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Shiraz 4, dernier jour (17.1.2005)  

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A 10h nous étions donc dans la boutique de S. qui nous demanda ce qu'on voulait pour le déjeuner. Nous avions juste envie de déjeuner au soleil! S. donna quelques consignes a son employé sympa et souriant qui est aussi un peu son homme à tout faire. C'est toujours lui qui nous organise les chaises et le thé quand on s'entasse tous dans l'échoppe. Il disparut pour revenir avec des œufs, des tomates et du beurre. Derrière son bureau, sur le réchaud multifonctions, S. nous cuisina une délicieuse omelette que l'on dégusta au soleil, assis sur une couverture sur une terrasse dans une arrière cour animée du bazar. C'était parfait!

S. nous parla de ses projets… Il vient d'acheter une vieille maison juste derrière cette cour. Il compte la rénover et en faire une petite fabrique en relation avec son commerce. Il cherche aussi à acheter un local de la cour afin de pouvoir par la suite avoir une connexion directe entre la future fabrique et son magasin. Mais il doit être discret car le quartier est prisé. Tous les marchands du coin son "amis" entre eux, mais ils sont aussi concurrents et ne souhaitent pas voir les autres prendre trop d'importance. S. nous a fait visiter la maison qu'il a achetée. Pour l'instant c'est encore l'ancien propriétaire qui en profite en la louant a des Afghans et en se faisant un maximum d'argent d'après S.

Il nous fallait une encore trouver une pièce de rechange pour la voiture et comme S. était alors en pleine négociation, nous lui avons proposé d'aller acheter cette pièce et de le retrouver après, mais il ne voulait pas nous laisser partir… Pour finir, peu avant que les magasins ferment pour la sieste, nous nous sommes retrouvés à trois sur la moto de S. à foncer à travers les rues de Shiraz pour trouver ce truc! Ce n'était pas évident mais S. est une tête de mule, il a fini par nous trouver ce qu'il nous fallait et le pire c'est que c'est lui qui a payé. Heureusement que ça ne coûte pas le monde ici mais quand même! Du coup nous n'osions plus rien regarder dans les magasins car à chaque fois il voulait payer. On était déjà bien assez mal que ce soit lui qui paye tous nos repas et boissons pris ensemble!!!

Nous avons a nouveau partagé avec V. le repas envoyé en taxi par la mère de S. Nous avons passé le reste de la journée à regarder ensemble les photos de notre voyage et notre site sur Internet, à boire des thés, à discuter, à nous balader dans les rues et passer dire bonjour aux milles "amis" de S. L'un d'eux tient un magasin de logiciels et de jeux vidéo où l'on peut acheter des copies, ou alors les originaux qui sont d'ailleurs aussi des copies...

En buvant un thé S. nous parla encore une fois de son pays, du gouvernement, des mollahs qu'il déteste, etc. Pour lui le changement est urgent. Il nous expliqua qu'au début de l'intervention américaine en Irak, beaucoup d'Iraniens étaient contents et espéraient que le prochain pays sur la liste serait le leur dans l'espoir de voir renverser leur gouvernement. Bien sûr l'opinion a changé depuis. Du coup les gens qui aimeraient un changement ne savent même plus si ils doivent souhaiter une intervention ou non. S. constate bien le fiasco irakien mais il aimerait tellement voir son pays libre… du coup il ne sait pas sur quel pied danser.

Il y a peu la police avait fermé son magasin et celui de quelques autres pendant 38 jours en décrétant son business illégal. Il avait vendu tout son stock à des prix dérisoires au cas ou les choses tourneraient mal. Heureusement pour lui la justice avait décidé en sa faveur. Maintenant, S. aimerait traîner la police en justice mais, comme c'est compréhensible, ses amis et sa famille aimeraient le voir renoncer à ce projet. Lui ne s'est pas encore décidé mais il est conscient que c'est extrêmement risqué. C'est quelqu'un de décidé, un battant, si il renonce, je pense que ce sera surtout pour sa famille. Un de ses oncles, marié, des enfants, s'est fait exécuter pour avoir critiqué un peu trop fort le gouvernement.

En sortant de la maison de thé, il pleuvait. S. était tout content, comme lorsqu'il y a la première neige chez nous. V. nous rejoint pour aller manger un kebab. Le problème c'est qu'il y avait plusieurs sortes de kebab et nos amis voulaient que l'on goûte à tous. Après dix bonnes minutes de pourparlers avec le patron du restaurant (un autre ami de S.) ils ont simplement décidé d'en commander un de chaque! Il pleuvait toujours… Dans la voiture de V. la musique à fond et l'humeur dansante, je proposais d'aller boire un thé dans un endroit avec de la musique. Pensant musique moderne S. me dit qu'il n'y avait pas de tels endroits. Peu importe. Ils arrêtèrent la voiture devant une maison de thé et nous avons bu un délicieux thé à la cannelle, dans la voiture, sous la pluie en écoutant de la musique, dansant et claquant des doigts. V. nous offrit la cassette en souvenir de ce bon moment, depuis elle tourne en boucle sur notre autoradio. Parait-il que c'est un chanteur interdit ici car il vit aux USA. Cela n'empêche personne de vendre ce genre de cassettes et de les passer dans les magasins ou dans la rue.

Nous avons passé le reste de la soirée dans notre chambre d'hôtel à écouter de la musique occidentale. S. me pressait de montrer à V. comment on danse chez nous… On a encore parlé. V. nous trouve simple, il aime ça, il nous envie d'être libres et d'en profiter comme nous le faisons, qui pourrait lui en vouloir?

Il se fait tard, V. regarde toujours sa montre, sa femme l'attend à la maison. Le temps des au revoirs approche. S. m'offre encore un cadeau spécialement sélectionné pour moi parmi les meilleurs produits de son magasin. S. et V. semblent du même avis, il pleuvra demain, les routes seront glissantes et dangereuses, nous ferions mieux de rester à Shiraz… Mais il nous faut partir si nous ne voulons pas courir à la fin de notre extension de visa. Les hommes se prennent dans les bras, je serre intensément les mains. Personne ne dit grand-chose. Il disparaissent, la porte de la chambre se referme et nous voilà tout bêtes dans cette chambre. J'ai le cœur serré. Nous avons rencontré deux véritables amis avec qui nous avons beaucoup à partager, avec qui nous avons passé de bons moments. Nous savons très bien qu'il y a peu de chances que nos chemins se recroisent à nouveau. Reviendrons-nous un jour en Iran? Pourront-ils venir un jour en Suisse? Pouvoir les y accueillir serait pour nous un immense plaisir, cela voudrait dire que V. aurait obtenu un visa ou que S. aurait réalisé un de ses premiers rêve: voyager.


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.