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Guyiang - Kunming (5-9.8.2005)  

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Pour partir de Zhaoxing il y avait un bus très tôt le matin, autant dire trop tôt pour nous, et une autre alternative plus tard mais nous n'en avions pas compris tous les détails.

Nous roupillons donc comme bon nous semble avant de partir tout d'abord en moto-taxi, moto avec remorque pour six ou huit passagers. Nous voilà avec les paysans du coin sur une route défoncée et boueuse mais nous passons sans problème, les suspensions de cet engin sont étonnamment exceptionnelles et le conducteur, la clope au bec, ne sourcille pas. La seule chose qui semble l'embêter un peu c'est la boue qui vient asperger ses souliers récemment cirées. Ce bout de chemin est parfait, c'est une sensation bien différente que d'être à l'intérieur d'un bus, même avec la fenêtre grande ouverte: une vue plus large, l'air qui fouette le visage, et les odeurs plein les narines. Cela nous fait juste détester le gouvernement chinois de ne pas autoriser les touristes à louer des motos.

Nous arrivons dans un village le jour du marché, il est envahi de tous les gens de la région et c'est au milieu de ce chaos que nous essayons de trouver le bus qui nous mènera jusqu'à Kaili. Les personnes à qui Dan demande ne semblent pas plus renseignées que nous mais finalement un avis général se dégage pour que nous allions un petit kilomètre plus loin sur la route où le bus passera. Nous reprenons donc un moto-taxi aux suspensions cette fois inexistantes, et ben c'est beaucoup moins drôle! Finalement nous attendons le bus à un carrefour un peu perdu, la moitié des gens présents nous dit que ce n'est pas le bon endroit, qu'il n'y a pas de bus pour Kaili qui passe ici, l'autre moitié nous affirme le contraire. Nous en choppons un en espérant qu'il va au bon endroit. Nous devons changer de bus dans un bled sur le chemin et nous attrapons celui qui nous mènera finalement à Kaili de justesse alors qu'il sort du terminal. Nous voici à nouveau le ventre vide, partis pour une bonne journée de trajet. Heureusement, comme on pouvait s'y attendre, le bus s'arrête de temps en temps pour faire le plein d'essence ou d'eau et il y a toujours des bonnes dames prêtes à vendre à boire et manger en quelques secondes et pour quelques yuans par les fenêtres ouvertes.

Le Mao de GuiyangLe paysage est toujours aussi magnifique de rizières, de rivières et de beaux villages de bois. Nous arrivons à Kaili sans nous en apercevoir et, comme la ville n'a pas l'air très inspirante, nous continuons sur notre lancée jusqu'à Guiyang. Si nous avions su ce qui nous attendait plus loin, dans les bleds vantés par absolument tous les guides disponibles sur le marché, nous aurions probablement passé encore quelques jours à explorer les villages des alentours de Kaili. A Guiyang, c'est tard et nous avons un peu de peine à trouver une chambre mais les gens sont accueillants. Nous soupons sur le trottoir d'en face de l'hôtel, dans un petit stand de rue où nous sommes l'attraction, tout le monde aimerait bien parler un peu avec nous mais notre chinois est vite limité, c'est très frustrant, nous devons nous contenter d'échanger des sourires par dessus les bols de soupes aux raviolis.

Guiyang et Kunming, deux villes en pleine modernisation comme tant d'autres en Chine. On y démolit et construit à tours de bras et on y vend des téléphones portables à qui mieux mieux. A part le grand Mao tout blanc de Guiyang qui surveille du haut de son pied d'estale quelques nostalgiques pas peu fiers que le touriste s'arrête pour photographier leur héro, le communisme n'est dans ces villes plus qu'un lointain souvenir et elles foncent les bras grands ouverts vers le capitalisme.

Il y a cinq ans l'achat d'un billet de train n'avait rien à envier à l'achat d'une drogue quelconque. Souvent les billets étaient tous vendus au marché noir avant même d'être mis officiellement en vente a la gare quatre jours avant le départ du train. Il fallait alors trouver un "dealer" et négocier avec lui ou connaître le mec qui imprimait les billets! Cette fois Dan se lève tôt pour demander à notre hôtel s'ils organisent des billets de train comme ils s'en vantent mais cela n'a pas l'air d'être le cas. Dan va donc directement à la gare. On lui dit que le train est plein mais comme il insiste un peu, il obtient des billets réservés pour les touristes. Apparemment c'est une pratique courante maintenant de mettre de côté quelques billets pour les étrangers. Cela peut sembler un peu discriminatoire mais ces billets sont remis en vente si personne ne les demande et c'est vrai que sans cela, l'étranger fait face à une mission difficile. Le touriste, enfin arrivé au guichet où les destinations des billets en vente ne sont écrites qu'en chinois, doit repousser avec force et dissuasion des Chinois intrusifs qui refusent de faire la queue malgré les rambardes métalliques sensées les y obliger. Le touriste a ensuite rarement plus de deux secondes et demie pour articuler et faire comprendre sa demande, essayant de couvrir les voix des Chinois qui continuent d'exiger des billets par dessus son épaule même s'il a réussi à les tenir en arrière. S'il n'atteint pas ce but, il risque fort d'être éjecté de devant le guichet par les impatients qui en même temps l'écrasent contre le comptoir tout en cherchant à l'en décoller...

