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Esfahan (31.12.2004 - 2.1.2005)  

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Pont de EsfahanNotre première nuit dans cette ville au nom évocateur fût très agitée et bien loin des contes des milles et une nuits. Etait-ce les thés partagés dans des tasses plus que douteuses dans une atelier de mécanique et de soudure, les pommes séchées achetées à un vieille femme d'Abyaneh ou alors la délicieuse glace au safran dégustée la veille sur la place Emam Khomeini illuminée? Le fait est que Dan dû naviguer entre notre chambre et les toilettes qui pour la première fois de notre voyage se trouvaient méchamment éloignées de la chambre…

Mais le jour qui se levait n'annonçait que du bonheur. Les douleurs de Dan avaient enfin passé, le soleil brillait et c'était vendredi, jour férié. Je laissais Dan encore faible se reposer et je me dirigeais plus ou moins comme tout le monde vers la rivière Zayandeh en passant par les parcs. Quelques familles et couples profitaient de cette douce journée d'hiver assis dans l'herbe au milieu des arbres. Mais c'est surtout sur les berges de la rivière, véritables "Champs Elysées" d'Esfahan que tout se passait. Les familles "endimanchées", les couples amoureux, les groupes de jeunes, filles ou garçons, cherchant par tous les moyens à attirer l'attention de l'autre sexe, tout Esfahan semblait se trouver là pour profiter du soleil, de Zayandeh, de ses rives engazonnées, de ses magnifiques ponts, de ses jets d'eau et de ses pédalos en forme de grand cygnes. Siestes, pique-niques, thés et pipes à eau constituaient le programme de la journée, sans oublier le tour en pédalos au son de la musique diffusée par le stand de location. D'autres préféraient se pavaner sur les ponts ou s'abriter pour un pause ou un brin de causette sous l'une de leurs nombreuses voûtes.

Je fis donc la même chose que tout le monde, évitant par contre de me pavaner, attirant déjà assez l'attention ainsi en tant que femme occidentale seule et donc femme facile… Je n'entendais pas les sifflements, bruits et commentaires et mon regard glissait sur les hommes comme si ils étaient transparents. Un jeune réussi tout de même à me surprendre, arrivant de côté, mon regard hésita un dixième de seconde de trop et je me le coltinais sur le gros kilomètre que dura ma balade entre deux ponts. J'eu beau être désobligeante au possible, ne l'écoutant pas, ne répondant pas à ses questions, m'arrêtant abruptement pour prendre une photo et le laissant continuer de marcher en parlant tout seul, il ne voulut pas comprendre. Cela m'obligea à devoir me débarrasser de lui de manière plus brutale, un peu dommage d'en arriver là. En tous cas les balades sont plus reposantes en compagnie de Daniel.

Sous les voûtes du splendide pont Khaju, du milieu d'un groupe d'homme, s'élevait une mélodie jouée au pipeau accompagnée par le chant d'une voix d'homme et des clappements de mains. Instant magique et joyeux sous ses voûtes, je me suis fait le plus petite possible. Certains hommes se sont même mis à danser, encouragés par leurs copains et la pénombre de cet espace au crépuscule. A l'abri d'autres arches du pont, des chanteurs faisaient résonner leurs voix au sein de petits groupes ou parfois seuls, comme pour s'entraîner.

Enchantée je partis chercher Daniel en Taxi. Il se sentait mieux. A notre retour, il faisait nuit et les arches étaient illuminées. L'attention semblait concentrée sur un jeune talent bien habillé qui sévissait au milieu du pont, accompagné du pipeau et entouré d'un public ravi et enthousiaste. Le noyau du groupe était constitué d'hommes qui se lançaient tout à tour dans la démonstration de leurs talents vocaux. C'est pourtant toujours le même jeune qui faisait naître la ferveur dans un public qui accompagnait les chants connus, frappait des mains lorsque le rythme l'exigeait et dansait parfois. Quelques familles curieuses et quelques filles et femmes encore plus curieuses formaient la frange extérieure du groupe. A lui seul cet instant méritait le voyage en Iran… Les élégantes voûtes illuminées de ce vieux pont, cette atmosphère de fête, ce folklore qui semblait rassembler jeunes et vieux et mettre tout le monde d'accord et la rivière brillante, lente et impassible.

