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A notre réveil, nous découvrons Mahan. Les sommets enneigés sont tout proches et toujours magnifiques en contrastes avec le bleu profond d'un ciel froid d'hiver et ce paysage couleur terre.
A peine sortis pour faire quelques courses, nous tombons sur une sorte de philosophe fou qui a dû péter un plomb de trop à un moment de sa vie. Il nous assaille de questions existentielles et personnelles dans un anglais presque parfait: Quel est le sens de la vie? L'argent est-il nécessaire? Comment être heureux? Comment éviter les guerres? Faut-il croire en Dieu? A t'on besoin d'un "leader"? Comment être un mari/un père parfait? Quelles sont les meilleures études pour ses filles? Nous avons beau lui dire que lui seul doit et peut trouver les réponses à ses questions, il a décidé que les étrangers en savent plus que lui sur ces sujets. Pour ce qui est des questions existentielles c'est forcément faux et pour ce qui est des questions personnelles on a de la peine à imaginer comment on pourrait savoir mieux que lui, voire que ses filles, quelles études il faut leur faire faire. Bêtement je lui ai suggéré de demander à ses filles ce qu'elles en pensaient. Cela a donné naissance a toute une autre série de questions: Ses filles sont elles assez sages pour savoir ce qu'il leur faut? Doit-il écouter leur avis si il pense qu'elles se trompent? Les jeunes doivent-ils respecter et écouter leurs aînés et si oui pourquoi? N'étant pas vraiment bien placés pour répondre à ces questionnements personnels, nous avons pris congé à grand-peine de notre philosophe torturé.
Le vendeur de madeleines, un jeune, essaye de me toucher la poitrine. Plus rapide que lui je lui revoie sa main baladeuse dans la figure en prenant un air outré. Du coup le bonhomme est tout gêné, évidemment, il s'excuse platement. A quoi s'attendait-il? Les femmes occidentales ne sont-elles pas toutes "hot" et disponibles comme il le voit sûrement dans les films et surtout sur tous les sites pornos qu'il ne manque probablement pas de consulter à l'Internet café. Car ça ne loupe pas, un petit tour dans l'historique des recherches sur le Net de la journée est toujours très instructif. Mais peut-on vraiment leur en vouloir quand ce qu'ils voient dans la rue en guise de femme c'est des sortes de paquets noirs ambulants?
Les fameux jardins de Mahan, îlot de verdure surgissant d'un écrin de murs de terre, doivent être plus beaux à visiter au printemps lorsque la nature renaît ou en été pour savourer la fraîcheur apportée par les fontaines et la végétation au beau milieu de ce plateau aride. En hiver la nature dort encore, les bassins ne sont pas nettoyés et les fontaines pas en marche sûrement à cause du risque de gel encore possible. Malgré tout, la succession de cascades et terrasses au milieu de cette végétation reste remarquable d'une sobriété qui inspire l'apaisement. En partant en direstion de Kerman, nous découvrons qu'en dehors des rues principales, Mahan est une charmante petite ville de terre aux ruelles ombragées et aux maisons avec toute une série de petites coupoles en guise de toit.
A Kerman, il faut agir vite, les magasins sont en train de fermer plus tôt que d'habitude car le lendemain c'est vendredi. Il nous faut remplacer le pare-brise car les différences de température ont augmenté la fissure qui traverse maintenant le champ de vision du conducteur. Tout le monde nous indique un magasin où deux ados et deux gamins semblent en charge du travail. Ils semblent avoir la vitre qu'il nous faut. Sans avoir le temps de réaliser ce qu'ils s'apprêtent à faire, les deux mioches sont assis sur les sièges avant de la voiture, un tournevis en main et les pieds contre les pare-brise à pouser comme des sourds vers l'extérieur. La vitre cède, ils n'ont même pas essayé de l'avoir sans casse! Il y a de minuscules éclats de verre partout, super! Encore des amoureux du travail bien fait. Si ils nous avaient prévenu de leurs méthodes, j'aurais peut-être eu le temps d'enlever la bouffe qui traînait et mes habits… Comme ils voient que je suis moyennement contente, pour se faire pardonner, ils arrivent avec un espèce de souffleur d'air dont ils font la démonstration alors que je suis dans la voiture: résultat les bouts de verre s'envolent pour se déposer à des endroits où il n'y en avait pas encore ou me gicler dans les yeux! Il faut les retenir pour qu'il n'en fasse pas plus. Malgré tout, rien à dire, le tout est changé en 10 minutes et nous coûte 20.- francs suisses!
Une petite balade dans le bazar aux magnifiques voûtes et un moment de lecture accompagné d'un thé dans un très beau hammam reconvertit. Nous mangeons une délicieuse spécialité aux aubergines dans un endroit malheureusement horrible. C'est jeudi soir, les iraniens sortent aussi au restaurant et visiblement un chanteur médiocre qui s'y croit avec une sono grésillante et hurlante, cela ne les dérange pas, ils payent même pour ça et nous aussi mais cela nous fait râler. Dommage pour les aubergines, je serais volontiers revenue faire mes prochains repas de ce régal.
Le vendredi à Kerman se passe tranquillement. Lors de notre balade dans le bazar en plein air, le seul endroit un peu animé de la ville en ce jour férié, nous entendons soudain derrière nous une voix connue qui nous interpelle "Hello Mister Daniel"! Nous nous retournons, trop tard! Cette voix nous la connaissons de Mahan et le temps de revenir de notre horrible surprise, le "philosophe fou" nous a déjà posé une dizaine de questions toutes plus existentielles les unes que les autres. Nous prenons congé de lui plus vite et le plus poliment possible. Il a tout de même eu le temps de nous raconter que la nuit passée il a beaucoup réfléchi et que sa femme lui a même demandé de se taire! Forcément si il réfléchit à voix haute et avec le même débit que ses questions…
Nous nous séparons pour un moment avec Dan, il part faire quelques achats alors que je veux encore faire une ou deux photos du bazar qui reprend vie en cette fin de vendredi. Je n'atteins pas ce but car à peine seule, me voilà harcelée par quelques jeunes en chaleur et tripotée par nombre de mains baladeuses qui opèrent discrètement au profit de la foule. Je me débarrasse rapidement des mains baladeuses en allant dans un endroit moins bondé mais un espèce de jeune loup ne me lâche pas, j'ai beau tenté toutes les esquives, m'arrêter à un stand, ralentir le pas, accélérer les pas, il est toujours là à me chuchoter, je suis sûre vu son expression et ses bruitages, des insanités en farsi. Ce qui me choque le plus c'est que plusieurs personnes observent de loin son manège alors que je me suis dirigée exprès dans un endroit où il n'y a pas de foule, et mon attitude ne prête pas à confusion, mais il n'y a pas un vieux respectable ou un père de famille qui ne me vient en aide en lui faisant une remarque! Finalement, à la sortie du bazar, peut-être parce que l'endroit est plus en vue, il décide de me foutre la paix d'un coup et je rentre retrouver Dan, tout de même un peu déçue par ce genre de comportement. |