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Kasimlar (12.11.2004)  

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N'ayant pas réussi à passer une journée au soleil et au bord de l'eau nous avons décidé d'aller voir ailleurs, direction la Cappadoce. Une petite route dessinée sur la carte nous tentait particulièrement parce que c'était justement une petite route et parce qu'elle semblait aller plus ou moins directement vers Beyşehir contrairement aux autres. Le début du trajet longeait une rivière, au milieu des montagnes recouvertes d'arbres qui flamboyaient sous un soleil radieux. C'était le paradis des vaches, des ânes et des chèvres. De temps en temps la silhouette d'un berger rappelait que ces bêtes servaient aussi à autre chose qu'à faire joli dans le paysage. Au milieu de nulle part, deux adolescents debout sur le côté de la route nous firent signe d'un air désespéré. Ils avaient un pneu crevé et pour tout outil un tournevis. Dan sortit la panoplie et de quoi réparer le trou. Nos deux gaillards étaient contents mais pas très débrouilles, on aurait dit qu'ils n'avaient jamais démonté une roue, ni changer une chambre à air. Au final c'est Dan qui fit tout le boulot car les deux lui faisaient un peu pitié. Dans son élan il leur fit la totale, graissant encore leur chaîne tellement sèche qu'elle salissait à peine les mains. Il leur regonfla le pneu abîmé et l'autre par la même occasion et ils repartirent tout contents. Dan réalisa plus tard qu'il avait oublié resserrer un boulon... comme nous ne les avons pas recroisés enfoncés dans un rocher, on suppose que tout est bien allé!

 

Après un pique-nique dans cet endroit idyllique, il nous fallut admettre que nous étions perdus et que la route que nous cherchions n'était pas où nous pensions la trouver. Nous n'allions déjà plus dans la bonne direction mais n'aimant pas revenir sur nos pas nous avons continué. Un peu plus loin un panneau indiquait "Kasimlar", village par lequel devait passer notre route d'après la carte et en y allant nous espérions nous y retrouver. Après 5 kilomètres de piste accidentée nous avons débarqué sur une charmante petite place de village. Devant la maison de thé une congrégation d'hommes savourait les rayons du soleil. Personne ne pût nous indiquer notre chemin, nous en avons conclut que la route ne devait pas exister.

 

Ce village au milieu des montagnes, ses jolies maisons en bois et sa place animée nous invitaient à y passer la fin de la journée et la nuit. A l'aide de dessins nous avons demandé autour de nous si nous pouvions nous installer sur la place jusqu'à ce que la lumière se fasse dans l'esprit de l'un d'eux et qu'il nous fasse comprendre que nous étions les bienvenus. Nous avons déplié la tente sous les yeux arrondis d'une bonne partie du village. Les plus âgés faisaient des détours discrets par notre voiture située entre la maison de thé et la mosquée. L'idiot du village nous a vite repéré, nous suivant comme une ombre en nous faisant la conversation. Exempté de faire le ramadan il s'empiffrait de toute sortes de bonnes choses qu'il semblait sortir magiquement des poches de sa veste. Il n'était pas perturbé par nos réponses en français, probablement comprenait-il ce qu'il voulait. Les gens du village essayaient toujours de l'éloigner de nous de manière plus ou moins douce en nous faisant signe qu'il n'avait pas forcément la lumière dans toutes les pièces, comme si nous ne l'avions pas remarqué. Il était tout content quand il nous entendait dire aux gens qui essayaient de le chasser "Problem yok!"

 

