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Shiraz 3 (16.1.2005)  

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Rue de ShirazNous sommes partis en direction du mausolée de Shah-e Cheragh, le frère de Emam Reza, celui de Mashad. Pour visiter ces mausolées, les femmes doivent porter un tchador, manteau et foulard ne suffisent pas. Il y a quatre ans, lors de ma première visite, devant l'entrée du mausolée, quelqu'un distribuait des tchadors à celles qui n'en avaient pas, et couvertes ainsi, nous étions entrées, une amie et moi, sans que l'on nous demande quoi que ce soit. Mais cette fois, pas de prêteur de tchador à l'horizon. L'entrée de ces lieux saints et surtout les tenues des femmes qui y entrent sont systématiquement surveillées par un homme en uniforme dont l'outil indispensable est un plumeau à poussière synthétique et multicolore!!! De cette arme il pointe les contrevenantes qui n'ont plus qu'à aller se rhabiller. C'est donc à lui que je me suis adressée pour savoir où je pouvais trouver un tchador. Il avait l'air emprunté, nous demanda d'où on venait, puis nous fit comprendre que pour l'occasion nous étions musulmans. Ensuite il arrêta une dame et lui demanda purement et simplement de me prêter son tchador. Elle le fit de bonne grâce, m'aidant même à l'ajuster sur ma tête. Je me sentais super mal à l'aise!

Du coup j'entrai accompagnée de sa sœur alors qu'elle restait dehors à attendre! Dan se dirigea vers l'entrée des hommes. L'intérieur du mausolée est recouvert de "mosaïques" de minuscules miroirs qui reflètent la lumière des lustres dans un scintillement étourdissant. Malheureusement les photos ne sont pas autorisées. Je m'appliquais à me faire le plus petite possible et j'observais les femmes baiser toutes au même endroit (pas tout hygiénique comme pratique) la porte principale recouverte de métal travaillé. Nous nous sommes dirigées jusqu'à la tombe entourée de verre et de barreaux métalliques. Les croyantes les plus discrètes les effleuraient des doigts tandis que leurs lèvres articulaient des prières inaudibles. Les plus enflammées s'y accrochaient d'un air désespéré, gémissant et sanglotant sur la mort d'un type il y a des centaines d'années… Difficile de ne pas être critique devant de telles démonstrations qui paraissaient forcées, artificielles et hypocrites à l'œil extérieur. Dan me dira dehors que de l'autre côté du mur (tout en miroirs lui aussi) qui séparait la salle de la tombe en deux, du côté des hommes, les attitudes étaient plus posées. Après ces émotions, les femmes s'asseyaient pour se balancer en gémissant, continuer à prier, chuchoter entre elles ou simplement rester en méditation. Beaucoup distribuaient à la ronde des petites choses à grignoter.

Nous n'avons pas traîné, histoire de ne pas trop faire attendre ma sauveuse au tchador. En récupérant son bien, elle me demanda si j'étais musulmane, je mentis donc en culpabilisant, mais je crois que lui dire la vérité l'aurait probablement choquée, et je ne voulait pas discréditer l'homme au plumeau qui lui avait sûrement demandé en farsi de prêter son tchador à une bonne musulmane étrangère.

Ma première visite en Iran datait de février 2001, avant le 11 septembre, et nous nous sommes demandés si le changement d'attitude observé ici face aux étrangers et aux non musulmans était une conséquence de ces événements. En général je trouve quand même que par rapport au Maroc ou l'on peut visiter deux mosquées en tout et pour tout, l'Iran est un pays très tolérant et accueillant dans ses lieux saints.

Après une balade dans les rues du quartier, nous sommes allés rejoindre S. pour le repas de midi. Cette fois sa mère lui avait fait envoyé par taxi un panier rempli du repas de midi. Apparemment elle fait toujours ça quand S. ne peut pas rentrer manger chez lui. Nous avons été rejoints par V., l'ami de S. Il nous posa aussi des questions sur la Suisse et l'Europe. Il aimerait aller vivre en Angleterre ou au Canada. Il a plusieurs amis qui vivent à Manchester. Ayant lu des articles et vu des reportages sur cette ville et les communautés étrangères qui y vivent, nous lui avons demandé si ses amis étaient riches là-bas. Il nous a répondu que non, mais qu'ils avaient assez pour mener une vie simple et libre et que cela importe plus pour lui que l'argent. Nous pourrions peut-être échanger quelques personnes d'ici ayant soif de liberté avec quelques carriéristes de chez nous, qui à force de viser le profit, n'ont même plus le temps de savourer les libertés dont ils jouissent… V. nous a aussi expliqué que pour obtenir un visa, cela marche avec un système de points. Ce qui donne des points, c'est avoir fait son service militaire, être marié, avoir des enfants, avoir fait des études, avoir de la famille à l'étranger,etc. Etonnant! Ceux qui peuvent quitter le pays sont donc en quelques sortes ceux que les autres gouvernements auraient sûrement tendance à considérer comme leurs meilleurs éléments.

Nous avons pris ce qu'il restait de l'après-midi bien entamée pour régler quelques détails organisationnels et pratiques pour la suite du voyage et pour graver un CD de musique en anglais pour S. afin qu'il puisse s'exercer. Le soir nous avons retrouvé nos deux amis avec qui nous avons bu un verre au fameux coffee shop tout en discutant toujours et inlassablement de l'Europe et de l'Iran. S. nous quitta un moment pour son cours de Karaté et V. nous emmena pour un petit tour de "site-seeing at night" de la ville. Puis nous avons récupéré S. au passage avant de partir découvrir le boulevard Charman. Cette large route longe le pied des collines rocheuses de Shiraz à l'Est de la ville. Entre la rue et les collines, l'espace a été aménagé et planté. Cette longue bande de nature, agrémentée d'une promenade, de "buvettes" un peu "branchées", constitue en été le lieu de pique nique du soir des habitants de Shiraz. Nous avons mangé une pizza dans un autre lieu "à l'européenne" du coin. Par pizza, il faut comprendre pizza à l'américaine: pâte grasse et molle, saucisse et ketchup! Que nous, deux occidentaux, leur demandions une pizza sans saucisse et sans ketchup les surprenait un peu (immonde le goût viandeux de leur saucisse nationale qu'ils mettent partout, une sorte de mortadelle en plus écoeurant et moins de "goûtu".)

Nous avons fini la soirée dans la chambre de notre hôtel. Le réceptionniste hésita avant de laisser nos deux amis venir avec nous. S. et V. voulurent bien sûr voir la voiture avant de monter. Notre hôtel miteux et assez crade, il faut le dire, dû les surprendre un peu par rapport à la voiture et à l'ordinateur portable de Daniel. Nous avons regardé ensemble les photos du début de notre voyage en Europe. S. regardait avec attention tous les détails qui pouvaient lui donner des indices sur la vie de tous les jours en Europe. Mais V. devait gentiment rentrer retrouver sa femme et sa fille et le réceptionniste de l'hôtel souhaitait les voir s'en aller.

Nous avions prévu de partir le lendemain. S. et V. insistèrent pour que nous passions un jour de plus ensemble. Comme nous en avions envie et que nous n'étions pas trop pressés par le temps, nous avons décidé de rester un jour de plus à Shiraz et donné rendez-vous à S. pour le lendemain matin afin qu'on puisse passer toute la journée ensemble. Nous devions arriver le ventre vide.


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.