Nous voulions bien sûr quitter Istanbul et passer en Asie par le fameux pont "Atatürk" qui enjambe le Bosphore. Cela semble tout simple comme ça, on voit le pont de loin et on se dit qu'il n'y a qu'à suivre la berge jusqu'au pont et le prendre. Le problème c'est que ce pont va s'accrocher bien haut et bien loin à l'intérieur de la ville en se connectant sur une route principale dont trouver l'accès sans carte fût un véritable casse-tête! Nous avons fait un joli tour des banlieues du coin en nous perdant plusieurs fois et en passant par des endroit très riches et d'autres beaucoup moins. Beaucoup de villages semblent avoir été "engloutis tout rond" par la ville tout en conservant le caractère villageois de leur bâti.
Ce qui frappe c'est que pour une ville de cette taille, Istanbul s'arrête très nettement et on sent que la planification des nouveaux quartiers n'est pas laissée au hasard. Des zones à bâtir sont clairement délimitées, souvent par les routes d'accès qui y mèneront. Après malheureusement on peut partout déplorer une architecture de "copier-coller". Les mêmes bâtiments sont construits des dizaines de fois les uns à côté des autres et forcément cela ne donne pas quelque chose de très esthétique, surtout quand le modèle de base est déjà moyennement réussi. En tous cas, de tous les bouts de périphérie que nous avons traversés entre notre arrivée et notre départ d'Istanbul, même dans des coins qui n'avaient pas l'air bien riches, nous n'avons rien vu qui semblait sauvage ou en manquer d'infrastructure minimale comme routes, eau ou électricité, c'est peut-être un hasard.
Arrivés du côté asiatique, nous avons bien roulé une heure avant de pouvoir dire que nous étions sortis d'Istanbul, la ville ayant là aussi "mangé" les villages voisins. Nous avons longé la côte où une immense promenade (bien une trentaine de kilomètre) au bord de la mer de Marmara a été aménagée. Elle est longée d'un espace public, à largeur variable, souvent vert, parfois planté, accueillant bancs, buvettes, places de jeux pour enfants, etc. C'était dimanche et beaucoup de gens étaient là à profiter de la journée au bord de l'eau. Ils venaient sûrement de la banlieue située juste derrière la route que nous suivions. Je trouvais cette promenade conceptuellement très réussi, preuve en est l'utilisation par les habitants. Nous avons aussi aperçu quelques ghettos de riches, entourés de murs surmontés de fils barbelés... Beaucoup moins réussi!
Le ferry pour aller de Gebze à Yalova nous évita un crochet d'une soixantaine de kilomètre autour du bras de la Mer de Marmara. Sur le bateau deux ou trois hommes passent leurs journée à vendre toutes sortes de trucs aux passagers. Pendant le trajet ils arpentent les différents ponts, certains avec plus de facilité que d'autres. Un vieil homme vendait des mouchoirs en papier, quelle chance, j'avais justement le nez qui coulait et pas un mouchoir sous la main! Un autre vendait de "magnifiques" chaussettes tricotées en laine, un achat déjà plus difficile à justifier. Il avait une canne, avançait avec peine sur le bateau, l'air un peu désespéré et ses chaussettes n'intéressaient personne. Soudain absolument convaincus que ces chaussettes nous seraient d'une utilité fantastique une fois le froid venu, lui avons acheté une paire (il n'y avait que ma taille) et ne l'avons pas regretté. Son visage s'illumina! Peut-être que vendre une paire par jour lui suffit pour gagner sa journée et que c'était justement celle que nous venions d'acheter. Il finit la traversée assis sur un banc, reposant sa jambe, nous souriant et nous saluant à chacun de nos passages. Nous sommes arrivés au bord du lac d'Iznik alors qu'il faisait déjà bien sombre et sommes tombés par hasard sur un petit camping au bord le l'eau!
