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Ping'an (27-30.7.2005)  

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PinganNous quittons la région de Guilin et Yangshuo pour nous diriger lentement vers le Nord et la province de Guizhou. Aux villages de briques et trop souvent de ciment et de béton, succèdent de beaux villages aux grandes maisons en bois gris noir d'être usé par les intempéries. Aux pinacles rocheux qui surgissaient de plates rizières succèdent de vertes collines boisées ou façonnées en terrasses par la main de l'homme depuis des centenaires pour ses cultures et plus spécialement celle du riz.

Les rizières de "l'échine du dragon" sont particulièrement spectaculaires car elles s'étendent sur une immense surface avec une régularité impressionnante. Le gouvernement chinois a d'ailleurs bien repéré le potentiel touristique de l'endroit et il faut payer une entrée qui, je l'espère, sert à la conservation de l'endroit. Ping'an est le village principal situé au milieu de ce superbe paysage. Même si presque chaque maison offres des chambres et que certaines typologies de maisons on été un peu altérées par des agrandissements, tout est encore en bois avec toits de tuile traditionnels, qui sait peut-être grâce à la taxe d'entrée justement. Cependant depuis notre "guest house", nous regardons avec effroi une maison se construire au beau milieu du village, probablement un riche qui veut montrer à tous qu'il a les moyens de se payer beau bâtiment en béton et carrelage de chiottes publiques. C'est une aberration alors que les arbres abondent dans la région et que le climat es plutôt tempéré. Toute la journée des hommes, sans doute très pauvres, montent à la sueur de leur front des sacs de ciment. Je dirais qu'ils portent bien deux sacs de vingt à trente kilos chacun accrochés à leurs fameux bambous en travers des épaules. Sous leurs larges chapeaux de paille ils suent à grosses gouttent, et leurs jambes tremblent sous le poids. Parfois ils posent leur fardeau au bord du chemin pour souffler trente secondes et ils ont encore l'énergie de nous gratifier d'un sourire!

PinganLes villageois, ceux de Ping'an et des alentours, ont compris que les touristes pouvaient leur faire gagner pour moins d'effort autant ou plus que ce qu'ils gagnent en travaillant dans les rizières. A l'arrêt des bus, des petites dames veulent vous porter vos bagages dans leur hottes en osier sur leur dos jusqu'au village pour quelques Yuans et les hommes se battent pour proposer le trajet dans une chaise à porteurs. Les touristes chinois aiment beaucoup et quand ils s'offrent ce petit luxe, ils prennent des airs de pachas. Le trajet n'est pas très long, un petit kilomètre, mais la pente est raide et la chaleur intense. La chaise en bambou pèse son poids et les touristes qui cèdent à la tentation ne sont pas les plus minces en général. Le poids repose, comme on peut le supposer, sur le sempiternel bout de bambou posé en travers des épaules de chacun des deux porteurs. La concurrence est rude, il faut se battre, ils ne sont pas mieux équipés que les porteurs de ciment et suent aussi toute l'eau de leur corps pour gagner quelques Yuans qu'il faut encore partager entre deux. Et c'est ce travail qu'ils préfèrent à celui dans les rizières! Evidemment la vie du paysan, courbé du matin au soir dans ses champs pour quelques poignées de riz soumises aux caprices de la nature ne rivalise pas avec ce travail de porteur qui nous semble pourtant déjà tellement inhumain... Mais si plus personne ne cultive les rizières et donc les entretient, la nature va reprendre ses droits et les touristes cesseront de venir semer leurs Yuans par-ci par là, les villageois voient-ils aussi loin? Encore une fois j'espère que le prix de l'entrée sert à subventionner un peu les paysans de la région.