A la sortie des classes la voiture fût entourée d'une quinzaine de gamins déchaînés qui montèrent tous (pas en même temps heureusement) dans la tente, malgré les adultes qui essayaient visiblement de leur dire de ne pas embêter les étrangers. Ils avaient repéré le vélo et nous l'avons descendu pour qu'ils puissent faire des tours avec. Pendant ce temps, sur une table à l'ombre de l'arbre de la place, nous avons commencé une partie de dominos avec Dan. Les Turcs sont extrêmement joueurs et c'est toujours un bon moyen de créer des contacts. Cela n'a pas loupé, en quelques secondes nous étions entourés de curieux qui commentaient notre jeu. Bien sûr un vélo et quinze gamins cela ne pouvait que mener au pugilat et les plus petits vinrent nous tirer par la manche en nous faisant comprendre que c'était toujours les mêmes deux costauds qui monopolisaient le vélo. Je laissais ma place à un homme ravi de prendre mes dominos en charge contre Daniel. Je repris possession du vélo et me mis à faire faire des tours de place du village en embarquant un à un sur le porte-bagages tous les petits qui ne savaient pas encore tenir sur un vélo. Les plus grands allèrent chercher leurs propres vélos, si ils en avaient, et nous faisions la course. Ils trichaient en partant bien devant moi, n'avaient personne sur leurs porte-bagages et avaient des vitesses sur cette place en pente, mais quand j'arrivais tout de même à en dépasser un, il était alors la risée de tous les autres. Je fis donc pas mal de sport sous l'oeil amusé des vieux qui après avoir migré en masse de l'autre côté de la place pour la prière de trois heures avaient repris leur positions devant la maison de thé.

 

Puis d'un coup la place se vida, les gamins coururent chez eux me faisant signe qu'ils allaient manger, il était 17heures. Nous nous sommes retrouvés à deux avec quelques jeunes dans une maison de thé désertée, avec un droit à se servir de thé grâce à la victoire de Dan aux dominos contre le patron, Ramazan. Nous avons acheté des légumes pour quelques centimes à une jeune fille qui restait dans la cabine de son "camion-stand" sur la place avec l'air de s'ennuyer profondément. Les femmes que nous avions aperçues traversaient rapidement et discrètement la place, certaines me souriaient timidement en faisant un crochet discret sur leur trajet pour voir la voiture de plus près. Puis la place devint le royaume des hommes. Il n'y avait que moi qui me sentais presque coupable de bénéficier de mon statut d'étrangère en m'asseyant à la terrasse de la maison de thé pour manger notre repas ou pour jouer ensuite aux dominos au milieu de tous ces hommes. Je me demandais à quoi pouvait bien penser la jeune fille du camion, assise à quelques mètres de moi dans sa cabine. Nous échangions de temps en temps un sourire, j'aurais bien aimé l'inviter à venir jouer avec nous.

 

Sur un autre bout de la place, face à la maison de thé, un homme tenait un stand où l’on pouvait tout trouver tout ce qui peu intéresser un homme, un vrai, du tabac à la radio en passant par la tondeuse et le jeu de cartes. Tout un petit monde intéressé gravitait autour de lui. A l'intérieur de la maison de thé les hommes ingurgitaient quantité de thés en jouant au JEU du coin, le "Okey" dont les règles nous échappaient encore. Nous étions sur la terrasse au milieu d'autres hommes qui ingurgitaient autant de thés mais en faisant la causette. Ramazan voulait sa revanche aux dominos et nous avons joué toute la soirée. Malheureusement il perdu à nouveau sous les rires, moqueries et commentaires de ses potes. Quand il s'agit de jouer, les turcs se révèlent très tatillons sur les règles et la manière de distribuer! Mélanger les dominos, les disposer en lignes puis en tourner un à un bout pour indiquer le sens de la pioche, en prendre chacun quatre puis ensuite trois mais dans l'ordre sinon ça ne va pas, ce sont le genre de finesses que nous avons du apprendre pour éviter les regards outrés. Tous les curieux que nous n’avions pas encore eu l’occasion de rencontrer l’après-midi venaient nous dire bonsoir et nous serrer la main, toujours avec un sourire et un mot de bienvenu. Seul quelques uns restèrent méfiants et distants. Un vieux monsieur vint furtivement glisser une pomme dans la main de Dan pour repartir aussi vite qu’il était apparu. Il revint un instant plus tard pour nous offrir des "lokums" qu’il se vit ensuite obliger de proposer à toute la terrasses étant donné les commentaires facilement imaginables qui fusaient…

 

Bien fatigués, nous avons dit au revoir à tout le monde avant d’aller nous percher dans notre tente à une dizaine de mètres d’eux. Le lendemain nous étions réveillés par des coqs déchaînés mais heureusement pas trop matinaux. La place était encore vide, seul notre ami l’idiot du village était là. Il nous a "aidé" à plier bagages. Il était tout content mais nous devions le surveiller car il ne contrôlait pas sa force et fermait systématiquement tout ce qu’il y avait à fermer. Quand il a compris que nous partions il eut l’air un peu triste.


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.