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İstanbul (28.10. - 6.11.2004)  

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Stand de poissonsC'est toujours fascinant d'arriver dans une ville ou vivent des millions de personnes. Déjà à des kilomètres du centre on sent la vie qui grouille dans les différents quartiers de la périphérie. Istanbul fascine aussi de par sa position privilégiée entre la Mer de Marmara et la Mer Noire. Le Bosphore et le bras d'eau appelé "Haliç" ne font qu'augmenter les rives de la ville et, où que l'on se trouve, l'eau n'est jamais très loin. De Sultanahmet, de Beyoglu ou de Üsküdar (sur la partie asiatique), la ville se perçoit composée de trois entités qui s'étendent à perte de vue le long des rives qui leurs sont propres.

Sultanahmet, le quartier où se trouvent la Mosquée Bleue, Sainte Sophie, le palais Topkapi et la citerne, est bien sûr le quartier le plus touristique de la ville et, même fin octobre, c'est un défilé de cars remplis de touristes turcs et étrangers qui s'arrêtent devant ces bâtiments dont les silhouettes sont connues dans le monde entier. Les quatre premiers jours de visite, nous les avons passé comme tout le monde à visiter ces merveilles et à nous promener dans les quartiers du centre.

Sainte Sophie, collage imposant de morceaux d'histoire, qui devait être un vrai joyaux lorsqu'elle était encore toute tapissée de ses élégantes mosaïques. La Mosquée Bleue, d'une finesse et d'une légèreté incroyable malgré ses quatre énormes piliers qui soutiennent la coupole principale et ses cascades de demies coupoles. Malgré les consignes données à l'entrée aux visiteurs, les guides parlent fort, peu de femmes se couvrent la tête et peu importe aux gens si ils marchent devant quelqu'un en train de prier. Le palais Topkapi, avec ses cours, ses pavillons, ses jardins, ses terrasses avec vues, ses fontaines…tout un art de vivre dans cette enceinte qui devait être pour beaucoup une "prison dorée". Dans le musée du palais, une collection d'objets au raffinement exquis datant d'avant la chute de l'Empire Ottoman, ceux d'après, étant à mon avis dépourvus de grâce, juste un étalage ostensible de richesses. Une collection aussi d'objets saints et de reliques qui ne m'ont personnellement pas beaucoup touchée. J'aurais tout de même voulu savoir lire l'arabe pour découvrir ce que nous disait une plaque métallique gravée dont la légende était plus ou moins celle-ci: "Description des attributs physiques du Prophète Mohammed". La "Citerne" un espace grandiose, beau par la sobriété découlant de son ancien usage fonctionnel. Malheureusement, une installation "artistique" venait casser la magnificence de l'espace. Alors que le seul bruit que l'on aimerait percevoir sous ces voûtes est celui des gouttes tombant dans l'eau du réservoir et allant se perdre entre les colonnes, rendant ainsi l'espace acoustiquement plus vaste, l'installation "artistique" était accompagnée de diffusion de musique d'un style terrible et inclassable, genre "Rondo Veneziano"!

Shopping dans un grand bazar ou un bazar aux épices qui paraissent bien peu authentiques vu les prix pratiqués et les noms des épices et thés écrits en anglais. Shopping, cafés et restaurants sur Istiklal Caddesi jusqu'à Taksim, le coeur le plus occidental de la ville. La population aisée d'Istanbul y assouvi ses besoins consuméristes alors que les plus pauvres, si ils y viennent, c'est pour rêver devant les vitrines de "Diesel" et autres marques du genre. Manger un kebab ou boire un thé ici coûte deux fois plus cher qu'ailleurs en ville sans être meilleur, mais c'est bien plus "tendance".

Pour se reposer le corps et l'esprit Istanbul ne manque pas de richesses: balades en bateau sur le Bosphore, thé avec vue depuis la partie asiatique, thé et backgammon au couché de soleil sur le pont de Galata où un peu partout dans la ville, flâneries sur les rives à observer les pêcheurs du "dimanche", pauses sur un banc face soleil et Sainte Sophie le matin, à la Mosquée Bleue le soir, Hamam, etc.

