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La côte (Bushehr – Bandar-e-Abbas 21-24.1.2005)  

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A notre grande joie nous sommes à nouveau réveillés par les rayons d'un magnifique soleil. C'est vendredi, la ville dort encore. Nous buvons le tchaï dans une jolie maison de thé, séparés des hommes présents par une rangée de colonnes bleues. Le patron semble sortir d'une BD de Corto Maltese. Grand, fin, tanné, les traits usés, la clope au bec, le komboloï pendu au poignet et les doigts couverts de bagues. Un peu de musique à la radio, les hommes se mettent à chantonner, taper des mains, l'un d'eux risque quelques pas de danse…

C'est vrai qu'au bout de cette péninsule de Bushehr, il doit bien y avoir quelque chose de louche! Les routes de la côte s'en éloignent à cet endroit et il y a étonnement beaucoup d'installations militaires dans les environs. Pourtant sur la carte de l'Iran (achetée en Iran) il n'y a que un petit village de symbolisé et des pistes poussiéreuses qui y mènent! Nous nous éloignons donc de la côte pour y revenir. Au loin, dans une brume étonnante que nous n'avons remarquée nulle part ailleurs, on devine des grandes installations qui pourraient bien être une centrale nucléaire et de cette zone sortent effectivement des lignes à haute tension.

Pique-NiqueLa petite route que nous suivons ensuite est superbe. Des rochers et montagnes érodés aux couleurs chaudes d'un côté, la mer de l'autre. De temps en temps un petit village couleur terre et quelques palmiers. Nous ne sommes qu'au début de la journée mais l'endroit est si beau que nous décidons d'y pique-niquer et d'y passer le reste de l'après-midi. Visiblement nous ne sommes pas les seuls à apprécier le lieu. Quelques familles de l'agglomération la plus proche y sont assises sur des couvertures pour le traditionnel pique-nique du vendredi. Nous nous installons sous les regards discrets et curieux. C'est un père et son fils qui font le premier pas en venant examiner notre réchaud à essence. On échange quelques mots et soudain, comme par enchantement, tout le monde est là, différentes personnes de différentes familles, sorties de derrières les arbres et les dunes. Nous les invitons à s'asseoir avec nous et passons le reste de l'après-midi à essayer de communiquer et à grignoter les quelques sucreries et pipas que nous avions en réserve. Nous passons un formidable moment et rions beaucoup, surtout grâce à un médecin qui sait quelques mots d'anglais et qui par ces mimiques explicites, devient vite le "traducteur" et le rigolo de la bande. On nous offre du thé, des dates, des oranges… En fin d'après midi, la grand-mère d'une de ces familles décide qu'il est l'heure de rentrer et tout le monde s'envole à nouveau comme par magie.

Le soleil est bas sur l'horizon et nous décidons de camper là. Chacune des familles présentes essaye de nous dissuader et nous invite dans sa maison qui  n’est jamais dans la direction où nous allons. Ils trouvent que c'est dangereux de camper ici la nuit. Nous leur demandons pourquoi et apprenons que la nuit il fait sombre et qu'il y a des gros chats qui rôdent!!! Terrorisés, nous décidons de rester quand même. Le plus dur reste à faire pour dissuader les deux soldats qui approchent d'un pas décidé. Sans nous demander notre avis ils nous affirment que nous ne dormons pas là ce soir mais dans la prochaine ville. Tout sourire nous leur demandons pourquoi, est-ce interdit? Comme ils nous disent que non, nous sommes bien décidés à ne pas bouger. Notre tactique est simple, à chacune de leurs question, nous leur racontons un bout de notre voyage, même si ce n'est pas du tout ce qu'il veulent savoir. Nous ne manquons pas de dire comme l'Iran est un pays magnifique et comme les gens sont accueillants. Même le plus réticent des deux finit par céder à ce stratagème. Ils s'en vont contents, nous donnant la "permission" de camper ici, non sans nous avertir eux aussi que la nuit est sombre et qu'il y a des animaux. Ils avaient tous tord, la nuit fût claire car la pleine lune était proche! Je crois que les iraniens ne sont pas familiers avec le camping. Pour eux il faut vraiment être le dernier des imbéciles pour avoir les moyens de se payer une chambre d'hôtel avec télévision et préférer camper dans une tente sur la plage au milieu des palmiers…

Nous nous étions déjà réjouis du petit déjeuné au soleil face à la mer mais c'est le bruit de quelques gouttes de pluie sur la tente qui nous réveille à l'aube. Nous voilà encore une fois en train de plier la tente à la va vite, à moitié réveillés et encore en pyjama. Le vieillard qui occupe la masure en pierre toute proche avec son âne nous observe accroupis à une dizaine de mètres de nous. Nous lui offrons quelques sucreries et oranges qu'il empoche avec de grands yeux et sans se faire prier.