La folie portableNotre train en direction de Kunming est pour le soir. Nous passons la journée à déambuler dans cette ville peu inspirante à notre goût, un peu trop monotone, mais aux habitants extrêmement accueillants et serviables. Nous sommes étonnés de ne voir quasiment aucun vélo. Il y a cinq ans nous nous avions visité les villes en vélo au milieu du flux des Chinois, mais dans cette ville nous nous serions sentis un peu seuls! Au milieu des nouvelles voitures, on croise de temps en temps quelques réminiscences de la campagne environnante. Des paysans qui viennent vendre leurs fruits et légumes sur le trottoir dans des paniers tressés accrochés à leurs palanches, d'autres servent de porteurs aux riches qui viennent d'acheter une nouvelle télévision, une machine à laver ou un congélateur. Une corde autour du carton, on la pose sur son front, on se penche en avant et c'est parti. Deux époques se rencontrent parfois ainsi au détour d'une rue, comme ces ouvriers qui, au milieu des bâtiments ultra modernes et ayant dû rater l'invention de la brouette, sortent des gravats grâce à des hottes en osier, pendues sur leurs épaules par des lanières fines et tranchantes, et qu'ils vident dans la benne d'un coup de rein sûrement pas très bon pour le dos.

Nous passons la fin de l'après-midi dans un parc à regarder les Chinois en week-end faire de paisibles promenades sur la rivière dans des pédalos en forme de tanks! Nous mangeons ensuite des petites brochettes au milieu des stands de rues. Malheureusement nous avons choisi le seul qui n'a pas de table sur le trottoir. Peu importe, devant notre mine désappointée les serveuses, toutes excitées que nous ayons choisi leur stand, nous organisent une table avec nappe en faux velours orange fluo, très joli! Ils ne doivent pas voir souvent des blancs dans cette ville, nous sommes du coup l'attraction du quartier. En retournant vers la gare notre chemin croise un monsieur appliqué qui s'exerce à la calligraphie avec de l'eau sur le trottoir poussiéreux. Son "oeuvre" s'étend sur plusieurs centaines de mètres et s'estompe avec l'évaporation et les pas des passants. Nous sommes un peu en avance pour notre train et faisons comme tous les Chinois: nous nous asseyons sur le large trottoir devant la gare pour jouer aux cartes. Autour de nous des dizaines de Chinois font de même, pique-niquent ou s'offrent un petit roupillon. Pourtant nos traits occidentaux semblent une fois de plus nous transformer en deux lanternes rouges bien visibles au milieu de cette foule...

Notre trajet en train de nuit se passe agréablement. Nous sommes six pour six lits et les gens sont attentifs à ne pas faire trop de bruit. Il y a cinq ans, c'était aussi une autre histoire, les trains que nous avions pris étaient très animés, et pour cause, il y avait plus ou mois dans chaque compartiment le double de personnes que de lits!!! Nous avions peut-être juste étés malchanceux.

Inquiets pour la survie des vélos en Chine nous avons demandé à deux autres touristes qui étaient passés par Pékin s'il y avait encore des vélos. Nous voulions savoir si les différences que nous observions étaient dues aux cinq ans écoulés entre nos deux visites ou aux différences des régions visitées. Il s'est avéré que c'était sûrement un peu des deux. A Pékin il parait que les vélos se font rares et que les voitures envahissent les rues. Il semble aussi que tous les vieux quartiers aient étés rasés à par une ou deux poches conservées pour les touristes, ça rapporte! Les gens vont à Pékin pour la cité interdite, la place Tienanmen et les hutongs, ces fameux vieux quartiers!

