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Gjirokastra  

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Gjirokastra Comme l'Albanie nous enchantait et que nous avions encore du temps avant notre rendez-vous le 28 octobre à Istanbul avec la soeur de Daniel, nous avions l'intention d'aller jusqu'à Gjirokastra puis de remonter vers le nord du pays par une belle vallée fertile à l'intérieur des terres. Mais le sort en décida autrement...

Entre Saranda et Gjirokastra, au milieu de l'ascension d'un petit col, tous les indicateurs du tableau de bord se sont soudain emballés. Il fallait s'arrêter. Le temps de nous pencher sous la voiture, de constater que de l'huile coulait et d'ouvrir le capot pour essayer de voir d'où cela provenait, déjà deux Albanais souriants étaient à nos côté pour nous aider, se glisser sous la voiture et mettre les mains dans le cambouis avec nous. Comme la cause du problème n'était flagrante pour aucun de nous, nous avons remis le moteur en marche pour voir si nous pouvions observer quelque chose de spécial. Expérience très réussie, toutes les poulies et courroies de transmission ont arrêté de tourner. Du coup il nous fallait trouver quelqu'un pour nous remorquer. Nos deux gaillards, tout malheureux de ne pas pouvoir nous rendre ce service, nous montraient leur voiture en bien mauvais état d'un air désolé. Ils ont appelé la police pour qu'elle vienne nous chercher et nous remorquer mais toutes les forces de l'ordre de la région étaient mobilisées pour une visite du président de la Grèce dans un village voisin. Nous les avons remercié tout en refusant à grand peine leur corde de remorquage qu'ils voulaient absolument nous donner. Vu l'état de leur voiture, ils en auraient sûrement besoin un jour!

Il ne nous restait plus qu'à attendre... Dans ce pays où neuf voitures sur dix sont de vieilles Mercedes qui n'auraient jamais assez de puissance pour remorquer à la montée notre tas de ferraille, nous espérions un camion ou une voiture un peu solide. Evidemment dès ce moment il ne passa plus un seul camion! Un premier 4x4 tout neuf de riche passa mais le chauffeur ne ralentit même pas à  nos signes. Lorsque le second arriva je pris mon air le plus éploré en sautant sur la route et brandissant la corde de remorquage. Au début le chauffeur fit un signe négatif de la tête, puis, se ravisant, s'arrêta plus loin avant de reculer à notre hauteur. L'homme qui descendit de la voiture était tiré à quatre épingles, pantalon de costard, chaussures flambant neuves, chemise blanche, cravate. Très vite il nous demanda en anglais d'où nous venions et nous expliqua qu'il voulait bien nous remorquer mais qu'il était pressé car il devait se rendre à une cérémonie avec le président de la Grèce. Malgré nos protestations comme quoi nous ne voulions pas le retarder il insista, saisît la corde, l'accrocha aux deux voitures sans faire une tâche ni un pli à sa chemise et sauta dans sa voiture pour démarrer sans attendre. A peine le temps de monter dans notre voiture que soudain Dan s'agita sur son siège en criant "la clé, la clé", il ne trouvait plus sa clé de voiture et sans clé impossible de tourner le volant! Je lui tendis la mienne juste à temps pour éviter le vide du coté aval de la montagne. Pour sa part notre homme ne s'était pas inquiété de voir la voiture dévier sur l'autre piste jusqu'au bord de la route dans le virage... Probablement était il en train de regarder sa montre! Notre corde qui avait l'air d'être de la camelote a effectivement cédé après quelques dizaines de mètres. Toujours serviable et stressé notre bienfaiteur est descendu d'un bond de la voiture, en deux temps trois mouvements nous avons fouillé dans notre bazar et trouvé une sangle déjà pas très longue que nous avons doublée pour la rendre plus solide avant de l'attacher aux voitures. Total, la distance entre les deux voitures était bien trop courte pour être sûre mais nous n'avions pas le choix, ni le temps. Notre homme voulait nous aider et il ne renoncerait pas, nous l'avions bien compris. Après avoir cassé deux fois, la sangle se trouva encore raccourcie par deux gros noeuds et l'espace entre les deux voitures se réduisit ainsi à moins de deux mètres!!! Cela demandait à Dan une énorme concentration pour conduire. Il suait à grosses gouttes et moi aussi pour lui. Nous n'avions aucune envie de nous enfoncer dans l'arrière de la voiture toute neuve de notre sauveur, tant pour des raisons morales que financières. La descente du col fut épique. Pente raide, virages en épingle à cheveux, "surprises" sur la route qui obligeaient la voiture de devant à freiner "brusquement", nous étions sur le nerfs, je nous voyais déjà encastrés dans le coffre de la Cherokee. Dan gardait ses yeux rivés sur les feux de freinage et moi j'essayais de lui décrire la trajectoire de la route sans me mélanger les pinceaux entre la gauche et la droite.

