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Sarajevo  

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Tram de SarajevoTellement contents de notre chambre à Mostar, que nous avons volontiers pris l'adresse d'une amie de notre hôte qui pouvait nous proposer des chambres bon marché au centre de Sarajevo, et même avec un garage pour la voiture, l'idéal quoi. Il suffisait de l'appeler, c'est ce que nous avons fait à notre arrivée. Elle a tenu à venir nous chercher, bon… déjà normalement on n'aime pas ça. Au téléphone, tout était "no problem": chambre au centre-ville avec garage. Puis une fois sur place, la chambre au centre-ville n'avait pas de garage... Bon, tant pis pour la voiture, mais notre dame refuse, elle veut nous emmener dans une autre chambre avec garage, mais plus loin du  centre car c'est trop dangereux de laisser la voiture comme ça dans la rue. Méfiants, nous nous rappelons l'honnêteté de notre professeur à Mostar en nous disant que si cette dame est son amie, c'est qu'on doit pouvoir lui faire confiance. Résultat des courses, nous nous sommes retrouvés dans la banlieue de Sarajevo, à une petite demi-heure du centre-ville en transports publics. Et, Surprise, le fameux garage s'était transformé en parking privé pour les immeubles et il fallait demander au gardien du parking de surveiller notre voiture qui restait dans la rue bien sûr! A ce stade là, nous étions bien énervés et bien fatigués alors nous avons pris la chambre pour une nuit sans faire de scandale mais en lui faisant baisser son prix il est vrai déjà fort correct, mais il ne faut quand même pas se foutre de notre gueule. De plus ce studio (car s'en est un plutôt qu'une chambre) est situé au sous-sol, pue les égouts et surtout est très mal nettoyé, voir pas nettoyé. Notre bonne dame y habitait avant qu'elle se marie mais je pense qu'elle devait mieux faire le ménage pour elle, du moins je l'espère.

C'était malgré tout intéressant. Nous étions dans la banlieue de Sarajevo, véritable cité-dortoir mal planifiée, constituée de grands immeubles de béton gris, certains encore bien abîmés par la guerre. Les espaces publics et verts que demandent normalement une telle densité de population ont été oubliés lors de la planification. Les quelques magasins et cafés, sont hors d'échelle par rapport au reste et ressemblent à des petites constructions éphémères. C'est très glauque et étonnement je ne pense pas que cela soit dû aux traces encore bien visibles de la guerre mais bien aux merveilles urbanistiques de l'aire communiste. Une coupure d'électricité vint nous plonger dans le noir alors que nous nous installions. Cela doit être fréquent car en moins de quelques secondes toutes les fenêtres brillaient de lueurs de bougies. Nous, Le temps que nous mettions la main sur nos lampes frontales et le courant était rétablit. Nous avons passé la soirée au bar du quartier, aménagé dans le rez d'un des immeubles.

Le lendemain, riches d'une expérience en plus, nous sommes allés chercher une chambre au centre, ce qui est quand même plus pratique pour visiter. La dame de la chambre nous a encore expliqué qu'elle avait dû payer le type du parking, elle espérait sûrement qu'on lui donne encore cette somme, mais nous voulions lui faire comprendre que ça ne sert à rien de dire toujours "No problem". Nous avons facilement trouvé une chambre bon marché en plein centre et la voiture est restée dehors dans la rue, avec plein d'autres, juste à côté d'un panneau interdisant l'arrêt.

