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Nous sommes donc partis en direction de la Grèce puisqu'il le fallait. A la frontière une longue file de voiture patientait. Au fur et à mesure de l'avancée il s'agissait de rester collé à la précédente car au moindre espace vide une autre voiture venait se glisser entre deux. Jusqu'au poste albanais ce fut donc une série d'arrêts et démarrages qui ne plut pas bien à notre voiture et c'est juste au poste frontière albanais qu'elle nous lâcha à nouveau. Par chance la route qui sépare le poste albanais du grec était en pente douce. Dan coupa le moteur et laissa la voiture descendre en roues libres. Il était tellement préoccupé par les indicateurs du tableau de bord qu'il n'a même pas freiné au poste frontière grec car on ne voyait personne. Au passage j'entrevis le douanier, planqué dans une petite cabine, ouvrir grand les yeux et la bouche en un cri silencieux derrière son vitrage et frapper du poing sur la tablette devant lui. Nous nous sommes arrêtés plus loin et ce fût le coup de grâce pour le voiture.
Nous n'étions pas couverts hors de la Suisse mais le TCS nous organisa quand même un remorquage jusqu'à la première ville grecque sur le chemin. Il faudrait payer bien sûr et nous avons sorti la somme nécessaire de notre planque "secrète". Nous avons attendu les secours juste à côté de la frontière, en tapant la causette avec les quelques grecs qui y tiennent des petits stands justement pour les gens bloqués comme nous. C'est un remorqueur pressé qui nous amena au garage Nissan de Ioannina. Il y avait là deux mécaniciens qui semblaient bien savoir de quoi ils parlaient et avaient l'air plutôt positifs pour notre affaire. Mais le patron, un jeun loup, a décrété que c'était trop tard (15h vendredi après-midi) et qu'ils pourraient jeter un oeil à notre voiture le jeudi suivant pour ensuite nous dire quand pourrait se faire la réparation. Nous n'avions pas envie d'attendre tout ce temps! Le type qui nous avait remorqué nous a emmené chez un pote mécanicien en dehors de la ville. Nous l'avons remercié mais au moment de payer nous ne trouvions plus les sous, ils avaient dû tomber de la poche de Dan. C'était un peu la journée poisse et je commençait à perdre les nerfs... Pour couronner le tout le soir nous avons cru avoir perdu le GPS, ceci jusqu'au lundi quand nous l'avons retrouvé dans la voiture.
Nous avons donc essayé d'occuper notre week-end à Ionnina. C'est une petite ville sympathique mais sans plus, située au bord d'un lac vert pétant d'algues, qui pue le gaz par moment mais dont les rives constituent la ballade du week-end. Le vendredi soir, abrutis par notre coup de blues, nous avions juste eu l'énergie de sortir manger une crêpe dans un stand. Même la crêpe venait compléter le ratage de la journée, il nous avaient mis des frites dedans!!! Le lendemain, avec le soleil le moral avait repris le dessus et nous avons passé un week-end "farniente" et "bonne bouffe", bars et restaurants sympas ne manquant pas dans cette bourgade. Une mention spéciale pour la fêta grillée avec sauce tomate et petits piments. Notre hôtel, le moins cher de toute la ville, avait un certain charme vétuste avec son linoléum vert, ses fauteuils bordeaux sale et le formica foncé des meubles. Je n'ai découvert ce charme que le premier matin en passant devant une chambre ouverte. Là, une femme de ménage assise au pied d'un lit fait, fumait une cigarette le regard dans le vide, face à une fenêtre, baignée dans la lumière des rayons matinaux du soleil, palpables par l'épaisseur de l'air. On aurait dit un tableau de Hopper. L'hôtel était tenu par un jeune serviable et deux petits vieux à moitié sourds qui passaient leur journée dans le hall d'entrée à jouer aux cartes. Chaque fois que nous les croisions ils nous disaient "Yes, yes", sans qu'on leur demande quoi que ce soit. Cela nous faisait beaucoup rire jusqu'à ce qu'on comprenne que "Yasas" en grec est une forme de salutation qu'ils utilisent pour dire bonjour ou au revoir.
Lundi soir une bonne surprise nous attendait, la voiture était déjà prête alors que nous l'attendions pour mardi. Visiblement le type a fait du bon boulot car depuis cela fait trois semaines que nous roulons et pas toujours sur des routes bien lisses, la voiture tient bon et apposerons bientôt cérémonieusement l'autocollant du mécanicien grec notre capot. Si nous arrivons en Iran, nous lui enverront une carte postale comme promis. Il a bien rigolé quand nous lui avons annoncé que nous allions jusqu'en Inde, premièrement à cause de la voiture et deuxièmement à cause de l'idée même.
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