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Dali - Lijiang (10-16.8.2005)  

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DaliNous partons de Kunming pour Dali, environ cinq heures de bus, il pleut. Ce n'est pas grave, le paysage n'est pas terrible et par ce temps autant être dans un bus plutôt qu'en train de découvrir les environs à pied.

Dali est une petite ville où, comme à Yangshuo, toute une rue a été entièrement refaite pour les touristes. Les magasins de souvenirs s'alignent et les petites mères qui sillonnent la rue en costume traditionnel, si elles ne vendent pas des bijoux ou des batiks, vous abordent pour vous vendre de l'herbe! Qu'on se comprenne, de l'herbe à fumer, pas du gazon ou du foin...

Plus on s'éloigne du centre touristique, plus la vieille ville devient tout de même intéressante avec ses vraies vieilles maisons encore en bon état. Ce sont de vieilles maisons de brique et de bois, aux murs blancs, aux toits de tuiles noires et aux arrêtes faîtières qui s'arquent vers le ciel. Elles ne donnent pas directement sur la rue mais sur des cours dallées de belles pierres foncées, remplies de plantes et de linge suspendu, et entourées de murs dans lesquels se trouve l'entrée principale, une porte de bois. Suivant la richesse des habitants, les murs de la maison et de la cour sont plus ou moins décorés de peintures, de paysages brumeux et monochromes à la chinoise ou de motifs géométriques colorés.

Dali est aussi apparemment le repère des rebelles alternatifs et fumeurs de shit de la Chine. Toute une rue est d'ailleurs envahies par des petits bars enfumés avec sofas usés et posters de Bob Marley. Deux jurassiens que nous avons rencontrés à plusieurs reprises en chemin on même découvert à Dali un bar tenu par des punks de Beijing. L'ambiance de ces bars est un peu trop léthargique et fumeuse à notre goût. Pour faire passer la journée de pluie du lendemain, nous préférons un autre bar avec bonne musique, baby-foot et très bonne collection de DVD's à regarder avachis dans des sofas. Ceci sans compter les délicieux chocolats chauds, une bibliothèque remplie au gré des lectures de voyageurs qui voulaient se sentir plus légers, et surtout la petite étagère chargée de livres d'art contemporain, de photographie et de design. Autant dire qu'il aurait pu pleuvoir une semaine sans que l'on s'ennuie, comme quoi les coins ultra touristiques ont aussi du bon et il y a aussi toute la faune artistique locale qui vient boire des verres là.

Nous nous demandons toujours si nous allons continuer vers le Tibet. Nous savons que ce n'est pas tout à fait la bonne saison, qu'il faut des permis et que pour cela il faut passer par un organisateur et donc c'est cher. De plus nous avons entendu une rumeur comme quoi cette année la Chine fête en secret les 40 ans d'occupation du Tibet et que tous les accès seront bloqués du 20 août au 10 septembre.

