommes et la femme en charge du refuge sont de vrais montagnards, il faut croire qu'ils sont de la même espèce dans tous les pays. Ils sont assis autour du four, mangent avec le nez dans leur bol et parlent avec parcimonie. Ils nous ont préparé un souper et pour manger nous nous asseyons avec eux dans la seule pièce chauffée car dans notre chambre c'est l'hiver. C'est un peu de rhum et de nombreuses couvertures qui nous ont tenu chaud avant que le sommeil nous emporte.

DarjeelingLe lendemain, il fait encore gris, nous nous baladons dans une bulle de visibilité restreinte par le brouillard, les superbes montagnes blanches de l'Himalaya, que nous savons pourtant toutes proches pourtant, nous restent définitivement cachées. Les locaux que nous croisons eux se foutent bien du temps qu'il peut faire! Equipés assez systématiquement de leurs bottes en caoutchouc doré, il conduisent des jeeps, mènent de yacks chargés ou transportent eux-mêmes toutes sortes de marchandises sur leur dos, à la népalaise . Deux jeunes, derrière leurs yacks et sous un parapluie jaune, se tiennent par le bras, chantent et rigolent, la vie est belle... Nous croisons aussi plusieurs fois une équipe de jeunes du coin motivés pour la randonnée, c'est leur loisir, ils marchent pour le plaisir, c'est plutôt rare ici, les gens marchent beaucoup mais c'est normalement plus une nécessité… A midi nous mangeons chez un de ces locaux qui profitent de se trouver sur le chemin des touristes pour leur offrir à manger et à boire dans leurs maisons aux murs de terre assombris par la fumée du four familial. Dans celle que nous choisissons, la grand-mère, en habits traditionnels sous son gros anorak jaune, traverse et retraverse la pièce en chantonnant et faisant tournoyer son moulin à prières. Est-ce une mise en scène pour amadouer les touristes et qu'ils dorment dans la petite chambre boisée qu'elle leur propose, je ne sais pas… Le fait est qu'elle nous convaincrait si nous ne voulions pas encore avancer un peu aujourd'hui. Avant de partir nous nous laissons tenter par la viande de yack et le fromage qui pend en grande quantité aux poutres du plafond. Nous les imaginons bien salés mais cela se révèle très fade, dommage. Ce soir c'est une chambre un peu plus chaude que la veille qui nous attend, il y fait trois degrés mais nous pouvons nous doucher avec de grands baquets d'eau bouillante qui fument dans la salle de bain au sol de ciment glacial et aux fenêtres embuées.

DarjeelingSept heures du matin, par la fenêtre de la chambre, j'aperçois entre deux nuages ces fameuses montagnes enneigées. Le temps de nous lever et de manger un morceau, les quelques rayons de soleil ont disparu et nous décidons de raccourcir notre petite randonnée. A croire que le ciel nous entend et tente de nous retenir en nous offrant une superbe journée. Nous marchons à travers de belles forets vertes, passons par des petits villages entourés de champs tout aussi verts avec toujours un "stupa" et quelques drapeaux de prière. Les gens, qu'ils tirent profit du tourisme ou non, nous accueillent toujours avec des sourires radieux qui ne coûtent rien, ça fait du bien! A Shirikola nous profitons du coucher de soleil au bord de la rivière. Le lendemain il fait beau et nous décidons de nous offrir une journée farniente et lecture auprès de cette rivière au milieu des arbres, Nous ne sommes pas les plus chanceux et évidemment le temps se gâche vite. Tant pis, cela a aussi son charme de regarder la pluie tomber, assis dehors à l'abri, emmitouflés dans des pulls en buvant du thé!

Le lendemain c'est déjà le retour sur Darjeeling, Nous marchons jusqu'à Rimbik. Comme souvent, dans le "boui-boui" ou nous buvons un thé en attendant la jeep qui nous ramènera à Darjeeling, nous admirons au-dessus de nos têtes un poster de paysage suisse enneigé. C'est tout de même dôle qu'ils trouvent ça exotique ici alors que leur environnement leur offre aussi montagnes, verdure et neige. C'était déjà plus compréhensible en Iran, dans ces villes en bordure d'un désert infini et monotone aux couleurs chaudes. Il pleut, il fait gris, nous sommes serrés dans la jeep mais cela ne nous empêche pas de savourer la dernière heure de voyage. La route se tortille à travers un paysage dilué dans une fine brume intermittente, entre les plantations de thé et une végétation tropicale dense d'arbres à feuilles énormes et de fougères vert tendre exubérantes,


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.