Tout ça, c'est ce qu'il faut faire une fois à Istanbul si on y vient pour quelques jours ou une petite semaine. Après il y une quantité phénoménale de monuments historiques qu'il faudrait des mois pour explorer correctement sans s'en lasser. Un peu saoules de ces quatre jours intensifs, nous nous sommes arrêtés là pour les visites et avons plutôt opté pour quelques balades dans les quartiers un peu moins fréquentés... Même proche du centre il y a des petits coins sur lesquels on tombe par hasard, comme l'authentique petit marché aux poissons au pied de l'extrémité nord du pont de Galata. Les petites rues commerçantes au nord de l'université, une sorte de grand bazar en plein air, où les prix deviennent bien plus honnêtes plus on se dirige vers l'ouest. Les vieilles maisons en bois que l'on rencontre encore plus à l'ouest et qui donnent une bonne idée de ce que devait être Istanbul la grande il y a deux siècles. La vie dans ce quartier qui est constitué d'habitations et de beaucoup de petites fabriques artisanales en sous-sol semble bien loin de celle du centre touristique, bien plus pauvre aussi. On y croise beaucoup de femmes habillées de manière traditionnelle, des mômes un peu sales qui courent dans les rues et des hommes qui discutent sur le trottoir. La petite et charmante mosquée de Rüstem Pasa, dont l'entrée par des escaliers est bien protégée par l'activité commerciale foisonnante des ruelles au nord du grand bazar, est un havre de paix bienvenu. Le soir où je l'ai visitée il était 16h30. Arrivée en haut des escaliers je fût surprise de me trouver sur une petite esplanade remplie de tables entourées d'hommes attendant 17h, l'heure de l'appel à la prière pour rompre ensemble le jeûne du Ramadan. L'un deux m'invita à m'asseoir à leur table et si je n'avais pas été sûre qu'une réponse positive de ma part aurait été totalement déplacée, c'est avec plaisir que j'aurais aimé accepter. Nous avons découvert un joli quartier à l'atmosphère villageoise où il était difficile de croiser une femme non voilée et où le Ramadan semblait respecté de manière bien plus stricte que dans les quartiers touristiques. En me perdant je suis aussi passée par des quartier populaires de blocs en béton assez hauts pour le centre-ville, par les rues commerçantes où on ne croise plus un touriste. J'ai longé une immense "rue-marché" où il était dur de se frayer un chemin, je ne sais pas si c'est tous les jours comme ça ou seulement une fois par semaine mais l'atmosphère était bien vivante, ça criait à qui mieux pour achalander le passant.

Un jour que Dan profitait de son bureau privé sur un banc à l'ombre de la Mosquée Bleue, je me suis retrouvée seule pour une longue balade. Je me faisait toujours aborder par des hommes ayant une idée derrière la tête... Etonnement les plus jeunes m'abordaient moins, peut-être par ce que l'image de la femme occidentale change très gentiment dans les esprits. Pour finir, j'ai adopté activement une conduite qui je l'espérais me ferait passer pour une universitaire turque (j'avais un look qui correspondait à certaines croisées près de l'université et en plus elles sont rarement voilées). Evidemment j'ai défait mes couettes et je n'ai plus regardé ma carte même lorsque je ne savais plus où j'étais. Je marchais vite, d'un pas décidé, changeant de direction sans hésiter et regardant tout d'un air de quelqu'un qui connaît l'endroit depuis tout petit ou alors en regardant par terre. Le plus dur fût sûrement d'acquérir le réflexe de détourner le regard au plus vite lorsqu'il croise celui d'un homme et d'éviter les collisions avec ces derniers car eux ne dévient pas d'une once de leur trajectoire si ils croisent une femme dans un passage étroit. Etant habituée à la Suisse où, sur un trottoir bondé, chacun fait un effort pour éviter l'autre, je me suis pris quelques hommes de plein fouet! Ma technique a fonctionné, je ne me suis pas fait aborder une seule fois mais c'est un peu frustrant lorsqu'on aimerait s'arrêter pour observer ou admirer quelque chose.

Ramadan à Istanbul

Chauds les marrons!Nous avons eu la chance de visiter Istanbul lors de la fête de l'indépendance (29 octobre) et pendant le mois du Ramadan. Autant dire que Sultanahmet, et plus précisément l'Hippodrome, avait un air de fête et de foire. Tout l'Hippodrome était bordé de stands ce qui avait le désavantage de gâcher la vision d'ensemble de cet endroit et surtout de cacher le mur d'enceinte de la Mosquée Bleue. Cela avait par contre l'avantage de pouvoir cotoyer les habitants d'Istanbul venant fêter ensemble chaque soir la fin du jeûne quotidien. Les stands étaient surtout des stands de nourriture, de sucreries de toutes sortes et de thés. Kebabs en tous genres, gözleme, énormes patates fourrées, châtaignes, pop corn, jus de fruits frais, barba papas, sucettes, lokum et tant de sortes de sucreries que je n'ai pas pu tout goûter! Personnellement je trouve toutes ces choses un peu trop doucereuses et je retiens surtout le merveilleux jus fris de grenades!

