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A la frontière, pour la première fois le douanier nous demande la carte verte de la voiture, nous la lui tendons tout fiers. Il nous la rend rapidement en nous faisant comprendre à grand coups de tête négatifs qu'elle n'est pas valable. Daniel insiste, c'est la date d'émission qu'il regarde... Mais le douanier semble aussi têtu et il a raison, notre carte n'est pas valable, la date d'émission et celle de validité sont les mêmes...le 30 avril 2004! Dan prend alors son plus beau sourire pour expliquer à notre monsieur que c'est bien sûr une grossière erreur, c'est évident! Convaincant il faut croire, nous passons et avec le sourire du douanier en prime. Une dizaine de mètres plus loin, et quelques coups de fils plus tard, nous sommes fixés, l'assurance nous enverra une nouvelle carte verte par express à l'ambassade suisse de Sarajevo.
Donc nous venons de passer la frontière de Bosnie Herzégovine et je ne comprends pas bien car il y a dans les premiers kilomètres beaucoup de drapeaux qui flottent mais ce ne sont pas des drapeaux du pays, ils ressemblent à celui de Croatie...J'apprendrai plus tard que la région a des tendances indépendantistes et qu'à Mostar la Municipalité a même dû interdire les autres drapeaux que celui officiel du pays car à chaque coin de rue, il en flottait un autre!
La route qui va à Mostar longe la rivière "Nerevta". Un des premiers villages que nous passons et un petit bijou de pierre accroché à une colline. C'est "Pocitelj". C'est sa charmante mosquée qui nous rappelle que dans ce pays une bonne partie de la population est musulmane, ce qui n'est pas évident à enregistrer car le paysage et beaucoup de petits détails alentours sont encore tellement occidentaux.
Dans le pays les campings sont rares voir inexistants et le camping sauvage fortement déconseillé en raison du nombre encore considérable de mines. Pour trouver une chambre à Mostar, nous ne nous fatiguons pas, nous choisissons le moins cher du guide et ça marche. Nous atterrissons chez un professeur de français/allemand à la retraite qui loue des chambres soignées près du centre-ville. Il parle un français un peu rouillé au charme vieillot. L'endroit est parfait!
Mostar est surtout connue pour son pont construit par les turcs en 1566. Sa destruction fût pour la pullulation un choc, un acte de barbarie de la part des attaquants qui s'en prenaient sans remord à un ouvrage historique. Le centre ville historique, héritage turc, a été détruits au degré 6, c'est-à-dire où il ne reste que les murs extérieurs. C'est un monsieur très loquace qui nous a expliqué ceci, il est en charge de renseigner les quelques touristes qui peuvent s'intéresser au projet de reconstruction de la ville plutôt qu'aux milles pseudo-trucs turcs qu'on trouve dans les échoppes. Il nous a expliqué que la priorité était évidemment le centre historique et les bâtiments publics. Que certains bâtiments étaient aussi reconstruits à divers endroits de la ville pour qu'ils servent de noyaux de reconstruction et donnent l'impulsion aux différents quartiers, motivent les privés. Mais il a vite laissé tombé l'explication du projet pour un discours cynique et réaliste sur la guerre. Il nous a tout de même appris que les frontières de son pays ont extrêmement peu bougé depuis environ 700 ans, ce que nous avons vérifié dans le livre d'histoire de la Yougoslavie que Dan a acheté. Pour lui, toutes les tentatives qui ont été faites au cours de l'histoire pour diviser ce pays ont échoué et la dernière guerre prouve une fois de plus que cela ne sert à rien de vouloir diviser ce qui est indivisible. Comme lui-même s'était lancé sur le sujet, j'ai essayé de lui demander ce qu'il en est dans les fait entre musulmans et croates dans sa ville, mais sa réponse fût bien évasive. Pour lui il faut vivre ensemble, c'est une obligation, mais je n'ai pas réussi à savoir par exemple si Roméo a le droit de tomber amoureux de Juliette, ou même simplement d'avoir des amis de la famille de Juliette. Il faut savoir que pendant la guerre la ville a été divisée selon une ligne entre musulmans et croates. Difficile de dire pour nous, touristes, si les habitants se baladent tous sans problème dans toute la ville, indifférents à l'ancienne séparation.