XizhouA Dali il y a "Jim", un type qui tient une "guest house" et qui est recommandé dans les guides comme source d'informations sur le Tibet. Nous décidons d'aller le voir. Comme il n'est pas là, son employé lui lance un coup de fil et nous l'attendons en soupant. Nous voyons enfin débarquer un grand costaud au physique tibétain. Il fait le tour des tables en serrant les mains comme un bon propriétaire et finalement il s'approche de nous. Nous lui expliquons que nous comptons peut-être aller au Tibet et que nous aimerions lui poser quelques questions avant de nous décider. Il éclate de rire, ne s'assoie pas à notre table et nous fait comprendre, sans même nous regarder, que lui en tous cas n'organise pas de tour en ce moment et que nous sommes vraiment trop bêtes de vouloir aller au Tibet maintenant. Soit, mais pourquoi? A cause du temps, c'est couvert et il pleut souvent, la route peut-être bloquée et que ce n'est pas bien pour nous qui sommes des touristes pressés. Je lui fait remarquer que nous ne sommes pas pressés, que nous voyageons depuis un ans mais il ne semble pas disposé à répondre aux questions qui nous intéressent. De toutes façons cela nous suffit. Nous avons idée des prix et un tour cher, sous la pluie, avec un mec comme lui, cela ne nous intéresse pas. Nous décidons sans trop d'hésitation que nous continuerons dans l'est du Sichuan qui d'après la carte aura sûrement un petit goût de Tibet, à moins de tomber sur quelqu'un de plus engageant. Au bout d'un moment, alors que nous sommes chacun plongés dans un livre, Jim réalise que sa tactique de grand baroudeur qui a tout vu tout vécu n'était pas la bonne. Il espérait peut-être que nous allions pleurer et le supplier à genou de nous organiser quand même un tour malgré tout. Il revient donc à l'attaque. Il nous explique que si nous le voulons vraiment, sa femme organise des tours en cette saison. Nous lui faisons comprendre que non, il nous a convaincus, nous irons au Tibet une autre fois, quand il fera beau! Mais il revient à l'attaque, il ne semble pas avoir saisi que nous attendions de lui des renseignements qui pourraient nous permettre de nous décider si oui ou non nous voulions faire un tour, avec lui éventuellement. Depuis la table d'à côté il me fait face, c'est donc moi qui doit lever les yeux de mon bouquin pour écouter ses monologues. Tout d'abord il nous explique finement que lui, en ce qui concerne son hôtel, il n'hésite pas à mettre le prix pour de la bonne qualité, on voit où il veut en venir avec ses gros sabots… Après il nous explique que son hôtel est le meilleur du bled, que tous les autres le copient mais comme il est super sympa il les laisse faire. Il me raconte encore comme le médecin lui a dit récemment qu'il n'avait pas à s'inquiéter tellement il a une bonne santé et un corps musclé. Ce qui est bien, c'est que je n'ai pas besoin d'interagir beaucoup, je ponctue ses monologues par des "Mmm, mmm" ou des "ah, interresting" et cela lui suffit. Je vois Dan qui se marre, le nez dans son livre. Il est de dos par rapport à Jim et c'est moi qui dois assurer. Je ne pense qu'à partir mais Dan veut finir sa bière le salaud... Nous ressortons instruits de cette soirée: Jim est le meilleur, il fait tout mieux que tout le monde et le Tibet et le plus beau pays du monde. Il se trouve que depuis l'Albanie, à en croire les habitants, nous traversons des pays qui sont à chaque fois "le plus beau du monde"...

ZhouchengProche de Dali, se trouve le lac Erhai, un grand lac allongé entre deux rangées de collines. Les villages des alentours avec leurs maisons de torchis ou de pierre, leurs petits vieux en habits traditionnels et leurs marchés colorés sont l'opportunité de jolies excursions en bus, vélo, bateau, moto-rickshaw ou en charrettes tirées par des chevaux. L'atmosphère dans ces villages parait assez authentique. Les touristes passent, on essaye de leur vendre des batiks mais on ne s'en soucie pas plus que cela, on continue de vendre sa récolte de champignon, ses légumes et autres le plus cher possible à ses compatriotes et on tape la causette en attendant que le temps passe et que la marchandise s'écoule. Dans la région, la spécialité c'est le batiks. Bleus indigo à la base, il y en a maintenant de toute les couleurs. Comme à Zhaoxing, dans le Guizhou, on voit souvent des grands baquets de teinture reposer devant les maisons. Ici, toutes les femmes, qu'elles vendent des denrées sur le marché, qu' elles tapent la causette ou qu'elles prennent le soleil sur le pas de leur porte, sont en train de coudre, dans des tissus encore blancs, des milliers de petits noeuds savants qui feront la finesse de leurs batiks.