Il n'avait pas fallut plus de quelques jours pour que je n'entende plus l'appel à la prière de cinq heures du matin, mais cette nuit-là, dans mon sommeil, il m'a semblé qu'il s'accompagnait de tambours et ce fût ainsi aussi les nuits suivantes. Le matin je me souvenais de ces bruits sans savoir si je les avais rêvés. Ce n'est que deux nuits plus tard que je compris. Le tambour était si proche qu'il finit par me réveiller et me sortir de ma torpeur. C'était trois heures et demie du matin et par la fenêtre je vis un jeune homme arpenter systématiquement les rues alentours en tapant comme un sourd sur un gros tambour. Tout est devenu clair, ce tambour fait office de réveil pour tout le village, afin que les gens se lèvent et puissent manger une dernière fois avant le premier appel à la prière de cinq heures du matin, le début du jeûne. Je n'ai jamais entendu de tambour à Istanbul, peut-être que cela ne se fait pas, ou peut-être pas dans ce quartier, ou peut-être dormais-je trop profondément ou le joueur de tambour était-il simplement moins fougueux qu'ailleurs...
Le lendemain de cette nuit au bord du lac d'Iznik, le soleil brillait et nous avons déjeuné au bord de l'eau au milieu d'oies moyennement sympathiques et de leur petits. La rive sud du lac est extrêmement jolie. Il faisait beau et nous aurions aimé avoir un vélo pour nous balader sur cette route qui suit la rive à une certaine distance en passant à travers des vergers d'oliviers et de pommiers. Perchés sur les oliviers, les hommes faisaient la récoltes tandis que les femmes, habillées traditionnellement, assises par terre sur de grands tissus, triaient les olives. C'était décidé, à la prochaine occasion nous achèterions des vélos!
A Yenişehir, l'agglomération suivante, nous avons mis notre plans à exécution. Après avoir testé tous les vélos des deux marchands du coin, nous avons dû constater avec regret que nous ne pourrions pas en acheter deux. Même un, nous avons eu de la peine à le caser. Nous aurions bien aimé le mettre ailleurs que sur le toit mais nous n'avons pas trouvé de meilleure solution. Pourtant les idées fusaient entre le marchand de vélo, le constructeur de porte-bagages et les quelques curieux qui souhaitaient tous nous voir acheter ce vélo. Nous avons acheté le même vélo que tous les autres Turcs de cette ville, sans vitesse, et quand ça monte, même un tout petit peu et sans personne sur le porte-bagages, c'est impossible de faire plus de dix mètres!!! Il faudra donc que nos ballades soient plates! Bon nous nous sommes dit qu'à ce prix, nous ne risquions pas grand chose et que si nous ne l'utilisions pas, nous pourrions toujours le revendre ou en faire cadeau à quelqu'un. D'ailleurs l'achat se révélera justifié rien que par les bons moments qu'il nous fera passer à Kasimlar.
Chez Göhkan à Küggükoï
Nous avions décidé de nous arrêter vers 15 heures afin de profiter du soleil, de chercher un lieu où dormir avant qu'il fasse nuit et de pouvoir manger à 17 heures en même temps que les autres. Vers 15 heures ce jour-là nous étions sur un haut plateau peu habité, sur une route semée de fontaines à chaque virage (c'est tout le temps comme ça sur leurs routes de montagne) et de petits villages ou disons plutôt de hameaux dont aucun n'était indiqué sur notre carte. Nous sommes passés par quelques uns en espérant en trouver un avec un petit café ou un endroit pour manger. Nous avons choisi Küggükoï, constitué essentiellement de petites maisons en pierre. Après avoir posé la voiture, nous nous sommes dirigés vers le centre, composé immanquablement de la mosquée, d'un "Market" et d'un café où l'on boit du thé. Le village qui semblait vide était déjà moins vide qu'avant dû aux curieux et curieuses de tous âges qui se demandaient ce que nous pouvions bien venir faire là. Bien sûr personne ne savait un mot d'anglais et notre turc se limitait à une dizaine de mots. Il fallut donc un certain temps pour faire comprendre que nous cherchions un endroit où poser le voiture et camper. Je ne sais toujours pas si ils avaient finalement compris mais ils nous proposèrent mieux. Il nous offraient pour la nuit une pièce attenante à la Mosquée, avec tapis sur le sol, matelas et poêle pour chauffer. Pour nous c'était parfait surtout qu'à côté de chaque mosquée il y a toujours des toilettes et lavabos. Nous étions contents et eux aussi, ils ne voulaient pas qu'on paye et ont embauché les gamins du coin pour nettoyer la pièce et aller nous chercher du bois pour alimenter le poêle pendant la nuit.
