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Vallée d'Ihlara par Akçakent (15.11.2004)  

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Famille à AkçakentDepuis Sultanhani nous avons rejoint la vallée d'Ihlara en passant par les petites routes, coupant au hasard à travers la steppe avec comme point de repère le Mont Hasan, derrière lequel se trouve la vallée. Nous avons traversé ces villages de terre, bas et plats, aux allures africaines. Akçakent est un village de pierres, des claires, sûrement calcaires, et des foncées, sûrement volcaniques. Cela donne des maisons bicolores assez jolies au milieu de ces légères ondulations de terre désolées. Nous nous sommes arrêtés un peu plus loin pour revenir en faire une photo à pied, de manière un peu moins intrusive qu'avec la voiture. Alors que nous photographions un troupeau de moutons, une famille en balade nous aborda. Pour répondre à leur surprise, nous leur avons expliqué que nous venions de la Suisse et que le paysage ici était très différent de celui de chez nous, raison pour laquelle nous le trouvions intéressant à photographier. Ils continuèrent leur chemin pour se retourner au bout d'une quinzaine de mètres et nous proposer de venir boire le thé. Nous étions trop heureux d'accepter…

Les deux hommes embarquèrent Daniel et moi je suivi les deux femmes et les quatre fillettes. Nous approchions d'une maison quand une vieille femme sortit sur le pas de la porte, regardant sa famille d'un air content mais me lançant des regards suspicieux jusqu'à ce qu'elle ait reçu des explications de la part des autres. Son visage s'éclaira d'un large sourire et elle me prit dans ses bras. Sa fille, du même âge que moi, m'expliqua comment la saluer en lui baisant la main puis la touchant rapidement de mon front. Je m'exécutai. Dès ce moment j'eu l'impression d'être la reine de la maison. La fille enleva son foulard, dévoilant de longs cheveux noirs ondulant jusque sur ses hanches, puis se mis à nous servir. Eau de Cologne pour les mains, sucreries dont chacun se servait parcimonieusement alors que l'on m'en remplissait les poches contre mon gré… Juste avant de les rencontrer, j'avais passé de la crème sur mes mains abîmées et voilà que pendant quelques minutes mes hôtes me les caressèrent toutes admiratives en me disant "Su, su", ce qui signifie "eau, eau". C'est vrai que mes mains étaient dans un état bien correct par rapport aux leurs! Puis elles décrétèrent que j'avais faim et je me retrouvai assise sur le tapis à manger des galettes de pain, une délicieuse salade au jus de citron et du poulet. Comme la fille remarqua que je me sentais un peu mal à l'aise elle grignota quelques morceaux avec moi. Mais toutes trouvaient que je ne mangeais pas assez vite et me préparaient les meilleurs morceaux du poulet, déjà enroulés dans le pain, afin que je n'aie plus qu'à les porter à ma bouche. Toutes fières elles m'expliquaient que c'était la manière turque de manger. Tout ça bien sûr en me tenant des interminables discours auxquels je ne comprenais goutte et qui se terminaient invariablement par un éclat de rire général devant mes sourires d'incompréhension et une embrassade énergique de la part de la vieille femme. Une fois rassise sur le sofa, c'est le thé qui nous fut servi et la fille, après tout ce travail, nous montra ce qu'elle avait acheté récemment à Istanbul: un bas de jogging et deux jupes noires fendues avec perles, brillants et roses de tissus… Joli contraste par rapport à la façon dont elle était habillée ce jour là, je me demandai à quelles occasions elle portait tout ça.

Puis les hommes nous rejoignirent. La fille avait remis son foulard pour leur ouvrir la porte et la femme qui allaitait sa petite avait vite caché sa poitrine. Les deux hommes parlaient un peu anglais. C'était les frères de la fille et donc les fils de nos hôtes. La femme avec les quatre fillettes était la femme de l'un d'eux. Ils travaillaient à Istanbul mais et se trouvaient dans le coin pour visiter famille et connaissances à l'occasion du "Ramazan Bayrami". La femme de l'un vit avec lui à Istanbul tandis que la femme de l'autre, celle présente, vit là toute l'année avec leurs quatre fille, à de centaines de kilomètres d'Istanbul. Le chef de famille arriva, un monsieur à l'air rieur. Ce fut au tour de hommes de manger plein de bonnes choses. Nous avions sorti l'appareil photo et les gamines étaient toutes folles de pouvoir prendre des photos ou faire des petits films.

Nous étions en train de prendre le thé quand soudain un taxi débarqua, sorti de nulle part. Ce fût un au revoir expéditif, tous s'entassèrent dans la voiture qui démarra au quart de tour et nous nous sommes retrouvés avec nos deux hôtes et leur fille à boire encore quelques thés. Puis nous avons dit au revoir à notre tour, non sans qu'on nous ait proposé plusieurs fois de passer la nuit ici. A nouveau, comme si leur accueil n'était pas suffisant, je reçu la paire de pantoufles qui m'avait tenue chaud aux pieds pendant tout ce temps et une assiette bleue décorée d'écritures arabes argentées. Nous n'avions toujours rien de correct à leur offrir en retour. De toute façon ils n'avaient pas l'air d'attendre quoi que ce soit de notre part et nous apprendrons plus tard qu'offrir quelque chose en retour à un cadeau, cela donne l'impression que l'on n'accepte pas le présent. Nous fûmes une fois de plus touchés par un tel accueil et tant de générosité de la part de gens qui n'ont pas grand chose par rapport à nous et qui en sont tout à fait conscients. C'est probablement aussi une forme de fierté de pouvoir quand même nous offrir leur hospitalité et même plus…

Nous avons continué notre route à travers les collines au pied du Mont Hassan, nous perdant de temps en temps ce qui nous donnait l'occasion de demander notre chemin dans de tout petits villages qui semblaient vivre hors du temps. Nous avons campé à côté de Belisirma, un joli village accroché à une paroi de la vallée d'Ihlara. En se promenant dans les ruelles on sent bien que le coin est touristique en saison vu le nombre de gamins qui savent dire "Hello, where are you from?" ou "Bonjour". Mais vu la saison nous sommes seuls et le restaurant n'est ouvert que pour nous. Nous finissons la soirée au café du coin avec les deux patrons du restaurant, à jouer aux dominos, boire des thés et des saleps et essayer de comprendre les règles du "Okey" malgré la vitesse phénoménale à laquelle ils jouent.


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.