Nous avions imaginé Sarajevo en fonction des images vues à la télévision pendant la guerre, nous ne pouvions être que surpris en bien! La ville s'étend entre de vertes collines  et montagnes, j'avais oublié qu'elle avait même accueilli les jeux olympiques d'hiver. Elle est composé du centre-ville, noyau historique, de ce que j'appellerais la banlieue en continuité du centre, et tout autour d'une couronne de petite maison assez jolies (en tous cas de loin) qui grimpent sur les collines. Ce qui rappelle le plus les tristes événements ce n'est étonnement pas les traces de destruction mais bien plus tous les militaires de l'UNPROFOR / SFOR qui se baladent dans toute la ville, bien visibles grâce à leur tenue de camouflage… D'autant qu'on aie pu en juger, les clichés ont la vie dure dans ce domaine. Sur les portières des véhicules sont peints les drapeaux des pays d'où viennent ces militaires, les Allemands eux arborent carrément des petits drapeaux flambants neufs qui flottent fièrement à 1m50 au-dessus de leurs voitures. Les deux Allemands que nous avons croisés à pied sortaient tout droit d'un film de Rambo, la mâchoire crispée et en avant, ils semblaient être prêts à égorger le premier venu. Les deux Italiens étaient chacun en train de bidouiller je ne sais quoi avec leurs téléphones portables et les groupes de Turcs, sûrement fraîchement débarqués, se prenaient en photos, bras dessus bras dessous, tout sourire devant les monuments.

Nous avons eu deux belle journées pour découvrir le centre-ville de Sarajevo, mais nous n'avons pas pris de photos pensant que ce soleil durerait encore, puis il s'est mis à pleuvoir et nous sommes bien déçus des photos grises que nous avons à mettre sur le net. Je ne pense pas qu'elles sauront vous traduire la vitalité de cette ville surprenante. Des trams vieux mais colorés sillonnent la ville, le centre historique est constitué d'un noyau dont l'architecture est un bel héritage turc, les terrasses sont remplies de gens qui boivent un café ou sirotent une vraie limonade. Bien sur c'est le beau côté de Sarajevo et les gens que l'on y croise ne sont sûrement pas les plus pauvres. Mais que ce soit en ville ou en périphérie, on sent que la vie palpite, qu'elle a repris le dessus depuis la guerre. On sent bien que les gens veulent oublier tout ça, évidemment, c'est plus facile pour certains que pour d'autres. Beaucoup d'hommes se baladent avec une jambe ou un bras en moins et je n'ose pas imaginer tous les gens qui depuis sont moins en famille. Dans un magasin de photocopies j'engageai la conversation avec une employée qui savait parler espagnol, quand je lui demandai comment elle avait appris, elle me dît qu'elle avait perdu son père pendant la guerre et que les enfants comme elle étaient envoyés en Espagne. Je lui demandai si elle pensait que la guerre pouvait recommencer comme le disent certains, elle me répondit "No se, pero tengo miedo." L'autre employée du magasin avait perdu sa mère, dans la rue, une bombe...

Quand la pluie est arrivée nous nous sommes rabattus sur un  petit bar avec pignon sur rue où l'on vient fumer le narghilé et boire le thé en écoutant en boucle toujours les trois mêmes CD's. Nous avons passé quelques temps là à lire en sirotant des thés et grignotant des amandes au sucre, tout en écoutant d'une oreille distraite la serveuse, rigolarde à force de tester les narghilés, faire la conversation aux clients.

Le samedi en nous levant nous avions vite compris qu'un événement se préparait. Le soir match de foot Serbie Herzégovine contre Monte Negro. En attendant la ville était bleue et jaune et les supporters du soir se mettaient en train en buvant aux terrasses, en chantant et en faisant le tour de la ville avec drapeaux et grands coups de klaxons. Le soir nous étions sur une terrasse pour voir le match. 0-0 rien d'exceptionnel, tout le monde est rentré direct chez lui et les bars et cafés ont perdus leur soirée...

Autant à Mostar qu'à Sarajevo on sent que la vie a repris ses droits et que les traces de la guerre,ne sont plus que des témoins et s'effaceront peu à peu au fur à mesure des rénovations, démolitions et reconstructions. C'est villes sont similaires à ces ruines à l'intérieur desquelles ont poussé déjà des grands arbres. Ce n'est pas cette atmosphère d'abandon et de dévastation que nous avions croisé  quand nous nous étions perdus dans la campagnes croate, où le peu de vie qu'on y rencontrait semblait voué à s'éteindre dans cette désolation. Le gens que nous avons croisés étaient toujours serviables, mais j'ai déjà remarqué depuis la Croatie que le sourire n'est pas vraiment dans la culture ou du moins ne l'est plus. Vous avez beau arriver avec votre plus beau sourire, rarement vous en recevrez un en retour...


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.