Pendant ce temps nous essayions de satisfaire leur curiosité répondant aux questions lorsque nous les comprenions. A un moment un jeune d'une vingtaine d'année est arrivé en nous saluant en anglais. Plein d'espoir nous lui avons demandé s'il parlait anglais et il a fait signe de la tête qu'il parlait un peu. Tous les regards étaient tournés vers lui et les gens lui posaient des questions pour qu'il nous les traduise... Nous avons vite compris que notre vocabulaire turc était plus étendu que son vocabulaire anglais. Pour toute traduction il nous répétait les questions en turc en articulant bien et avec des gestes. Nos vîmes des regards un peu déçus de la part des autres qui du coup recommencèrent à s'adresser à nous directement. Puis le jeune homme, Göhkan, a décidé qu'il voulait pratiquer son anglais ou qu'il nous trouvait sympas et nous a invité chez lui à boire le thé.
Avant d'entrer dans une maison il est d'usage d'enlever ses chaussures. Pourtant, soucieux de montrer leur tolérance envers les autres cultures, les Turcs nous obligent presque à garder les nôtres. C'est pour la même raison que nous tenons à les enlever… Dan suivit Göhkan alors que sa mère, puis sa soeur me prenaient dans les bras pour me souhaiter la bienvenue; une sorte d'embrassade (au sens propre du terme) très amicale, accompagnée de mouvements de tête comme pour se faire la bise mais en se touchant les joues, et sans les bises. Nous avons ensuite rejoint les deux hommes dans la pièce principale où deux canapés se faisaient face, chacun adossé à un mur. Devant le mur perpendiculaire aux canapés, et ainsi bien visible de tous, trônait une télé à écran plat sur son pied en plastique gris métallisé. Les trois femmes, nous nous sommes assises sur le canapé qui n'était pas encore occupé par les hommes. Göhkan alluma la télévision, nous montra fièrement toutes les chaînes qu'il reçoivent par satellite, puis tendit la télécommande à Daniel afin qu'il puisse choisir la chaîne qu'il voulait. Dan ne savait pas trop quoi faire de cette télécommande mais comme Göhkan insistait il choisit la chaîne qui passait des clips musicaux et qui semblait être la favorite de tout la famille. Les femmes nous ont amené du Fanta à boire alors que le jeûne n'était pas encore fini, ils voulaient absolument qu'on boivent alors qu'eux mêmes devaient mourir de soif. Puis il a fallut parler, c'est pas que nous n'en avions pas envie, au contraire, mille questions nous trottaient dans la tête mais elles étaient trop compliquées. Nous nous sommes donc tout d'abord contentés des civilités genre nationalité, âge, profession, famille, etc. Tout cela nous occupa bien une heure! Göhkan avait pourtant sortit un petit dictionnaire Turc/Anglais Anglais/Turc mais les traductions données se révélaient très fantaisistes. Plus tard le père de Göhkan nous rejoignit et s'assit sur le canapé des hommes. A nouveau il fallut se présenter mais cette fois cela prit déjà un peu moins de temps...