Parmi les plus malins de la région, on peut citer tous ceux qui vendent boissons fraîches, chapeaux,  cartes postales et artisanat local aux deux endroits où la vue a été décrétée la plus belle et définis comme "view points" officiels. Le petit malin qui a tiré l'électricité jusqu'au milieu des rizières
pour alimenter son ordinateur portable et son imprimante se débrouille pas mal non plus. Sur un petit porte-à-faux en bambous il propose aux touristes des photos d'eux devant le paysage et à côté d'une belle en habit traditionnel et dont on voit dépasser les basquets sous sa longue robe. Encore une offre qui plait surtout aux touristes chinois. La palme du "bon truc pour se faire des sous" revient tout de même aux femmes d'un village au pied des rizières qui, de par la tradition, ont des cheveux qu'elles ne coupent jamais et qu'elles portes en grand chignons sur l'avant du front, souvent à moitié caché sous un bout de tissus brodé au point de croix. Même comme cela elles sont magnifiques mais ce qu'elles proposent au touriste, c'est de dénouer leur cheveux qui d'après les cartes postales leur descendent jusqu'au pieds afin qu'il les prennent en photo en échange de 15 Yuans!!! Elles sont super collantes et ne savent que quatre mots dont elles vous saoulent: "long hair, beautiful picture". Quand elles comprennent qu'on ne payera pas pour une photo, cheveux attachés ou non, elles sortent bijoux et habits pour vous décorer. Certains de ces habits semblent tellement vieux et usés que je me demande si cela ne serait pas du pillage de patrimoine que de les acheter. Et puis je me vois bien me balader en Suisse avec leur veste noire, rose et turquoise brodée au point de croix microscopique...

PinganNous passons quelques très belles journées à nous balader dans ces rizières et un ou deux villages des environs. Les gens viennent souvent visiter pour la journée au grand maximum, pour se balader entre les deux "view points" mais dès que l'on s'éloigne un peu, c'est très tranquille.  Dans les rizières, en plus de l'enchantement quasiment graphique qui s'offre à nos yeux, nous admirons le génie hydraulique qui permet en détournant quelques minces filets d'eau à laide de petits barrages de terre et de bambou coupés en longueur et creusés, d'alimenter toutes les terrasses qui sculptent les collines sans en oublier une seule! Ce n'est pas encore le temps de la récolte mais celui de la croissance, les grains de riz ne sont pas encore visibles. Le travail des paysans consiste donc à entretenir le système d'irrigation, enlever les plantes qui pourraient boucher le passage, surveiller les plans de riz et les traiter au besoin. Au milieu de cette immensité verte, les paysans, avec leur chapeaux de pailles, leurs habits encore souvent traditionnels et leurs bambous sur les épaules transportant des plantes, du bois ou des provisions dans leurs paniers tressés, semblent sortir tout droit d'un tableau célébrant la vie paysanne. en fin d'après-midi, au soleil couchant, la brume omniprésente de la journée se dissout et le paysage vibre d'une douce lumière dorée.

Comme je déteste me promener sans but, nous sommes allé jusqu'à deux villages du coins, constitués de vieilles maisons en bois accrochés aux collines. Le contraste entre le vert tendre des rizières et le bois et les tuiles de terre cuite noirs est superbe. Les chemins de pierre, car ce ne sont même pas des ruelles, zigzaguent entre les maisons. On y croise poules, chiens et cochons. Le premier village était relativement propre, mais les deuxièmes, envahis de détritus de tous genres, ne donnait pas une image très salubre et nous n'avions pas de peine à imaginer que c'est dans de tels endroits que naissent les virus des grippes aviaires et ce genre de choses. Devant les maisons, sèchent maïs et piments. Dans ces maisons traditionnellement à trois niveaux, le rez-de-chaussée est le lieux d'entreposage des outils, des paniers, des bambous et des provisions de bois. C'est aussi l'abri du pécule animalier de la famille et souvent l'endroit de la cuisine. Au premier, on trouve les espace de vie, une grande pièce et des chambres. Nous ne sommes rentrés que dans une de ces maisons mais y avons souvent jeté des coups d'oeil à la dérobée. Il y a très peu de meubles car très peu de possessions, un peu de vaisselle et quelques bibelots. Le linge est plus ou moins constamment suspendu au fenêtres et une fois sec on le remet directement. Alors que les pièces sont énormes, c'est toujours le mobiliers minuscule qui prévaut, tables et chaises de nains! Sous le toit en pente, c'est le grenier au sens propre du terme. L'étage est ouvert et les provisions ne risquent pas de moisir ni d'être dévorées par un importun. Sur le toit trône presque invariablement la reine des lieux, sa majesté l'antenne parabolique.

