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Vers Zahedan (29-30.1.2005)  

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Nous croisons quelques villages isolés dans lesquels il ne doit pas être tous les jours facile de vivre, mais les expressions sur les visages sont surprises et accueillantes. Un peu perdus au milieu d'un village plusieurs pistes s'offrent à nous. Nous avons la malchance de demander notre chemin aux deux jeunes frimeurs un peu cons du bled. En ce jour de fête, ils sirotent une sorte de raki dans des petits sacs en plastique et sont complètement bourrés. Ils décrètent alors, sans nous demander notre avis, que ce serait vraiment cool de faire une course de voiture avec nous. Nous avons beau rouler lentement, ils nous attendent en restant à une vingtaine de mètres devant et nous faisant de grands signes pour que nous les dépassions. Si nous les dépassons afin au moins de ne pas bouffer la poussière qu'ils soulèvent, ils nous dépassent à nouveau à une vitesse phénoménale plutôt dangereuse pour tout le monde sur une telle piste et vu leur état. Nous nous les coltinons donc sur une bonne quinzaine de kilomètres avant d'arriver à les semer dans l'agglomération suivante. Le coin se prêtait bien au camping mais avec ces espèces de "zouaves" saouls, braillards et collants, impossible de s'arrêter et de déplier la tente discrètement sans les avoir dans notre lit en fin de soirée. Une fois débarrassés d'eux par contre, le paysage est moins accueillant et nous finissons par rouler jusqu'à Bam.

Nous arrivons de nuit. C'est surtout une multitude d'ampoules et de petites lumières qu l'on perçoit, mais derrière ces halos lumineux on devine les silhouettes du désastre du tremblement de terre qui a eu lieu l'année dernière. Les palmiers qui font de Bam une ville-oasis verte et agréable ont tenu le choc, le reste n'est que carcasses, tentes et containers. Rares sont les bâtiments qui ont survécu et à peine moins rares ceux qui sont en cours de construction ou reconstruction. Dans la ville, il n'y a qu'une place qui accueille les touristes, c'est la "guest house" de Akbar. Ce monsieur de 68 ans avait une "guest house" recommandée par tous les guides. Elle a été réduite en poussière par le tremblement de terre mais la plus grosse perte n'est pas la perte matérielle. Je pense que pas une personne dans cette ville n'a pas perdu quelqu'un de sa famille dans ce drame. Akbar est accueillant et souriant mais il regarde au loin et ses yeux brillent quand il parle d'avant. Il se raccroche comme il peut à la reconstruction de son auberge. En un an il a réussi à monter provisoirement des chambres, toilettes et douches avec eau chaude. Les gens continuent d'y passer, Bam étant sur le chemin de la seule douane ouverte pour le Pakistan au sud de l'Iran.

Le lendemain j'avais tout de même envie de retourner voir les lieux que j'avais visités quatre ans auparavant. La ville ressemble maintenant à une sorte de grand camping vert à moitié en construction, rempli de tentes et de containers. Ce qui fait un peu peur vu de l'extérieur, c'est que les gens semblent beaucoup s'appliquer à construire du provisoire qui pourrait facilement devenir du définitif si l'argent ou l'énergie venaient à manquer. Nous avons lu dans un journal occidental que le gouvernement iranien a beaucoup de peine à mettre au point le plan directeur de la ville parce qu'il a besoin d'obtenir des autorisations de nombreux petits propriétaires privés. Etonnant tout de même qu'un tel gouvernement, qui normalement ne se soucie pas tant de l'avis de son peuple, peine soudain quand il s'agit de reconstruire quelque chose avec des sous qui affluent de partout. Je suis peut-être un peu mauvaise langue. Akbar se dit content de ce qu'a fait le gouvernement jusqu'à présent, mais comme il le dit lui-même, il ne saura jamais si il aurait pu faire plus!

La citadelle, qui était un des joyaux de l'Iran et qui constituait pour la ville une source de revenu essentielle, est réduite en poussière. Peut on encore appeler le travail à venir de la "reconstruction"? Cela vaut-il la peine? Sûrement pour la survie économique de la ville. Maintenant les gens continuent à venir, surtout les iraniens qui, comme moi, veulent se rendre compte de l'ampleur de la perte. Mais la reconstruction prendra des dizaines d'années, surtout au rythme du pays. Qui viendra encore visiter entre deux, lorsque tout le monde aura fait son deuil?

Tour de surveillanceNous continuons la route, direction Zahedan. Nous pénétrons dans le Baluchistan, région au nom évocateur qui s'étend entre désert et montagnes, entre Iran, Pakistan et Afghanistan. Les guides, ambassades et offices du tourisme appellent à la prudence dans cette région. Ne pas s'éloigner de la route principale et ne pas rouler de nuit. La zone est paraît-il pleine de contrebandiers sans foi ni loi à qui passe parfois par la tête l'idée d'enlever un ou deux touristes, histoire d'arrondir les fins de mois. Nous avons été sages et, à rouler comme ça en plein jour sur la route principale, nous n'avions pas le sentiment que le danger rôdait. Du côté iranien, c'est surtout un désert inhabité, gris pierreux et un peu sableux que l'on aperçoit depuis la route. Deux détails donnent tout de même à cette route un petit air de décors de "western" oriental. Les petites tours qui jalonnent la route, sortes de postes de surveillance j'imagine, qui sont invariablement criblées d'impacts de balles et les carcasses de dromadaires qui se dessèchent au soleil. Apparemment certains dromadaires sont dressés par les contrebandiers à faire un trajet, toujours le même, à travers la frontière. Il sont ensuite chargés de drogue et lâchés seuls sur le trajet. Certains doivent tout de même se perdre et se faire écraser la nuit par les camions lancés à fond de train.

Zahedan est la dernière ville avant la frontière avec le Pakistan et donc une ville de contrebandiers au sang chaud. Pendant les quelques heures que nous y passons, beaucoup de gens semblent prompts à lever le poing sur leur prochain. Nous récupérons enfin mon visa pour l'Inde, à notre grande surprise cela nous prend juste une petite heure, quelle chance! Nous faisons une dernière fois le plein de la voiture car demain c'est le Pakistan qui nous attend. Fini le plein de diesel pour 2 francs suisses, les chambres bon marché chauffées au mazout qui ne coûtent rien et les douches chaudes qui vont avec. Mais fini aussi les kebabs!


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.