Juste avant 17 heures Göhkan, tout fier de nous montrer qu'il possédait une voiture (pas toute récente), nous emmena voir le potager familial et un endroit avec plein d'arbres creux qu'il devait affectionner particulièrement mais nous n'avons pas très bien compris pourquoi. Puis d'un coup il fallut retourner à la maison en vitesse: 17 heures approchait et nous fûmes invités à partager le repas avec la famille. Avant d'entrer chez lui Göhkan nous avoua par gestes qu'il crevait de faim. La maison était en pleine effervescence, les femmes cuisinaient sur un réchaud dans le couloir car la cuisine était en travaux. On nous fit nous laver les mains puis asseoir sur les sofas et à nouveau choisir la chaîne de télévision. Sur le tapis, entre les sofas, les femmes installèrent une sorte de bas cylindre en bois d'une vingtaine de centimètre de haut, le recouvrir d'un grand tissus carré puis posèrent dessus un grand plateau rond métallique argenté. Comme nos hôtes, nous nous sommes assis sur le tapis autour du plateau et avons tiré le tissu (bien plus grand que le plateau) sur nos genoux. Nous étions déjà installés alors que les femmes apportaient la nourriture sur le plateau. Les hommes attendaient. Göhkan était parfois mis à contribution mais seulement sur ordre d'une des deux femmes. En attendant nous avons demandé à Göhkan et à son père si le jeûne était dur à tenir, nous connaissions déjà la réponse de Göhkan qui fit discrètement la grimace mais son père d'un air digne nous répondit "Problem yok" (pas de problème). Quand tout fut sur le plateau, les femmes s'assirent et le repas commença après quelques mots de bénédiction on suppose. Le grand tissus servait de prolongation du plateau pour poser des choses et en même temps de grande serviette pour protéger le tapis de la nourriture qui aurait pu tomber. Je reçus sur mes genoux une énorme poignée de toutes sortes d'herbes vachement fortes mais délicieuses. Sur le plateau il y avait plusieurs plats et chacun piquait là où il voulait: pain spécial de Ramadan, pain normal, soupe, salade verte et tomates, champignons grillés, tranches de saucisse grillées et pour le dessert, crème, raisins et dates. Il y avait beaucoup trop à manger, nous ne nous sommes pas privés. Malgré tout les femmes ont décrété que nous n'avions rien mangé, la preuve étant tout ce qu'il restait dans les plats et que d'ailleurs ce n'était pas en mangeant si peu que j'allais devenir moins malingre que je ne l'étais!!!
Le repas terminé, nous nous sommes rassis chacun sur notre canapé tandis que les femmes débarrassaient, nettoyaient et faisaient la vaisselle. J'ai bien essayé de me lever pour les aider, il ne fallait même pas y penser, je me faisait jeter sur le canapé avec une énergie grandissante à chaque tentative. Lorsqu'elles eurent terminé, elles revinrent en amenant le thé qu'elle nous servirent, puis s'assirent enfin à côté de moi. C'est à ce moment que débarquèrent la grand-mère et la tante de Göhkan et il n'y avait plus d'alternative, il nous fallait essayer de communiquer, nous n'allions pas rester toute la soirée à nous regarder dans le blanc des yeux. Nous avons appris la plus grande partie de notre vocabulaire turc (actuellement une cinquantaine de mots) pendant cette soirée. Nous avons "parlé" de nos métiers respectifs, de nos pays respectifs, expliqué un peu plus le voyage, décrit nos familles et même demandé ce qu'ils pensaient de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Je crois qu'il sont plutôt contre, essentiellement pour des raisons culturelles mais nous n'avons pas compris beaucoup plus. "Discuter" sans savoir de langue commune cela demande de l'imagination et de la flexibilité et c'est la soeur de Göhkan, rapide et intelligente, qui nous servait d'interprète pour finir. La grand-mère se foutait bien que je sache le turc ou non. Elle était assise à côté de moi et me tenait des monologues en me serrant régulièrement dans ses bras. Cela faisait rire tout le monde.
Les femmes étaient habillées de manière traditionnelle. Une grande jupe bien large jusqu'aux pieds, des chaussettes bien épaisses, un tricot pas trop moulant et si possible encore une jaquette par-dessus, et un foulard aux bords brodés sur la tête, blanc pour toutes sauf pour la soeur de Göhkan. Le sien était foncé et à motifs. Je n'ai pas pensé à demander si le foulard blanc avait une signification genre "pour les femmes mariées" ou "pour les femmes à partir d'un certain âge"... Göhkan était habillé comme un chanteur pop et son père tout à fait normalement. A côté de ces quatre femmes enfouies dans l'épaisseur de leurs vêtements, avec juste la peau des mains et du visage visible, l'écran de télévision crachait des images de chanteuses aux cheveux longs flottant dans le vent, habillées de deux bouts ridicules de tissus, se tortillant et adoptant des poses plus évocatrices les unes que les autres…
Nous sommes allés nous coucher bien fatigués. Nous avons eu du mal à faire comprendre à nos hôtes que si nous refusions leur offre de dormir chez eux c'est parce qu'un de leurs voisins avait déjà pris la peine de nous préparer une pièce où dormir. Nous avons dû promettre de repasser le lendemain avant de partir afin de boire un thé ensemble et de nous dire au revoir. Göhkan et son père nous ont accompagnés, nous leur avons montré nos super sacs de couchage ainsi que le poêle qui n'attendait qu'à être mis en marche. Ils étaient un peu rassurés, nous n'aurions pas froid. Cependant ils trouvèrent que l'alimentation du poêle, un grand saut rempli de "trucs qui brûlent bien", n'était pas bien préparé et ils nous en amenèrent un préparé par leurs soins.
