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Pour aller à Güzelyurt, nous avons fait un petit détour par Selime pour explorer un monastère creusé dans la roche. Nous n'avons pas regretté. Personne ne semble s'arrêter là, en tous cas pas à cette saison. Un jeune du coin parlant un peu anglais à force, s'est improvisé guide de la chose, il crapahute comme une chèvre sur ces formations rocheuses avec ses semelles toutes lisses. Malheureusement pour lui, nous avons préféré trouver notre chemin tout seuls dans ce labyrinthe. Parmi toutes ses pièces, on devine la cuisine, la salle d'étude, l'église etc. Le tout est relié par des escaliers et des tunnels. Dan, jouant à "Indiana Jones", s'enfila même dans un boyau qui mène par des "escaliers" à un point de vue situé quelques dizaines de mètres plus haut et qui devait sûrement permettre de surveiller les alentours. D'ailleurs la vue qui s'offre depuis le site est très belle, des formations rocheuses en forme de cônes (celles qu'on voit toujours sur les photos de la Cappadoce), partout des arbres et des centaines de trous noirs, autant d'entrées mystérieuses creusées dans les parois rocheuses alentours. C'était le dernier jour du "Ramazan Bayrami" et au "market" du coin ce fût eau de Cologne sur les mains et sucreries pour nous accueillir. Le propriétaire était tellement content de voir que nous savions deux mots dans sa langue que sur le champ il voulut nous apprendre le nom turc de toutes les marchandises de son magasin. Nous l'avons laissé avant d'avoir pu tout emmagasiner. Plus nous approchions de Güzelyurt, plus nous avions l'impression d'aller vers l'enfer. Il faisait nuit en plein jour, et un vent bien froid soufflait en rafales. Une fois arrivés, le temps de traverser la place du village, d'entrer dans le premier boui-boui venu et la grêle se mit à tomber dru. Nous avons dégusté une délicieuse "pide" en faisant connaissance de Kerim, le propriétaire qui savait quelques mots d'anglais. Très politicien celui-ci nous dit de rester à Güzelyurt pour la nuit, histoire de nous envoyer à la pension tenue par son pote et qu'on revienne manger chez lui le soir. Un peu méfiants nous l'avons quitté en pensant partir. Mais il faisait tellement moche et tellement froid que soudain la pancarte indiquant une pension au coin de la rue nous parut bien attrayante. Nous sommes tombé sur un petit bijou, à un bon prix négocié. Dans une vieille maison grecque, une grande chambre, avec lit double (c'est rare), tapis et coussins pour le coin thé et lecture, vue sur la magnifique campagne environnante et poêle (seul bémol, l'accueil un peu business). Quel bonheur d'être là, bien au chaud, à lire affalés sur ces cousins alors que dehors les éléments se déchaînaient.
Bien sur nous sommes retournés manger chez un Kerim tout content. Son petit restaurant était plein et nous avons engagé une partie acharnée de dominos avec un des hommes présents. Nous attendions que Kerim aie fini de ranger son restaurant pour aller, comme convenu plus tôt, jouer au "Okey" avec lui et son ami Alif, le photographe du village. Ils nous apprirent les règles que nous n'avions pas encore comprises par nous même avec beaucoup de patience et de rires. Comme pour les dominos, c'est la technique de distribution de pièces qui est la plus compliquée!!! Au moment d'aller nous coucher, Kerim se lança dans un nouveau discours "politique", comme quoi il fallait qu'il y ait plus de touristes dans son village, et donc plus de travail et plus d'argent. Et c'est pour cette raison que nous devions rester le jour suivant à Güzelyurt. Nous avons essayé de lui présenter les aspects négatifs d'un tourisme de masse mais il n'eut pas l'air convaincu. Quand nous sommes rentrés à la pension il était passé minuit.
Le soleil radieux qui nous réveilla le lendemain matin donna raison à Kerim et nous avons décidé de rester encore un journée pour visiter et profiter d'une nuit de plus dans cette chambre très "luxe" par rapport à notre standard habituel. Güzelyurt fût longtemps habitée par de grecs qui, après le traité de Lausanne, furent "échangés" contre des musulmans qui habitaient en Grèce. La vieille ville, comme Belisirma, s'est développée sur le versant d'une petite vallée. Elle est très pittoresque et l'on y trouve beaucoup de vieilles constructions grecques. Cette petite vallée qui débouche sur un lac de rétention surmonté d'une église en ruine offre une jolie balade. La vie semble d'un autre âge. Nous croisons un vieux monsieur en train de manger une pomme, il nous en tend un quart à chacun sans rien dire puis continue son chemin. Il y a des enfants qui jouent, des vaches dans les cours, un vieux qui entasse sur une charrette des galettes de bouse séchée qui serviront de combustible, des ânes, des chiens qui se dorent au soleil… Encore un endroit idéal pour un brin de lecture.
Nous avons passé la fin de la journée à faire de "l'administratif": imprimer des photos chez Alif pour les envoyer et honorer nos promesses, faire la lessive,… C'est Kerim qui nous aida (ici l'eau chaude c'est une richesse en cette saison, tout le monde a refusé de nous laver notre linge, même dans notre pension), pour quelques sous il nous prêta sa machine à laver ce fut l'occasion de faire la connaissance de sa femme et ses trois filles. A peine ai-je demandé ou je pouvais acheter des fruits que nous voilà avec deux assiettes pleines de fruits devant nous.
Ce soir là chez Kerim il y avait deux autres "touristes" qui se régalaient. Selim et Nuria. Un Kiwi (Néo-zélandais) et sa femme, une Espagnole. Ils habitent depuis quelques mois à Istanbul, sont tous deux musulmans, lui depuis cinq ans, sa femme depuis plus longtemps, elle porte le voile d'ailleurs. Il enseigne l'anglais et elle prend des cours de turc, d'arabe et de calligraphie espérant un jour en faire son métier. Auparavant ils ont vécu deux ans au Maroc. Là ils profitent des jours de congé du "Ramadan Bayrami" pour faire un peu de tourisme. Kerim et Alif sont tout contents de voire des occidentaux musulmans. Kerim leur refait le même discours politique qu'à nous et comme Nuria parle assez bien le turc elle essaye aussi de lui expliquer les effets nocifs du tourisme de masse, mais Kerim ne se laisse toujours pas convaincre. En fait Selim et Nuria sont à la même pension que nous et c'est le propriétaire qui les a amené là. En partant ce dernier nous dit de ne pas rentrer plus tard que dix heures, nous négocions onze heures, mais ces obligations à la Cendrillon ne nous plaisent pas bien. Selim et Nuria rentrent bientôt se coucher, ils veulent partir tôt le lendemain. Je reste un peu sur ma faim de ne pas avoir osé leur demander ce qui les avait poussé à se convertir… Comme la veille, nous passons le reste de la soirée à jouer au "Okey" avec Kerim et Alif et rentrons au pas de course à onze heures pile après une partie lamentablement perdue, nous avons encore des progrès à faire!
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