Le vieux KunmingA Kunming nous sommes heureux de retrouver des vélos et de découvrir la ville sur deux roues. C'est l'idéal, la ville est presque plate, on peut s'y promener sans problème sur les vieux vélos chinois lourds et sans vitesse. Les pistes cyclables, larges comme des voies de voitures, sont partout et les parkings à vélos aussi, avec un surveillant qui, pour quelques centimes, s'assure de la non disparition de notre bien. Malgré ces facilités le vélo semble relégué malheureusement au rang des vieux souvenirs communistes. D'ailleurs, comme Dan l'a lu dans une étude, la planète, ou du moins la Chine, aura du souci à se faire le jour ou chaque Chinois pourra s'offrir une voiture, d'autant plus si c'est une grosse voiture 4x4 polluante et encombrante comme c'est bien la mode partout en ce moment.

C'est dimanche, nous allons finir la journée dans le parc de la ville. Ce n'est pas le point de rencontre des jeunes mais celui des familles et des adultes de la quarantaine et plus. Les familles nourrissent les poissons des lacs, dans un coin du parc on joue de l'argent aux cartes ou au ma-jong, dans un autre on peut se faire couper les cheveux et raser de près. Il y a aussi des groupes de femmes de la cinquantaine qui, sans gêne, exercent leurs talents de chanteuses ou danseuses pour le bonheur ou le malheur du passant. Souvent musiciens ou chanteurs, les hommes ne sont pas en reste. Quelques petits vieux et petites vieilles en habits bleus de travailleurs de l'époque "Mao" parlent probablement du bon vieux temps en regardant et écoutant les "jeunes" performer une danse à l'éventail ou chanter des airs traditionnels d'une voix suraiguë.

KunmingLes jours suivants nous découvrons d'autres quartiers de Kunming tout en essayant d'organiser la suite de notre voyage, mais le Tibet reste un point d'interrogation sur notre route. Kunming est une ville certes chinoise et moderne mais qui nous plait bien, avec différents quartiers aux atmosphères diverses. Le quartier de l'université regorge de jeunes Chinois branchés, de petits bars sympas et de magasins de fringues chouettes et bon marché. Le centre ville offre dans des rues piétonnes tout le "shopping" dont peut rêver un occidental. Il y a même un supermarché "Carrefour" dont le succès auprès des chinois n'est pas à prouver. J'y ai trouvé des pains au chocolat et de la baguette fraîche pour quelques yuans. Par contre le bout de brie "Président" importé de France n'était pas donné mais j'ai craqué. C'était comme du baume pour nos estomacs en manque de nourriture de chez nous, un peu comme les "antipasti" que nous nous sommes offerts un autre soir dans un restaurant tenu par un Italien qui parlait Chinois avec tellement de gestes et d'accent que nous avons mis quelques instants avant de comprendre que c'était du chinois. Comme partout les vieux quartiers diminuent comme peau de chagrin. Il reste les rues du marché aux oiseaux et aux fleurs tant vantés par les guides. On n'y trouve d'ailleurs plus de briquets, de souvenirs en plastique ou de posters multicolores que des fleurs et des oiseaux mais bon, c'est la fameuse magie des guides... il reste effectivement quelques vieilles maisons en bois mais pour combien de temps? Celles-là auront peut-être l'honneur d'être conservées pour les touristes. Celles du quartier musulmans ont presque toutes disparu et les musulmans et leurs stands de kebabs ont étés relocalisés plus loin dans un quartier aux maisons tellement bien peintes et en forme que je ne sais pas si c'est des fausses vieilles maisons ou des vraies vieilles trop bien rénovées. Plus loin on peut toujours admirer les deux fameuses pagodes de la ville qui se font face à deux cents mètres l'une de l'autre. Le quartier est en chantier et un grand panneau multicolore nous annonce en images de synthèse à quoi il ressemblera plus tard. Ce sera un nouveau faux vieux quartier avec des typologies de bâtiments aberrantes qui n'ont jamais existées à l'époque et des magasins de souvenirs partout, ça promet de plaire aux touriste chinois! Pendant ce temps, à une centaine de mètres, un vieux quartier au charme fou, qui mériterait juste un coup de balais et de peinture, vit ses derniers jours dans l'attente des bulldozers. Voici le destin des vieux quartiers pas placés comme il faut entre deux monuments historiques. Kunming est malgré tout une ville agréable dans laquelle nous pourrions envisager de vivre un moment, histoire d'apprendre cette langue fascinante que tant de français croisés semblent maîtriser. La Chine est à la mode en France. Les entreprises encouragent leurs employés à y faire des stages, les étudiants y font leurs études ou des échanges pour agrémenter leurs CV's et les touristes affluent, on comprend…


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