Alors que nous lisions un peu, un homme déjà vu l'après-midi frappa à notre port afin de nous faire remplir le registre des étrangers, chose que l'on ne nous avait jamais demandé de faire jusqu'à aujourd'hui, même à Istanbul. Nous nous sommes pliés à cette formalité, notre inscription était la deuxième dans le registre, la dernière datait de 1984!
Le lendemain le propriétaire de la chambre guettait notre réveil pour savoir si nous avions bien dormi. Nous sommes retournés chez Göhkan pour honorer notre promesse mais c'est carrément le petit déjeuner qui nous attendait! Alors qu'ils jeûnaient tous déjà depuis cinq heures, ils nous avaient préparé un immense plateau de nourriture et nous avons dû manger les deux assis par terre au milieu de tous les autres! Six oeufs durs, des morceaux de fromages pour ogres, des olives, de la salade, du yogourt, de la crème et des énormes tranches de pains nous faisaient pressentir que nous allions décevoir nos hôtes de ne pas réussir à avaler à deux ce déjeuner pour six... Ce fût effectivement le cas et à nouveau quand je déclarai être rassasiée après avoir testé les limites de mon estomac, les femmes me saisir les poignets et, les comparant aux leurs, me firent comprendre que franchement j'aurais pu me donner un peu de peine! Assis parmi les autres sur le sofa nous nous sentions plus à l'aise. A nouveau il fallut que Dan choisisse la chaîne de télévision. Nous avons essayé de leur expliquer que nous n'avions pas de télévision en Suisse, ils paraissaient douter, pensant qu'on que nous essayions de leur faire croire que la télévision n'existait pas en Suisse! Une fois le malentendu dissipé ils nous on juste demandé, un peu surpris, à quoi nous pouvions donc bien occuper notre temps à la maison!!! La grand-mère est arrivée suivie de près par Ilias, le futur mari de la soeur de Göhkan. Il baisa la main de la grand-mère pour la toucher ensuite de son front, si j'ai bien compris c'est une forme de salutation respectueuse envers les personnes âgées. Nous n'avons pas osé demander comment s'était rencontré des deux futurs mariés, si il y avait un arrangement la derrière ou si c'est, comme on le dit, un mariage d'amour. Ce qui est sûr c'est que même assis sur des canapés différents il y avait une forme de complicité entre les deux et que l'un et l'autre étaient bien tombés dans le cas d'un mariage arrangé. Ilias savait trois mots de plus en anglais mais surtout il était vif, flexible et imaginatif et nous avons "discuté" un peu plus que la veille. C'est d'ailleurs un bon parti pour la famille, alors que nous étions perdus dans un village traditionnel au milieu de nul part, il nous parlait de bateau, de jet ski et avait même une adresse email! Nous avons vu le haut de l'habit que la mariée porterait, en velours rouge, brodé de perles argentées, ce sera donc un mariage traditionnel qui sera célébré au printemps prochain.
Le moment du départ donna lieu à une séance photo et toutes sortes d'embrassades. Comme si leur hospitalité n'avait pas été suffisante, je reçu de la part de la soeur de Göhkan (je n'écris pas son nom, j'ai peur de l'estropier comme j'arrive déjà à peine à le prononcer) un foulard foncé à motifs pour me couvrir en Iran et des chaussettes à lacets (!) en laine, tricotées main, pour les jours de grand froid que nous rencontrerions sûrement à l'Est de la Turquie. J'étais gênée de tous ces cadeaux et nous n'avions rien d'approprié à leur offrir en retour. Je ne savais pas trop si je devais accepter ou refuser mais mon instinct me disais que je les aurais blessées en refusant, j'espère que je ne me suis pas trompée. La seule chose que nous avons pu faire par la suite c'est leur envoyer un tirage des photos que nous avions prises avec eux. |