PinganDans le premier village, nous arpentons des ruelles désertes en nous demandant si tout le monde est aux champs ou encore entrain de faire la sieste. Nous arrivons finalement au centre du hameau et de "l'activité". Une cérémonie semble se dérouler à l'intérieur d'une des maisons, des gens entrent et sortent, les femmes et fillettes couvertes d'un tissus sur la tête, et par les fenêtres ouvertes nous parviennent musique et odeur d'encens. Un vieux monsieur est mort et c'est son enterrement. Nous nous asseyons sur le petit pont de bois à côté et observons la vie du bled en compagnie des petits vieux qui chérissent cet endroit pour sa fraîcheur. Un cochon étonnement propre et rose passe devant nous et son maître l'attache près d'un fontaine à quelques mètres. Deux trois homme semblent très intéressés par ce cochon et c'est en voyant les couteaux alignés sur le bord de la fontaine que je comprends que le cochon si insouciant en train de manger de la paille, sera bientôt transformé en porc sous nos yeux, peut-être pour nourrir les invités à l'enterrement. En tant que citadine, je n'ai jamais vu tuer le cochon, ou plutôt devrais je dire que je n'ai jamais entendu tuer le cochon. Je ne suis pas une fanatique des cochons, je trouve ces animaux plutôt laids et peu inspirants mais les cris qu'ils poussent entre le moment où ils sont saisis fermement par les hommes en charges et celui où ils poussent leur dernier râle, c'est épouvantable. Heureusement les hommes connaissent leur métier, cela ne dure pas plus qu'une demie minute mais cela paraît une éternité à nos oreilles. Deux hommes ont immobilisé le cochon et un troisième lui a enfoncé le couteau dans la gorge sans hésitation. Puis les deux hommes ont soulevé les pattes arrières pour que le sang coule en direction de la plaie. Un quatrième homme est venu récolter dans une bassine le sang chaud en le remuant continuellement de ses mains nues. Les hommes ont ensuite allumé des botes de paille à l'aide des quelles ils ont "balayé" le cochon, lui faisant roussir les poils et brûlant la peau qu'ils ont ensuite raclée avec de grand couteaux. Le tout a duré à peine cinq minutes. Je n'ai pas pu m'empêcher une petite pensée sur la fragilité de la vie en voyant ce cochon rose, remuant et grognant devenir viande de boucherie sous mes yeux, en si peu de temps et de gestes.

L'autre événement qui marqua la vie du village pendant notre présence fût l'arrivée d'un couple émacié et aux corps déformés d'avoir porté trop souvent trop de kilos trop loin sur les bambous en travers de leurs épaules. Ils étaient chargés de gros tas de rouleaux d'écorce brune, ont posé leur fardeau au milieu du pont et ont attendu. Petit à petit, avertis par le bouche à oreille ou parce que ces gens passent toujours le même jour à la même heure, des clients ont commencé à arriver, à tâter la marchandise d'un air qui se voulait connaisseur, arrachant des petit bout pour les porter à leurs narines et les mâchonner en se concentrant. Après s'ensuivaient des négociations qui débouchaient invariablement sur le client fourrageant dans son pantalon, sa chemise, son soutien-gorge, ses chaussettes ou, pour les plus chics, dans son porte-monnaie pour en tirer quelques billets fripés. Nous ne savons toujours pas ce qui s'est vendu, cela avait une odeur et un goût un peu dilué de cannelle, cela en avait aussi la couleur mais pas la forme...

Dans ces villages, les jeunes sont habillés à occidentale mais la plupart des plus âgés portent encore leurs habits traditionnels. Me lancer dans la description des divers habillements rencontrés serait épuisant mais les coiffes de certaines femmes de la région méritent une remarque. Ce sont des sortes de turbans, toques qui devaient à l'époque être d'un tissus ou matériel local. Aujourd'hui elles sont en tissus éponge industriel rose, jaune ou bleu fluo...


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