La route qui nous mène à Lijang grimpe entre de vertes collines souvent ponctuées de beaux villages de torchis couleur rouille et aux toits de tuiles dans un camaïeu de gris et blanc. La ville de Lijang est connue de tous les Chinois et pour cause, ici c'est carrément toute la vieille ville qui a été rénovée, voire reconstruite après un tremblement de terre en 1996. Comme d'habitude c'est trop bien fait, trop léché et il n'y a plus grand chose de charmant. Tous les rez-de-chaussée sont occupés par des magasins de souvenir à n'en plus finir, les bords des canaux sont envahis de bars et les façades de lanternes chinoises photogéniques. Il est vrai que la trame persistante des ruelles tordues, la typologie des maisons, l'emplacement des arbres, petits canaux et ponts n'ont pas été inventés par le gouvernement et cette ville devait sans doute être une des plus agréables de Chine. Aujourd'hui c'est dur de croire qu'elle fût une réalité il y a quelques dizaines d'années. Impossible d'effacer cette impression de "Disney-Land" fabriqué de toutes pièces quand on s'y promène porté par un flot dense de touristes. La place du marché n'accueille plus de marché et les danses soi-disant spontanées (d'après les guides) qui y ont lieu, sont tout ce qu'il y a de plus organisé. D'ailleurs les danseuses, jeunes et vieilles, tirent plutôt la gueule!

LijiangCette fois il faut beaucoup marcher et s'éloigner activement du centre de la vieille ville pour trouver des ruelles tranquilles, un peu mortes du coup, mais où l'on peut essayer de s'imaginer à quoi cela ressemblait il y a vingt ans, charmant et moins propre. La colline qui sépare la vieille ville de la nouvelle offre la vue d'une étendue de toits de tuile d'un côté et celle de bâtiments en carrelage de salle de bain et verre teinté de l'autre. Le marché se situe maintenant entre les deux entités et il vaut la visite! Les fruits et légumes abondent, on peut tout y faire réparer pour quelques yuans, du ballon de football aux chaussures en passant par les parapluies. Au "rayon" poissonnerie les vendeurs pataugent avec leurs bottes en caoutchouc dans les mêmes bassins que leurs poissons, serpents et grenouilles tout frétillants. Au "rayon" viande tout est encore vivant aussi et une patrie du marché est dédiée à l'abattage. L'odeur qui règne n'est pas la plus appétissante pour faire ses emplettes. Evidemment,  ce n'est pas parce qu'elles sont enfermées que toutes ces bestioles oublient de chier, si on ajoute à cela l'odeur du sang et des abats, je vous laisse imaginer. C'est sûrement dans ma tête mais les poissons, la volaille ou ce genre d'animaux n'ont pas l'air de tellement souffrir d'être entassés et enfermés dans des cages mais les quatre ou cinq chiens dans une cage de moins d'un mètre carré avaient les oreilles tombantes et un regard bien triste...

Lijang se situe à environs 2700 mètres d'altitude. A cette saison, dès que le soleil sort on se retrouve en T-shirt et la crème solaire est vivement conseillée. Par contre, dès qu'il se cache, on supporte facilement pull et veste. Le problème c'est que le temps change en quelques minutes et il faut avoir tout l'équipement avec soi. Evidemment je me suis fait avoir, je me suis choppé un gros rhume. J'ai passé deux jours au lit à écouter la chorale du coin répéter dans la cour d'à côté. Je  dois bien savoir par coeur une ou deux chansons traditionnelles de la région depuis! Bon, cette petite convalescence ne tombait pas trop mal car de toutes façons la route que nous comptions emprunter en direction de Zhongdian était bloquée par des inondations et glissements de terrain, aucun bus ne circulait. Il se trouve que la route a été à nouveau ouverte plus ou moins en même temps que j'étais "prête à arracher des arbres" comme dirait Dan. Nous avons pris un billet de bus pour un départ le plus rapidement possible car, en cette saison des pluies, la route pouvait se retrouver bloquée d'un jour à l'autre et même si nous n'avions pas eu le temps de visiter la campagne environnante, nous n'avions pas envie de rester coincés là. C'est vrai quoi, autant se retrouver vraiment bloqués, sur les hauts plateaux, au milieu des moines et des yacks!

 


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.