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Shiraz 2 (15.1.2005)  

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Bazaar de ShirazSamedi, après un déjeuné au soleil au pied des murs du château, nous sommes partis à la découverte du bazar, de sa mosquée et de son quartier, vivant et coloré. Vers une heure nous avons rejoint S. qui comme d'habitude négociait dur au téléphone.
Nous pensions manger un kebab ou un felafel avec lui dans un des boui-boui du coin mais il nous embarqua chez lui pour partager le repas avec sa famille. Nous n'avions donc rien à offrir à sa mère et nous ne nous sentions pas très à l'aise, mais l'accueil de sa famille eut tôt fait de faire disparaître ce sentiment.

La maison des parents de S. est sur les hauteurs, au Nord de la ville. Sur deux étages, avec de grandes pièces, elle est bien plus spacieuse et meublée que la petite maison du village de montagne de Dehaj dans laquelle nous avions été invités à passer la nuit quelques jours auparavant. On sentait tout de suite que le statut économique de la famille était bien supérieur de par le nombre et le style des meubles choisis et de la décoration. Au premier étage vivent les parents, S. et son jeune frère. A l'étage inférieur vit un autre frère de S., marié et avec un petit garçon. De tels regroupements familiaux chez nous n'existent presque plus ou peu, dans les campagnes. Dans notre culture, S., la trentaine, qui vit avec ses parents, se ferait traiter de vieux garçon. Le fils serait considéré comme ayant des difficulté à prendre son indépendance et on reprocherait sûrement à la mère de ne pas réussir à "couper le cordon". Comme nous expliquions cela à S., il fut extrêmement surpris. Est-ce vraiment avoir un problème que de vouloir rester auprès des gens que l'on aime, ceux qui nous sont le plus cher, surtout si on n'est pas marié?

Le père de S. est ancien colonel, il a passé quatorze ans de sa vie sur le front de la guerre Iran-Irak, pendant la guerre, puis après, pour assurer la sécurité. S. dit que ça l'a changé. Difficile d'imaginer le contraire… Maintenant il a un petit magasin en dessous la maison. Sa mère, la cinquantaine, semble jeune d'esprit, pas compliquée et joyeuse. Elle nous a préparé un délicieux repas que nous mangeons par terre, assis en tailleur autour de la traditionnelle nappe en plastique. Ici chacun s'assoit un peu quand il veut et on commence à manger dès que l'assiette est remplie, pas besoin d'attendre que les autres soient assis ni servis.

Après les oranges et le thé, S. nous montra sa chambre tapissée de grands posters imagés de vocabulaire ou de grammaire anglaise. Sur son bureau qu'il partage avec son petit frère, un ordinateur, des affiches de David Beckham dues sûrement au petit frère, et un calendrier, ramené de Dubaï, de photos de modes aux mannequins élégants et échevelés. S. nous fit écouter sa collection de MP3 et un de ses frères nous fit une démonstration de danse iranienne. S., son frère, sa mère, sa belle sœur, tous étaient curieux de voir comment l'on danse en Europe. Sur un ancien tube de Madonna j'essayai de faire une petite démonstration en leur expliquant que ce n'est plus très actuel. Ce n'est pas grave, ils trouvaient marrant de voir en vrai ce qu'ils disent voir d'habitude dans les films.

L'après-midi était déjà bien entamée quand nous sommes partis rendre visite à la tante, la sœur de la mère. Elle habite clairement dans les beaux quartiers de la ville et sa maison est une vraie maison de gens aisés. Elle est spacieuse, les meubles sont nombreux, souvent dorés ou tout du moins très brillants, il y a même une table à manger et des chaises. La cuisine est agencée, la télévision et la stéréo sont au top, la décoration regorge de dorures, de brillants, de moulures, de fausses fleurs, et les colonnes "corinthiennes" qui supportent le plafond sont bleu ciel. S. nous dira plus tard qu'en Iran, quand on a des sous, on a tendance à vouloir le montrer. La tante de S. ne semble pas compliquée, d'ailleurs elle nous reçoit sans foulard. Elle nous offre le thé, des petits biscuits et des oranges de son jardin. Ses trois fils habitent en Norvège et travaillent sur des plateformes pétrolières. Ils sont mariés comme nous le sommes Dan et moi nous dit-elle en riant. La tante, curieuse de voir ma tête sans foulard, m'invita à me mettre à l'aise. J'enlèvai donc mon foulard, un peu honteuse de mes cheveux trop longs et aplatis. Elle trouva que je n'avais pas beaucoup de cheveux! Forcément, ici ils ont des cheveux super épais qu'ils huilent pour les rendre plus brillants. Sur mes cheveux, ce produit ne ferait que donner l'impression que je ne me suis pas fait de champoing depuis deux semaines!!!

Sans que nous l'ayons vu venir c'était déjà le soir et S. allait être en retard à son cours d'anglais. Nous avons dit au revoir à la famille et sommes partis avec lui. Sur le chemin il nous montra un appartement en fin de construction qu'il avait acheté et qu'il louerait dès que possible. L'appartement lui a coûté $80'000. En fait il ne va pas le louer comme nous faisons chez nous, même si cela se fait aussi en Iran. Il va permettre à des gens d'y vivre pour au minimum un an et ceci contre le prêt au début d'une grosse somme d'argent qu'il doit rendre lorsque les gens quittent l'appartement. Il peut donc user de cet argent comme il veut pendant ce temps. De plus ce système mise sur l'inflation et la somme à rendue à la fin sera donc moindre.

Finalement S. complètement en retard sauta dans un taxi en nous fixant un rendez-vous pour le lendemain midi. Nous nous sommes offert un restaurant un peu mieux que notre standard. C'était kebab quand même, mais meilleur que d'habitude, il faut l'avouer. Le monsieur qui plaçait les gens aux tables parlait anglais et nous avons un peu discuté. Il a deux jobs. Un à l'université de Shiraz, horaire normal, six jours par semaine. L'autre le soir, dans ce restaurant, tous les jours de la semaine. Si je calcule bien, cela veut dire qu'il ne doit pas dormir beaucoup et ne doit pas avoir beaucoup de temps libre... A Yazd, nous avions déjà rencontré un homme qui cumulait trois jobs par jour et je pense qu'ils sont nombreux à cumuler comme ça.

Nous avons fini au "coffee shop" où la serveuse nous avait repérés. A chaque fois elle nous tenait des discours en farsi pour finir en rigolant, en disant "…bebakshid englesi balad nistam" (désolée je ne parle pas l'anglais) et nous tendant l'addition.


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