Arrivés dans la vallée nous étions tous soulagés, mais il restait tout de même 15 kilomètres jusqu'à Gjirokastra. Notre homme nous avait-il oubliés, attachés à deux mètre derrière lui? Il s'est mis à foncer à 70km/h et nous le voyions parler et gesticuler comme si il faisait visiter la vallée à ses trois passagères, toutes aussi chiques que lui. A cette allure un bruit épouvantable provenait de notre voiture, de plus quand il lui fallait ralentir pour une raison quelconque, il redémarrait comme un malade et la sangle, se tendant d'un coup, donnait une énorme secousse aux deux voitures. Cela ne semblait pas le perturber mais moi je craignais à chaque fois que l'on se retrouve avec un morceau de sa voiture au bout de notre sangle!

Il nous déposa à Gjirokastra dans une station essence. En deux secondes et demie avant de repartir à toute allure, il nous expliqua qu'il était albanais, qu'il avait vécu longtemps aux Etats-Unis, qu'il était de retour en Albanie depuis 10 ans et que non il ne voulait rien en dédommagement pour son aide. Il faut avouer que nous lui avions proposé surtout par politesse, malgré le ridicule de la situation car nous savions l'un et l'autre qu'il est sûrement cent fois plus riche que nous.
 
A la station essence tout le monde voulait nous aider. Un chauffeur de taxi sentant l'affaire nous à remorqué tout près jusqu'au garage du village, puis nous a amené où nous voulions dormir. C'est un charmant B&B dans une belle maison de la vieille ville avec pour propriétaire un type très accueillant et sympathique mais un peu survolté qui nous prenait dans ses bras, me pinçait les joues et donnaient de grandes claques amicales dans le dos de Dan.

Le lendemain Dan avait rendez-vous à huit heures avec le mécanicien du garage pour lui expliquer le problème et éventuellement l'aider, et pour vérifier que toutes les pièces de la voiture restent à leur place. C'est surtout nos pneus tout neufs qui attirèrent l'admiration de tout les occupants du garage qui les tâtait en s'exclamant "Gomma good!" Entre temps, après un téléphone avec le vendeur de notre voiture, nous avons su que c'était la clavette qui fixe la grande roue sur le vilebrequin qui avait cassé. Il "suffisait" donc de refaire cette pièce. Dan avait préparé de jolis dessins explicatifs en perspective à montrer au mécanicien. Ensemble ils ont démonté ce qu'il fallait et le mécanicien a souri en voyant l'ancienne pièce qui avait déjà était refaite par notre vendeur en Suisse. Il nous a fait comprendre que c'était bien du travail suisse et que si ça avait été du travail albanais, nous aurions pu aller jusqu'au bout du monde! Donc plein de bonne volonté il s'est mis au travail et y a passé une bonne demie journée. Mais il manquait d'outils et a dû faire des choses à la main plutôt qu'à la machine... Pendant ce temps, en bonne fille, je m'occupais de la lessive et suis descendue vers midi au garage pour préparer un casse-croûte pour ces hommes. Le mécanicien absorbé par son travail na pas voulu manger plus que quelques biscuits. Vers le milieu de l'après-midi, la voiture roulait à nouveau mais faisait un bruit qui ne nous rassurait pas beaucoup. De plus nous devions aller sans tarder en Grèce pour acheter un joint qu'ils n'avaient pas en Albanie et qu'il fallait changer.

Nous avons tout de même profité du reste de la journée pour visiter cette ville dont la vieille partie est extrêmement belle et pittoresque, avec son château perché sur une colline, ses rues pavées de grandes pierres et ses maisons de bois et de pierre accrochées à la pente. Durant cette journée et ces deux soirées passées là nous avons fait la connaissance du patron de bistrot le plus connu de toute la ville. Il passe son temps sur une chaise devant son café, toutes les voitures le saluent en donnant un petit coup de klaxon et tout le monde s'arrête pour taper la causette avec lui quelques minutes. Si il y a match de foot, son bar déborde d'hommes de tout âges. Un soir nous regardions le match depuis une table sur le trottoir et si quelqu'un avait le malheur de se placer entre nous et l'écran, il recevait des coups de la part des autres sans trop savoir pourquoi jusqu'à ce qu'il ai trouvé une autre place qui ne gêne personne et surtout pas nous. Le patron nous aimait bien, il adore Paris, les Français et le français qu'il apprend en autodidacte à ses heures perdues. Son bistrot était sur le chemin entre notre B&B et le garage, si je passais devant et que par hasard il se trouvait à l'intérieur en train de faire quelque chose, dix mètre plus loin je l'entendais crier avec sa grosse voix dans toute la rue "Bonjour Sylvaine"! Notre hôte aussi était un sacré phénomène, alors que nous accrochions notre linge pour qu'il sèche, il nous a fait tout un cours sur la bonne manière de le suspendre, il a quasi décroché et rependu à sa façon toute notre lessive en nous expliquant le pourquoi de la chose!


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