Nous avons terminé la soirée à boire des thés dans la maison de thé du pont Chubi, kitsh, un peu touristique en saison mais tellement jolie et bien située. On y sirote le thé en laissant fondre sur la langue, au passage du thé brûlant, un palet de sucre doré caramélisé, un doux petit raffinement qui semble très répandu à Esfahan.

Les deux jours qui suivirent, nous les avons passés à dormir, à profiter du soleil au grès des thés et des lectures et à essayer de découvrir les secrets du bazar qui s'étend à l'arrière de la place Emam Khomeini.

Cette place, immense vide ménagé dans la ville, nous la devons à Shah Abbas. L'espace est entouré de deux étages d'arcades en briques dont celles du rez-de-chaussée sont dédiées au commerce. De nos jours on y trouve des magasins qui vendent surtout des tapis à des prix exorbitants ainsi que toutes sortes d'autres choses pour les touristes que l'on trouve pour bien moins cher au plus profond du bazar. Sur cette place dont il faut une bonne douzaine de minutes pour faire le tour sans traîner, un bassin dont la fraîcheur doit être bienvenue en été, des bancs, du gazon, des voitures et des calèches pour touristes. Ce sont surtout trois magnifiques bâtiments dont la grâce et le raffinement architectural et artistique laissent pantois qui viennent donner à cet espace toute sa splendeur: la mosquée Sheik Lotfollah, la mosquée de l'Emam et le palais Ali Quapu.

La mosquée Sheik Lotfollah était dédiée aux femmes et comme ces sont les hommes qui font l'appel à la prière, elle est donc dépourvue de minaret. De plus, c'est un espace entièrement fermé, sans cour comme l'on trouve normalement dans tout le pays. Son dôme, habillé de mosaïques couleur crème, ne fait qu'augmenter sa particularité. L'espace intérieur est unique, sous une grande coupole dont le centre représente le corps d'un paon. La réflexion sur la surface brillante des mosaïques des rayons du soleil filtrant à travers les moucharabiehs travaillés vient former un triangle qui apparaît depuis le bas comme la queue soyeuse du paon…

Hier soir, nous savourions le thé de fin de journée au milieu d'hommes fumant le qalyan (pipe à eau), occupation somme toute assez individualiste. Souvent ils prennent un qalyan par personne et parlent peu, la bouche étant occupée à tirer sur la pipe! Un homme à côté de nous s'occupait à faire des ronds de fumée tandis qu'un père rigolard essayait d'enseigner le plaisir du qalyan à son fiston de deux-trois ans encore moyennement convaincu… C'est vrai que autant s'y faire et y trouver du plaisir, car dans ce pays les occupations de soirée sont tout de même très limitées!

Ce matin avant de nous plonger dans les méandres du bazar nous sommes passé devant la plus vieille mosquée de la ville, datant du dixième siècle. Curieux nous avons voulu y jeter un coup d'œil. Assis dans la cour au soleil nous avons écouté des mélopées de voix d'hommes, résonnant sous une voûte, célébrant un enterrement.

Dans un boui boui tenu par deux hommes proprets et appliqués nous avons dégusté le déjeuné du travailleur au milieu des travailleurs, œufs au plat et pain lavash (sortes de crêpes) accompagné de l'immanquable tasse de thé et des jolis palets de sucre doré. Dix heures du matin et certains s'impatientent déjà car le charbon de leur qalyan n'est pas encore prêt!

La découverte des dessous du bazar est une chose bien difficile. Les cours sont nombreuses, il faut aller coller son nez aux vitres salles des échoppes fermées à cause de la fraîcheur pour découvrir ce qui s'y passe et bien souvent on n'y trouve pas ce que l'on cherche… Nous voulions voir un peu la fabrications des choses qui se vendent dans les échoppent de l'avant scène. Nous avons dû accepter de nous laisser guider par des rabatteurs pour découvrir le quartier des réparateurs et des laveurs de tapis et celui de l'impression de tissus à l'aide de tampons de bois. A chaque fois nous avons profité du savoir de nos gens tout en les prévenant à l'avance que nous ne leur achèterions rien… Ils ont tous de même tenté leur chance! Nous avons appris beaucoup de choses et vu le travail des réparateurs de tapis, des imprimeurs de tissu, du graveur de tampons en bois. Apparemment on peut aussi admirer quelque part la fabrication de mosaïques et encore d'autres produits d'artisanat mais où?


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.