Il ne pleut pas longtemps mais le temps reste maussade et les paysages perdent ainsi un peu de leur éclat. Un des chouettes moments de la journée est toujours d'aller faire les courses dans les bazars, les petits villages. C'est le moment de se laisser tenter par plein de nouvelles choses dont nous n'apprécions pas la moitié mais il faut bien se risquer pour quelques bonnes surprises! Après Kangan, le paysage change et devint rocailleux. Du coup les villages ne sont plus de terre mais de pierre. C'est aussi dans cette région que nous apercevons les premières femmes masquées. Certaines avec de simples rectangles de tissu noir, qui laissent une mince fente pour les yeux entre eux et le tchador. D'autres avec des masques plus sophistiqués, une bande de tissu noir autour du front, une le long du nez et deux sur les joues.

PétrochimieBandar-e-Taheri est un joli petit village animé au bord de l'eau qui nous tente bien pour passer la nuit mais il n'y a pas de "mosaferkhune" et pas vraiment de place où déplier notre tente. Nous continuons notre route mais ce n'est pas le bon endroit malheureusement. Cela fait quelques dizaines de kilomètres que nous apercevons de grandes flammes dans la montagne et nous voilà maintenant dans la zone des exploitations pétrolières. La côte y est inaccessible et bien sûr défigurée par l'infrastructure. Il y a juste ces flammes gigantesques et ces installations métalliques qui donnent à l'endroit, surtout à la tombée de la nuit, un air de ville de film futuriste à la "Blade runner". Nous ne sommes pas certains du charme romantique de la "Petrochemical Guest House" annoncée sur un panneau, nous préférons chercher plus loin. Une petite piste défoncée disparaît derrière les montagnes, cela pourrait être un coin pour camper. Bizarrement au bout d'une centaine de mètres la piste devient une bonne route goudronnée, pas de surprise, il y une base militaire au bout, nous faisons demi-tour. Une autre piste s'enfonce au milieu des palmiers mais cette fois nous sommes récupérés par le propriétaire sûrement qui ne veut pas nous voir camper là. Super sympa il nous indique un autre coin mais nous prévient aussi d'une grosse pluie. En tant que cultivateur nous le croyons et fonçons finalement jusqu'à Gavbandi, la prochaine agglomération avec "mosaferkhune" qui n'est pas si loin d'ailleurs!

Notre "mosaferkhune", avec son arrière-cour, a des petits airs d'Afrique. Les gens par ici sont parfois bien foncés et particulièrement ceux qui s'occupent de vider et cuisiner quelques dizaines de poulets dans de gigantesque casseroles installée sur d'énormes réchaud à gaz dans cette arrière-cour. Nous cuisinons aussi là et notre popotte sur notre petit réchaud à l'air ridicule. Les chats rodent en espérant chopper au passage un bout de viande égaré et les visiteurs de passage dans cette cour sont étonnamment nombreux. L'un deux apporte une bouteille de vin français au cuisinier. Nous nous approchons pour examiner la chose et notre visiteur prend peur. Nous le rassurons tout de suite, nous ne sommes que des touristes! Le cuisinier, forcé par la politesse iranienne, nous offre son précieux bien que nous refusons à son grand soulagement.

Il a plu toute la nuit et au lever, il pleut toujours à verse. Nous prenons le déjeuner à l'abri en observant les gens dans la rue. Il y a là un bon mélange. Certains sont déjà habillés du pantalon large et de la tunique. Le turban et l'arafat sont portés par beaucoup et de mille façons plus ou moins élégantes. Les femmes portent de grandes jupes colorées et brillantes ou des collants serrés et brodés aux chevilles avec par dessus de longues tuniques tout aussi colorées. Les couleurs les plus souvent associés sont le vert Islam, le rose pink, le orange pétant et le violet. Paillettes, miroirs, brillants et dorures sont de mise. Les tchadors des plus jeunes sont aussi de couleurs vives alors que ceux des plus âgées sont souvent noirs, gris ou blancs à petit imprimés de couleur sobre.

TombesLe soleil perce gentiment les nuages dès que nous reprenons la route et nous voilà tout heureux. Cet endroit de la côte offre à nouveau de magnifiques paysages aux couleurs chaudes, ponctués de tâches de vert tendre, cadeau des dernières pluies. Dans la région on trouve de plus en plus ces constructions qui me fascinent, ces espèces de coupoles légèrement coniques posées sur le sol et agrémentées de quatre petites portes réparties de manière symétrique. Ce sont des tombes mais elles ne sont pas assez nombreuses pour être celles de tout un chacun et trop nombreuses pour être celles de personnes vraiment importantes. Est-ce des tombes de riches, de religieux, nous n'avons toujours pas la réponse. Mais la vue de leurs silhouettes au milieu des ce paysage rocheux, de ces quelques arbres et de ces maisons comme des petits cubes me ravi inlassablement. Entre Shiveh et Bandar-e-Moqam, la route serpente entre les rochers et la mer aujourd'hui d'un turquoise profond.

