Home  
Main Menu
 Home
 Map
 Articles
 Photo Album
 Short Movies
 Links

Map


Vers Mahan (25-26.1.2005)  

PDF  Print  E-mail  English

Vers MahanPourquoi pas passer un jour de farniente dans le plus joli village de la région d'après notre guide ? Direction Minab et déception! Les gens qui ont écrit ce … de guide ne doivent pas avoir bien exploré la région ou alors ce qu'ils appellent "la région" est vraiment un périmètre très réduit! Trop marre de ce bouquin ("Lonley Planet"), son seul avantage c'est d'avoir quelques cartes et des conseils de "mosaferkhune" bon marché!

Dans le coin, les femmes portent souvent un masque rouge brodé de dessins colorés. Il parait que c'est un accessoire ornemental et que ça n'a pas de signification religieuse. C'est un rectangle de tissus rigide avec un plis droit cousu le long de l'arrête du nez. Donc en plus de cacher le visage, il en efface les contours par ses lignes rigides. J'aurais bien aimé prendre une de ces femmes en photo, mais je n'ai pas osé leur demander car il est impossible de deviner leur expression.

Nous continuons donc notre route, cette bêtise nous vaut 50 kilomètres de détour et le pare-brise fendu par une pierre! Une fois en direction de Kerman, nous optons pour les petites routes et nous arrêtons près d'un village de terre entouré de palmeraies verdoyantes avec comme tableau de fond de jolies montagnes ciselées et bleuissantes. La voiture planquée à l'abri des regards, nous lisons en attendant la nuit. La palmeraie bruisse de toutes sortes de sons, des pompes à eaux, des oiseaux très en forme et des cris de gamins qui doivent sortir de l'école sûrement quelque part derrière ces palmiers. Les bergers rentrent gentiment leurs troupeaux, nous apercevons de temps à autre une silhouette qui se glisse entre les arbres, un paysan, des enfants, un chien ou des sortes de belettes. Une fois les soleil couché, les pompes à eau s'arrêtent et le silence n'est plus troublé que part les bruits des animaux qui semblent bien plus nombreux qu'avant et de temps en temps une moto qui passe au loin. Je ne suis qu'à moitié rassurée quand les différents groupes de chiens du village se mettent à hurler comme des loups dans l'obscurité alentour, mais la pleine lune qui sort de derrière les rochers m'apaise un peu.

Le lendemain c'est le bruit d'une moto qui nous réveille, il fait déjà grand beau. Dan sort la tête de la tente: "Bonjour! Bonjour! D’où? De Suisse. Pourquoi? Tourisme. Et l'Iran comment? Très, très beau, les gens sont très gentils". Notre homme est content, il repart. Nous déjeunons sous un magnifique soleil. C'est ensuite trois jeunes adolescents en moto qui viennent nous observer manger sans rien dire. Nous tentons quelques mots sans succès, ils s'en vont. Un quart d'heure plus tard ils sont de retour avec un quatrième larron qui cherche désespérément des yeux la tente sur notre toit. Nous venons malheureusement de plier et ses copains tentent de luis expliquer par gestes de quoi ça avait l'air. Comme ils ne sont pas plus loquaces qu'avant je leur offre des pipas. Ils ne refusent pas trois fois avant de plonger leurs mains dans le sachet, la glace est brisée et ils nous posent toutes les questions qui les tarabustent. C'est surtout la voiture qui les intrigue. Une fois qu'ils savent tout ce qu'ils voulaient savoir, ils restent à nous regarder plier bagage et nous n'entendons plus que le petit craquement des pipas sous leurs dents.

Les petites routes c'est charmant, il faut vouloir se laisser surprendre et être près à faire quelques détours étant donné les indications inexistantes. Mais il y a toujours des gens aimables pour nous renseigner et des motards, souvent de jeunes fous, tous contents de faire un bout de route avec nous. Une rivière à traverser, des bosses, des trous et nous revoilà sur le droit chemin, faisant de grands signes à nos bienfaiteurs qui s'en retournent à leur occupation première. Dans un de ces petits villages nous croisons beaucoup de femmes dont une seule masquée. Nous plaisantons méchamment en supposant que c'est la plus moche du bled, puis, plus sérieusement, nous nous demandons si lors des entretiens de "près mariage", la jeune fille porte ce masque ou si le prétendant à quand même le droit de voir le visage de sa future.

La région est aride et grise mais l'irrigation arrive à faire naître d'immenses tâches verdoyantes et productives dont certaines sont même recouvertes de serres. Les villages sont pour la plupart en briques de ciment, pas très jolis mais très vivants, avec leur lot de campements de nomades aux alentours et leurs tentes de cuir, de tapis, de plastique ou de palmier. Dans la région les plus jolis abris sont des sortes d'igloos à base ovale constitués d'une armature en branches de palmiers et d'une couverture en feuilles de palmiers.

Les iraniens ont deux ou trois voiture nationales produites en Iran et autant dire que ce n'est pas les plus performantes. Il y a la "Paycan" pratiquement toujours blanche, la "Saipa" une camionnette "pick up" bleue et quelques autre déjà bien moins courantes. La "Paycan" en France, aurait vite était surnommée "Caypanne" je pense. Les garages en sont remplis et sur le bord de la route, c'est souvent un défilé de capots ouverts. Nous en remorquons une jusqu'à Jiroft, agglomération sans charme mais qui apparemment se targue d'un musée quelconque. Nous cherchons un petit "boui-boui" où nous restaurer mais tous veulent nous envoyer visiter leur musée. Ils nous regardent d'un air déçu et culpabilisateur lorsque nous leur annonçons que nous voulons manger puis continuer notre route. L'un d'eux nous fait l'article de manière très convaincante: sa ville est petite, mais il y a un super musée et il ne faut pas que tous les touristes dépensent leurs sous à Esfahan ou Shiraz. Nous nous déculpabilisons en laissant quelques traces de notre argent à des vendeurs de kebab, de pain, d'oranges et de madeleines.

Nous continuons sans tarder jusqu'à Mahan. Avant que le soleil ne se couche, nous passons par de belles montagnes aux rares petits hameaux de pierre. De l'autre côté, c'est le plateau iranien que nous retrouvons, plat, gris et poussiéreux. Au coucher du soleil il s'habille de teintes chaudes et devient un peu plus accueillant avec ses collines violacées ondulant de loin en loin. Nous retrouvons aussi les températures hivernales à un peu moins de 2000 mètres d'altitude.


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.