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Monténégro  

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MonténégroLe Monténégro (Crna Gora) ne fût qu'une étape sur notre route pour l'Albanie. Il faisait toujours gris et les averses régulières ne nous donnaient pas envie de nous arrêter où que ce soit pour visiter, nous avons donc avancé.

Le douanier nous a laissé passer avec un large sourire en voyant nos chaussettes et culottes mouillées (on venait de faire la lessive) étendus dans la voiture. Il n'avait pourtant pas l'air convaincu et continuait de fouiller du regard notre bordel qui, il est vrai, aurait très bien pu dissimuler une personne ou quelques bons gros paquets de cigarettes.

Nous avons choisi Kotor pour faire une pause, une petite visite et un repas alors qu'il ne pleuvait enfin plus. Nous en avons aussi profité pour faire l'acquisition de parapluies "made in China" qui, oh surprise, coûtent trois fois plus cher pendant la pluie!

Kotor est à nouveau une très jolie ville fortifiée. Elle se trouve au fond d'un des plus grand fjord d'Europe "du sud". Je ne savais pas exactement ce qu'est un fjord et je ne crois pas en avoir vu d'autre. Celui là n'offre pas un paysage exceptionnel pour des gens vivant au bord du lac Léman mais c'est assez surprenant de voir des gros bateaux de mer dans des espaces d'eau si petits!

En fin d'après midi le soleil nous a gratifié de quelques rayons. Nous avons pu ainsi savourer pleinement la route de montagne en direction de Cetinje qui monte en lacets serrés au-dessus de Kotor et de son fjord, offrant à chaque virage un vue plus belle parce que plus dominante. La route très étroite serpentait au milieu d'une belle végétation aux feuilles encore humides que les rayons de soleil faisaient scintiller. Soudain nous nous sommes retrouvés nez à nez avec un car en nous demandant comment il avait pu arriver ici. Daniel a dû reculer un sacré bout pour que le croisement soit possible, le chauffeur du car, reconnaissant, nous a offert une poignée de bonbons au passage!

Après le dernier virage de la montée, c'est un haut plateau à l'herbe légèrement dorée qui accueille le voyageur. Quelques vaches y paissent paisiblement ou rentrent à l'étable sous le bâton du vacher. Passé un petit village de 300 âmes la route recommence à monter. En haut du col la vue était un peu féerique, des pans successifs de montagnes formaient des îles sur la mer de brouillard.

Mais autant la vue était belle autant nous n'avions aucune envie de redescendre dans ce magma humide qui anéantit formes et couleurs. Nous avons donc rebroussé chemin jusqu'à une auberge isolée perchée au-dessus du village sur la route du col. La région, doit être assez fréquentée en saison étant donné que le village de 300 habitants compte 4 grands restaurants. Mais les propriétaires étaient tout de même un peu surpris de nous voir frapper à leur porte pour savoir si ils louaient des chambres. La réponse fût négative mais ils nous laissaient volontiers camper un peu plus bas sur un bout de terrain à eux. Comme le menu du restaurant, fromage et jambon, ne variait pas beaucoup de nos fréquents pique-niques de midi, nous nous y sommes mis au chaud dans l'idée première de boire quelques verres et d'y passer la soirée.

Le propriétaire, 45-50 ans, le béret vissé sur la caboche, savait quelques mots d'allemand ce qui nous permis de tailler une bavette. Il nous expliqua que le restaurant est sa seule source de revenu pour lui, sa femme et ses trois enfants adolescents. Autant dire que en été ça ne doit pas désemplir car là nous étions seuls et cela ressemblait plutôt à un alpage isolé, qui ne verrait pas passer grand monde pendant l'hiver. Comme le courant passait bien nous avons osé sortir la soupe en sachet que j'avais dans mon sac et que nous avions embarquée en pensant leur demander si c'était possible de nous la préparer. Non seulement ils l'ont fait avec un grand sourire, mais nous avons été servis comme au restaurant, ils nous ont donné du pain pour aller avec et plus tard notre homme est ressorti de la cuisine avec deux crêpes fumantes à la confiture de myrtilles, un régale dans cette atmosphère automnale. Nous avons passé un bon moment de la soirée à tchatcher en buvant des bières et du thé. Quand nous avons commencé à jouer au dés, il n'a pas voulu jouer mais a préféré faire le DJ, il nous a passé ses deux CD's: Pavarotti et le CD de sa fille de 15 ans, des remix pseudo techno de tubes d'il y a dix ans… c'était bien drôle dans ce contexte! Derrière le comptoir d'où il supervisait attentivement la musique et notre jeu de dés, il y avait des bouteilles remplies sans étiquette. Curieux, Dan a demandé ce qu'il y avait là-dedans. Ni une ni deux, il s'est retrouvé avec un grand verre remplie de vin de miel au goût de vinaigre que nous avons goûté poliment. Au moment du verdict nous avons dit le plus diplomatiquement possible que nous trouvions ça moyen. En moins de deux nous l'avons vu avec horreur remplir la moitié vide du verre que nous avions péniblement descendue avec du vin rouge en nous disant que c'était bien meilleur comme ça! Au moment de payer, il nous a fait un prix aléatoire de deux euros qui devait à peine couvrir les boisons que nous avions commandées et qui ne tenait pas compte de la soupe, du pain, des crêpes, du vin, ni du service…

Nous avons rejoint les hauteurs de notre tente qui ne semblait pas perturber les vaches et chevaux qui paissaient autour, moi par contre j'étais bien contente de dormir là haut! Les bruits de sabots sonnaient juste à côté de nous et les aboiements des chiens agités allaient se perdre sur le plateau avant de revenir en plusieurs échos à nos oreilles, nous nous sentions agréablement au milieu de nulle part.

Nous avons été réveillés par l'orage, le vent et une pluie féroce qui tambourina toute la nuit sur la tente. Au matin éclair et tonnerre étaient simultanés et nous avons eu la même pensée sans nous l'avouer, pourvu qu'on ne se ramasse pas la foudre avec les montants et l'échelle métalliques de notre tente. Nous avons attendu un bon moment dans l'espoir que cela se calme puis nous avons mis au point un plan pour plier bagage de manière efficace et sans trop se mouiller. C'est ce que nous avons fini par faire et dès que nous fûmes enfin bien au sec en train de boire un bon thé chaud avec notre hôte, la pluie s'arrêta pour ne reprendre que lorsque nous avons décidé de poursuivre notre route.

Nous comptions nous arrêter à Cetinje mais à quoi bon visiter une ville si le brouillard vous empêche de voir à plus de dix mètres, nous avons donc passé notre chemin et continué en direction de la frontière albanaise.


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.