A Bandar-e-Moqam nous avons un peu de peine à trouver notre chemin et il est difficile de se fier aux indications des locaux qui nous indiquent toujours la route la mieux asphaltée et la plus large, même si elle nous fait faire un détour d'une centaine de kilomètres. Souvent les gens ne comprennent pas que l'on veuille passer par des pistes, ils nous demandent pourquoi, étonnés, car pour eux il n'y a que des villages inintéressants desservis par ces chemins de terre. Cette fois nous aurions tout de même dû écouter nos quatre hommes qui nous proposaient un détour comme toujours. La route est coupée par une rivière gonflée par les dernières pluies. Nous renonçons à essayer de la passer, ne sachant pas si le reste de la route sera praticable. Sage décision car à l'endroit où notre petite route rejoint la grande, à Bandar-e-Charak, elle est définitivement coupée par une rivière en furie. De chaque côté les gens regardent consternés un camion qui s'est aventuré dans les eaux et qui, ayant basculé dans un trou, se trouve maintenant immobilisé au milieu de la rivière, attendant les secours. Le chauffeur et son aide, accroupis sur leur camion, ne font pas les malins et les autres se préparent à passer la nuit ici. Nous dormons à Bandar-e-Langeh, petit bled portuaire au joli bazar de nuit.

Nous déjeunons dans la petite maison de thé juste en dessous de l'hôtel. Un des clients nous amène des jolis paquets remplis de bonbons, d'autocollants et d'un petit livret contenant les écrits d'un emam parmi tant d'autres. Le packaging est super bien fait et les gens qui distribuent cette douce propagande doivent être plein de fric. Cela vient-ils des pays arabes ou du gouvernement iranien? Encore une question à laquelle nos quelques mots de farsi ne permettent pas de trouver une réponse sur le moment. Un autre client entre et porte sur nos petits paquets un regard plein d'envie. Comme nous avons deux fois les mêmes, nous lui en offrons un. Ce grand homme au teint buriné redevient enfant pour quelques instants et ses yeux se mettent à briller. C'est avec peine qu'il refuse trois fois note cadeau, comme la politesse iranienne l'exige, pour finalement accepter à la quatrième offre. Il s'assied à côté de nous, déballe les paquets, fourre quelques bonbons dans sa bouche et compare ses autocollants aux nôtres.

Bandar-e-AbbasLa route jusqu'à Bandar-e-Abbas est un peu moins belle que celle des jours précédents. Un relief plus bas, une végétation plus sèche, des villages moins charmants et surtout souvent éloignée de la mer. Nous ne nous arrêtons pas souvent et arrivons à Bandar-e-Abbas pour profiter du meilleur moment de la journée. En cette fin d'après-midi il fait encore une bonne vingtaine de degrés. Apparemment  beaucoup de touristes iraniens visitent la ville à cette période car l'été les températures y sont intenables. Au soleil couchant, touristes et locaux viennent au bord de l'eau se balader, sur les quais ou sur le sable (à marée basse), boire un thé, fumer la pipe à eau, ou se tremper les pieds. Les petits stands sauvages de thé et de pipes à eau sont très prisés. Boire un thé en observant les gens et le coucher de soleil sera l'occupation parfaite pour cette fin de journée. Sur les quais on trouve quelques fast food à l'occidentale et des "shopping mall" où viennent les riches touristes au foulard qui glisse en arrière, aux chevilles à l'air aux petits manteaux moulants. Plus loin il y a le traditionnel bazar bondé, vibrant de tous ceux qui ne peuvent que rêver devant les "shopping mall".

Evidemment nous déjeunons à l'un de ces stands au bord de l'eau sous un doux soleil et nous engageons la conversation avec son jeune propriétaire qui nous offre la pipe à eau et le thé. Apparemment le business est plus lucratif qu'on ne pourrait l'imaginer. Les jour normaux il fait 50$ de chiffre d'affaire et le vendredi 80-100$. Nous ne savons pas si il déduit ses frais de cette somme mais en tous cas, pour les standards iraniens, c'est beaucoup. A deux par exemple nous dépensons environs 20-30$ par jour tout compris, en mangeant dehors et dormant à l'hôtel. Les thés sont servis dans des gobelets en plastique et pas un "serveur" n'hésite une seconde avant de balancer les gobelets vides à la mer… Entre voir la mer, en apprécier la vue et la présence et vouloir la préserver, il faut croire que c'est seulement une question d'éducation qui fait la différence!


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.