La vieille ville est aujourd'hui quasiment entièrement rénovée à coup d'énormes financements venant de partout dans le monde. Nous n'avons pas besoin d'explication pour comprendre que le but premier est de reconstruire la vieille ville encore plus belle qu'avant afin de pouvoir profiter au plus vite des retombées économiques du tourisme. Je suis quand même surprise des sommes astronomiques qu'énumère notre monsieur en pointant sur différents bâtiments sur une carte. Je me demande si cette reconstruction ne devrait pas être un peu moins "parfaite" et un peu plus d'argent alloué au reste de la ville. En tous cas, tout en étant très beau, le centre écoeure un peu quand les boutiquiers, "déguisés" avec des vêtements turcs que personne ne porte dans la ville, exposent dans leur échoppe toute neuve et rénovée de "vieux" objets turcs...malaise.
Du côté musulman de la ville, c'est là qu'il y a toute l'animation, et boire des verres aux terrasses en regardant passer les gens, on peut facilement y passer la soirée! Difficile de dire qui est de quelle religion. Beaucoup sur les terrasses le soir ne boivent pas d'alcool mais pour l'habillement, on est loin des longues barbes et des femmes sévèrement voilées. Les quelques jeunes femmes voilées que nous croisons dans la rue le sont tout en élégance et en finesse. Aucune couleur criarde mais toutes les couleurs pastels y passent, avec des tissus parfois satinés. Pas une mèche ni un bout de peau qui dépasse à part les mains et le visage, mais les habits (tunique et pantalon ou longue jupe et veste) sont très bien ajustés et l'on n'a pas besoin de regarder beaucoup pour savoir si la passante est svelte ou ne l'est pas. Souliers et sacs à main élégants elles se baladent à plusieurs et leur démarches n'ont rien à envier à celle des filles en décolleté. D'ailleurs ce n'est pas rare de voire un fille voilée se balader en rigolant avec une autre qui porte seulement quelques bouts de tissus en guise d'habits.
Le lendemain nous nous trouvions dans la cour d'une mosquée lors de l'heure de la prière. Quatre adolescentes en jeans moulant et t-shirt étaient là en train de rigoler et de parler de garçons probablement. Puis sans crier gare, deux d'entre elles enfilent une veste de jogging, nouent un foulard sur leurs têtes et entrent dans la mosquée. Quelques instants plus tard elles en ressortent les yeux dans le vide et les lèvre articulant sans son la fin d'une prière tout en passant rapidement leurs foulards et jaquettes aux deux autres qui à leur tour entrent dans la mosquée
Les mosquées de Mostar sont les premières du genre que je vois. C'est vrai qu'il est rare de pouvoir en visiter en tant que touriste mais celles que j'ai vues au Maroc ou en Iran étaient très différentes. Le bâtiment même, de base carré flanqué d'un minaret, est petit. L'espace intérieur, unique, est recouvert d'une seule grande coupole couverte de tôle. L'entrée se trouve sous un porche dont la toiture est en pente ou formée de plusieurs coupoles. Le point d'eau pour les ablutions est à l'extérieur du bâtiment dans une sorte de cour entourant le bâtiment par des murs ou murets. L'intérieur des deux mosquées que l'on peut visiter à Mostar est très sobre et très beau je trouve. Murs et voûte recouverts de stuc blanc sont décorés de quelques peintures presque naïves, motifs végétaux légers et fluides qui inspirent la sérénité, ainsi que quelques inscriptions ponctuelles.
L'appel à la prière est court discret et agréable à entendre, il faut croire que cela est possible de bien régler ces fameux haut-parleurs.
Au Bénin les décès s'annoncent à la télévision, ici ils s'affichent dans les rues où il y a de la place. Une feuille A5 horizontale, un cadre vert pour les musulmans, un cadre noir pour les chrétiens ou orthodoxes.
Lors d'une de nos ballades, notre regard a été attiré par les plaques zurichoises d'une voiture arrêtée sur le bord de la route. A l'intérieur un gars avec une tête bien du coin qui ne parle bien sûr pas un mot de suisse-allemand. Ce n'est pas grave, ce qui nous intéresse c'est ses fausses plaques. Pour nous aussi cela serait bien utile d' avoir des copies de nos plaques pour les mettre sur la voiture et garder les vraies en sûreté. Le gars nous fait un cercle sur notre minuscule carte touristique, c'est dans cette région qu'il faut chercher l'artisan qui fait ça. Bien sûr ce n'est pas le genre de truc annoncé par des enseignes lumineuses. Après avoir fait deux fois le tour du quartier et demandé dans les bistrots les plus louches possibles, nous atterrissons chez un photocopieur qui nous emmène de l'autre côté de la rue chez son pote qui fait des enseignes. Une demi-heure plus tard notre voiture a de nouvelles plaques!
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