A Istanbul, dans les quartiers touristiques, on trouve facilement à manger pendant la journée et un certain pourcentage de locaux semblent ignorer le Ramadan. On peut manger sans forcément ce faire regarder d'un mauvais œil. On passe rarement devant un café sans y voir quelqu'un en train de boire un thé. Il y a d'autres quartiers par contre ou je n'aurais pas osé porter quoique ce soit à mes lèvres, ne serait-ce que par respect, même si les Turcs semblent en général extrêmement tolérants en ce qui concerne la religion.

Le jeûne quotidien du Ramadan se termine vers 17h, avec les premiers mots de l'appel à la prière. A partir de 16h30, dans toute la ville, tout le monde poursuit le même but: se procurer à manger et s'installer avec quelques autres autour d'un plateau de nourriture pour être prêt, quand sonnera l'heure, à rompre le jeûne ensemble. Des plateaux remplis de nourriture protégés par de la cellophane se mettent à circuler à bout de bras un peu partout en ville, allant des multiples restaurants jusqu'aux magasins et échoppes encore ouverts aux alentours. Les files d'attente s'allongent devant les stands de kebab et des tablées (d'hommes) s'improvisent un peu partout, sur les trottoirs, dans les magasins, au milieu des allées du grand bazar. Quand enfin le haut parleur se met en marche, les premiers grésillements sont tout de suite couverts par le bruit des cuillères dans les bols de soupe aux lentilles. Les moins organisés font encore la queue au stand et, une fois le kebab obtenu, trouvent n'importe quel endroit ou le manger! Assis sur une borne ou sur un bout de trottoir, agenouillés devant un pot de fleur qui sert de table, nous en avons même vu quatre ou cinq assis en tailleur, alignés côte à côte sur le trottoir, mangeant face au mur! Maintenant que j'écris ces lignes je réalise que extrêmement peu mangent en marchant!

Comme tout le monde mange à 17h, on se retrouve bien seul si on va manger plus tard ailleurs que dans les stands de l'Hippodrome. Nous avons eu du mal à décaler notre rythme qui est plutôt à l'espagnole. Mais le premier soir où nous avons réussi à manger à 17h reste un de mes meilleurs souvenirs. C'était le soir du dimanche 31 octobre. Non seulement c'était dimanche mais, si j'ai bien compris, c'était un jour spécial car situé à la moitié du mois de Ramadan. Vers 16h déjà les pelouses et les bancs de l'Hippodrome et des parcs de Sultanahmet ont été envahis par la foule équipée de festins sous forme de pique-niques. Nous sommes allés nous asseoir au milieu de cette foule sur un bout de gazon libre et tout le monde s'est mis à manger en même temps, ça aurait pu être un happening! Comme le sol était humide tous avaient un bout de journal pour s'asseoir dessus mais nous, comme des touristes, nous n'avions pas prévu le coup. Peu importe, quelques instants plus tard deux feuilles de journal se glissaient entre nous deux. Nous nous sommes retournés pour découvrir la fillette timide qui nous les tendais. Juste derrière le papa et la maman sourirent discrètement à nos remerciements.

J'admire les gens qui font le Ramadan dans nos pays. Ne pas manger ni boire pendant 12 heures tout en travaillant n'est déjà pas tout facile (enfants, malades, handicapés,etc. en sont exemptés). En Turquie où 99% de la population est musulmane, il y a des jours fériés, certains horaires sont adaptés et surtout on ne se retrouve pas seul à jeûner au milieu de l'incompréhension ou juste de l'indifférence. A Istanbul j'ai eu l'impression que le Ramadan est quelque chose d'extrêmement social. Le soir on mange ensemble, la journée on se tient les coudes et au bout d'un mois on fait la fête pendant quelques jours de congé.

Je pense qu'au bout d'une bonne semaine, on peut avoir une première impression de la ville. C'est ensuite le moment de décider si il faut partir, y rester quelques mois pour y prendre un cours de Turc et découvrir, sans faire d'overdose, le reste de ses richesse, ou encore y travailler ou y vivre. J'y vivrais bien un an ou deux et garde cette ville classé dans un tiroir de ma tête… Mais dans l'optique de notre voyage, nous commencions à sentir l'appel de la route et de l'inconnu. Il nous fallut attendre pourtant encore deux jours avant de partir car à trop vouloir profiter des derniers rayons de soleil quotidiens assis dans des coins agréables malgré la fraîcheur, nous nous sommes choppé les deux un bon gros rhume!


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.