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La frontière (31.1.2005)  

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Désert BaloutchEst-ce l'approche de la frontière qui fait monter l'excitation de découvrir un autre pays ou est-ce simplement une envie de passer à autre chose au bout d'un certain temps? Le fait est que nous ne tenions plus de découvrir le Pakistan. Nous voilà tout motivés, roulant en direction de Taftan avec en tête  les souvenirs du passage de frontière anarchique entre l'Iran et la Turquie.

Cette fois le passage ne consiste pas en une simple et unique route qui passe par différents "check points" et bâtiments. La zone de la douane est une sorte d'immense terrain plus ou moins vague, clôturé et ponctué de différents bâtiments posés là sans logiques apparente. Ce n'est pas une frontière avec beaucoup de transit, probablement parce que tout passe à dos de dromadaire par les montagnes!!! Il n'y a que des camionneurs dont un convoi hollandais qui amène de l'aide aux victimes de Tsunami. A chaque étape, on nous indique vers quel bâtiment il nous faut ensuite nous rendre en voiture pour la suite de la procédure. C'est un peu comme un rallye avec des postes où il s'agit d'obtenir un ou deux tampons. Dans le bâtiment où il faut obtenir le tampon de sortie sur le carnet de passage de la voiture il y a plusieurs guichets dont on ne sait pas bien à quoi chacun sert. Personne ne fait la queue, le dernier arrivé fraye son chemin parmi les autres en attente jusqu'au préposé, l'interrompt, tchatche un moment, lui tend sa paperasse qui atterrit sur le bureau à un endroit tout à fait aléatoire. Il ne reste plus qu'à prier pour que le fameux préposé ne l'oublie pas caché sous son journal ou ne renverse pas son thé dessus. Malgré tout ça a l'air de marcher, les gens entrent et repartent à un rythme régulier.

A l'immigration, c'est l'heure du feuilleton et les quatre douaniers présents ne se battent pas pour examiner nos passeports. Un petit vieux à barbe blanche et turban essaye à plusieurs reprises de tendre le sien à travers le guichet. Si au bout de quelques secondes personne ne réagit, il continue d'amener ses paquets de l'extérieur à l'intérieur du bâtiment tout en retentant régulièrement le coup du passeport. Il doit bien connaître la douane et sa faune… Pendant que nous attendons nos tampons, il essaye ainsi trois fois sans succès de décoller un autre douanier de derrière l'écran de télévision!

Encore une grille et nous somme dans la zone pakistanaise. Il n'y a plus de chemin asphalté, cette fois c'est vraiment un terrain vague, poussiéreux, tellement défoncé que les voitures normales touchent un peu partout. L'appel à la prière et des musiques aux mélodies propagandistes envahissent soudain l'air pakistanais, déversés par des hauts parleurs iraniens stratégiquement dirigés. Au premier poste de contrôle, ils nous donnent un soldat dans notre voiture pour nous aider à trouver notre chemin jusqu'au prochain poste. Mais notre homme ne fait pas grand-chose à part sourire un peu bêtement. C'est nous qui devons à chaque fois lui demander si c'est à gauche, à droite ou tout droit! Soudain il se réveille, il veut savoir d'où nous venons et surtout si notre équipe nationale de football est bonne. Nous lui répondons que non et lui demandons si la pakistanaise l'est. Son visage s'éclaire et accompagnant un geste de la main avec son pouce vers le haut il nous répond "Okaaaaayyyyy"!!!

A côté du bâtiment où l'on enregistre les véhicules, c'est déjà le dépaysement complet. Tous les hommes portent la "shalwar qamiz", tunique souvent de couleur sobre et unie qui se porte sur un pantalon du même tissu, très large et à fond bas. Beaucoup portent aussi le petit chapeau brodé et découpé sur le front. Sur le "parking", les magnifiques camions décorés rivalisent de beauté. Les plus beaux brillent de milles feux, habillés leurs couleurs pétantes, motifs sophistiqués, brillants, pompons, foulards, fleurs en plastiques et lumières.

La pièce dans laquelle on nous accueille a un petit air de film. Un sol en ciment, un mobilier dépareillé, un ventilateur suspendu au plafonds qui comme toujours menace de se décrocher et surtout des tas de paperasses multicolores aux formats dépareillés qui couvre bureaux et meubles de rangement. Là au milieu quatre ou cinq fonctionnaires désoeuvrés qui discutent, lisent le journal ou somnolent dans un coin ou sur leur bureau. Celui qui nous accueille semble tout content. Il sort son immense registre pour nous inscrire mais les dernières lignes, raturées, ne sont pas de son écriture. C'est très inquiétant, du coup il ne sait pas quel numéro nous attribuer. Une fois le mystère éclairci, cette fois c'est sûr, nous sommes les septièmes touristes à passer cette frontière en voiture cette année, voilà qui est bien. On nous sert un délicieux thé au lait et notre homme nous fait un petit cours sur le Pakistan et nous concocte une liste de mots avec leurs traductions en Urdu. Nous voilà équipés, il ne nous manque plus qu'un chauffage électrique à livrer à son frère à Quetta! Ce passage de frontière nous a bien pris deux heures, mais je doute qu'il en existe de beaucoup plus agréables et instructifs.


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.