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Quetta (3 - 5.2.2005)  

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BalutchEnfin arrivés à Quetta, la première personne que nous rencontrons c'est le douanier qui avait enregistré notre passage à Taftan. Il pensait que son chauffage arriverait plus vite à destination mais cette histoire d'accident nous ayant retardé, il s'inquiétait et s'est renseigné avant de venir, le moment venu, nous attendre dans le quartier des hôtels bon marché, pas bête! Effectivement, si on croit le DC de Nushki, dans la région toute voiture étrangère qui passe un check point est signalée par radio ou téléphone au suivant. Comme il a beaucoup de ces postes de contrôle, ils savent toujours plus ou moins dans quelle région nous nous trouvons, à moins que nous décidions d'aller nous cacher derrière une dune pendant quelques jours et là je suppose qu'ils commencent à s'inquiéter.

Une fois posés dans une auberge sympa où l'on retrouve les deux Français et l'Autrichien, nous fonçons sans perdre une minute au bazar dans l'espoir d'y découvrir l'élu qui remplacera notre appareil photo endommagé. Ce n'est pas la première fois que nous constatons qu'être à la recherche de quelque chose de précis constitue en fait une manière assez intéressante de découvrir une ville, la quête est notre guide. Il faut demander par-ci par-là, découvrir le quartier de l'électronique, perdu entre celui des noix, des châles et des pots de peinture. Après il s'agit de savoir si c'est bien le bon, si il n'y en a pas d'autre, où se trouvent les stands d'appareils photo numériques et lequel offre le plus grand choix car ce n'est pas la concurrence qui va vous renseigner sur ce point là… Ceci faisant rien n'empêche de manger et boire pleins de bonnes choses aux petits stands de rue, des tchaïs bien chauds, des jus de fruits frais, des samosas ou pakoras préparés sur le champ, soupoudrés d'épices et emballés invariablement dans une page arrachée du bulletin des pages jaunes de New York City… De Quetta à Karachi c'est toujours les pages jaunes de New York City, allez savoir pourquoi, personne n'a réussi à nous expliquer ce mystère jusqu'à maintenant!

Le soir nous mangeons dans un de ces petits restaurants de rue, toujours associé à un boulanger qui le fournit en pain frais, et dont la devanture est simplement constituées d'une rangée plus ou moins longue de grosses marmites argentées dans lesquelles cuisent invariablement des tambouilles au fumet épicé et couleur curry. Juste avant de partir, nous y rencontrons un ingénieur civil parlant bien anglais, curieux et un peu seul dans cette ville qui n'est pas la sienne. Nous prenons un thé, discutons une bonne heure ensemble et la conversation est d'autant plus intéressante qu'il est très critique et a un certain sens de l'humour. Il nous pose beaucoup de questions sur la Suisse et la culture occidentale, tout en nous apprenant des choses sur son pays dont il est, comme tous, extrêmement fier. Comme le DC de Nushki, il nous parle de la structure familiale qui est très forte. Toute la famille habite dans la même maison ou le même quartier si ce n'est vraiment pas possible autrement. Quand on dit famille, il faut comprendre famille au sens large, comprenant plusieurs générations, oncles, tantes, cousins proches et éloignés, etc. Les mariages sont arrangés et souvent à l'intérieur de la famille étendue. Si ce n'est pas le cas, c'est la femme qui quittera sa famille pour rejoindre celle de son mari. Les plus riches de la famille sont censés entretenir les plus pauvres et ainsi personne ne devrait manquer d'un toit ou de nourriture. Est-ce vraiment le cas? Que faire si toute la famille est pauvre? Si il y a des handicapés, mentaux ou physiques, ils devraient aussi être pris en charge par la famille. Et en voyant certains dans la rue, on se demande si cela est vraiment mis en pratique. Notre nouvel ami nous pose beaucoup de questions sur les adolescents dans nos pays en rapport avec l'alcool, la drogue, le sexe et le suicide. Apparemment la vision transmise par les films de la jeunesse de nos pays n'est pas toute rose… Au moment de nous séparer, il insiste pour nous payer le thé et notre repas que nous n'avons même pas pris ensemble. Impossible de le faire changer d'avis, nous obtempérons avant qu'il ne se fâche et nous nous plions à la fameuse phrase "you are my guests" qui, dans ce pays, ne supporte aucune objection.

