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Nous avons donc continué notre route vers Konya, grande ville située au cœur de la steppe anatolienne qui étend son royaume à environ 1000m d’altitude. Dans cette ville moderne et conservatrice (d’après le guide) beaucoup profitaient de ce dimanche de fête pour se balader, tirés à quatre épingles, et manger toutes les bonnes choses proposées dans les stands installés pour l’occasions aux alentours et dans le "parc-colline" du centre ville. L’intérêt principal de Konya est le Musée Mevlâna. C’est la que repose Mevlâna ou Rumi, un philosophe mystique du XIIIème siècle dont la poésie et les écrits religieux sont parmi les plus appréciés et respectés du monde islamique. Ses suivants se sont regroupés en une confrérie appelée "Mevlevi" ou "derviches tourneurs".
Nous avons donc fait un tour au centre ville pour manger dans le parc, sur de minuscules tabourets autour de cageots en bois retournés, ce qui semblait être LE repas du jour: petits piments, köfte et jus d'orange. La Mosquée Seljuk du centre-ville était malheureusement fermée pour transformations. Nous avons visité le Musée Mevlâna dont l'affluence était particulièrement intense en ce jour saint. A l'intérieur beaucoup se recueillaient mains ouvertes devant la tombe de Mevlâna. Le musée était constitué essentiellement d'antiques exemplaires du Coran ou d'écrit religieux dont la calligraphie et les enluminures subjuguent toujours.
Nous n'avions pas envie de nous attarder plus dans cette ville pendant ces jours de fête un peu morts et avons continué à travers la steppe pour nous arrêter la nuit tombante à Sultanhani. Village plutôt prospère car vivant essentiellement de la restauration de vieux tapis venant du monde entier, travail facturé à prix d'or. Les villages de la région sont très plats et constitués d'un mélange de vieilles maisons en briques de terre, parfois blanchies à la chaux, remplacées petit à petit par des maisons de béton. Avec leurs rez-de-chaussée unique et légèrement surélevé ainsi que les murs qui entourent le terrain de chacune des maisons, certains de ces villages, spécialement ceux encore en terre, font penser à des villages d'Afrique.
Nous avons visité là un caravansérail qui nous fit regretter qu'il soit transformé en Musée et non en gîte d'étape pour les voyageurs. Dan, assommé par une migraine, se coucha très vite et je fus invitée à passer la soirée chez les propriétaires. Je m'assis sur les coussins, on me versa de l'eau de Cologne et me vis proposer toutes sortes de sucreries pour le "Şeker Bayrami". Il y avait le propriétaire du camping et sa femme, ainsi que son beau-frère, sa femme et sa fille de treize ans. C'est la fille qui servait le thé à tout le monde, faisait tourner le plat de sucreries et installa un grand drap sur lequel on cassa et mangea de délicieuses noisettes.
Les deux hommes parlaient assez bien le français car il y a apparemment beaucoup de français qui viennent par là pour le business de tapis. La discussion a d'abord tourné autour de la Turquie et de ses différentes régions puis gentiment sur la Turquie et l'Europe et sur les changements de mode de vie de ces dernières années. Les deux hommes m'expliquaient comment la Turquie avait énormément changé récemment, que ces changements sont trop rapides pour les mentalités. Par exemple, malgré l'école obligatoire pour filles et garçons, beaucoup de parents persistent à garder leurs filles à la maison. Ils m'ont aussi expliqué comme eux les hommes, par leur vie sociale extérieure évoluent plus vite que les femmes qui par leur mode de vie restent à la maison. Cela confirmait mon impression que hommes et femmes, en tous cas dans ces régions à l'intérieur des terres, vivent comme décalés de quelques dizaines d'années. Tout en étant très tolérant envers les autres religions et disant trouver super que sa fille soit habillée en pantalon et pas voilée pour aller à l'école (port du voile interdit), le beau-frère m'assura que bientôt il obligerait sa fille à porter le voile si elle ne s'y met pas d'elle-même. Après une remarque d'une des deux femmes sur ma minceur alors que je refusais une Xième sucrerie doucereuse, mes interlocuteurs, tout sérieux, m'expliquèrent comme les femmes occidentales étaient tellement plus belles que les femmes Turques. Premièrement parce qu'elles sont plus minces, plus maquillées et mieux habillées. J'ai essayé courageusement de sous-entendre qu'ils avaient peut-être un rôle à jouer si ils avaient envie d'avoir des femmes plus actives et pas enfouies sous des tas d'habits. J'ai aussi essayé d'expliquer que la femme occidentale souvent bouge plus et mange moins déjà rien que par les contraintes de son activité professionnelle et que la pression du culte de l'image n'est pas facile à vivre pour ceux qui ne correspondent pas aux standards véhiculés par toute notre "culture". Je crois que soudain ils ne comprenaient plus si bien le français car toujours aussi sérieux ils finirent par me dire qu'il faut comprendre, que c'est évident que les Turcs cherchent plutôt des femmes européennes, et tout ça devant leur femmes, qui ne comprenaient pas un mot mais quand même!!! Je suis allée me coucher perplexe face à ce paradoxe… |