Nous passons encore un peu de temps dans un Internet café histoire de nous renseigner sur le prix et la qualité des appareils photo dénichés sur le bazar. Il n'a rien qui ne vaille le notre, du coup nous décidons de rallonger notre visite du Pakistan par la visite de Karachi, capitale économique du pays où nous trouverons sûrement un chois plus vaste. Comme nous hésitions sur cette destination, notre choix est guidé par cette justification. L'Internet café est tenu par une bande d'ados déchaînés qui mettent de la musique à plein tube, on se croirait dans une discothèque et ça nous fait plaisir de voir ces jeunes écouter la musique qu'ils veulent sans devoir s'en cacher.

Nous avons un autre but à Quetta, faire remplacer ou redresser notre pare-choc, car comme nous avons pu le constater, c'est tout de même bien utile. Nous sillonnons la ville, demandant à beaucoup de gens qui nous indiquent tous des endroits différents pour ne pas devoir nous avouer qu'ils ne savent pas nous renseigner. Le Pakistan c'est "Toyota Land" alors impossible de trouver un nouveau pare-choc pour notre Nissan. C'est "Mister Baluchistan" en personne, un body builder qui nous sauve en nous emmenant au garage de son frère en plein milieu de bazar. Pendant que son frère s'occupe de nos petits soucis de tôle pliée, "Mister Baluchistan", les cheveux gominés dans sa "Shalwar Qamiz" blanche immaculée, nous fait asseoir dans l'atelier et nous offre des thés et des biscuits pour nous faire patienter. C'est plutôt sympa, mais cela devient vraiment très gênant lorsque une fois notre pare-choc redressé, lui et son frère refusent tout paiement: "You are our guests"! Voilà, la voiture est toute belle, il ne nous reste plus qu'à poncer le tout et à repeindre avant qu'il pleuve et que ça rouille.

Alors que nous mangeons quelques légumes et dahls pour le repas de midi on refuse notre argent au moment de l'adition car un autre client vient de payer discrètement pour nous. Ce dernier, propriétaire d'un magasin de plastique, nous invite encore à boire le thé dans une sorte de garçonnière qu'il partage avec d'autres tenancier de petits magasins. Là, il y en a qui discutent, rigolent, téléphonent avec leur natels, regardent de matches de catch en DVD ou écoutent de la musique alors que d'autres font la prière! Vu de cette façon cette fameuse nous apparaît plus comme un automatisme que comme un moment de recueillement et de communication avec Dieu. Comme nous leur avouons que les matches de catch c'est pas vraiment notre truc, ils changent pour un DVD de musique et danse traditionnelle, le deuxième genre de DVD qu'ils semblent posséder dans leur collection. Nous tchatchons un peu pour découvrir que nos hôtes n'aiment pas leur gouvernement et qu'ils admirent le gouvernement iranien… Serait on tombé sur des fanatiques ou juste des très religieux? Il manque des fenêtres au local, on nous explique que c'est une bombe qui a explosé récemment, sûrement parce que le bâtiment abrite un nouveau parti politique visiblement pas très apprécié de tous. Nous ne nous attardons pas trop. En fait la région est assez agitée, le journal local parle de beaucoup d'attaques à main armée et de sabotages à la grenade ou au lance roquette contre des installations genre lignes électrique, voies de chemin de fer, postes de contrôle, etc. Chaque nuit il se passe quelque chose. Si à 10h du soir nous sortons de l'hôtel, il y a toujours quelqu'un pour nous demander où nous allons et quand nous comptons revenir. Si nous leur demandons pourquoi ils nous demandent ça et si c'est dangereux de sortir à ces heures, ils répondent d'un air offusqué que bien sûr que non!

Pendant ces quelques jours à Quetta, nous avons encore rôdé dans les magasins de livres en essayant de trouver des informations sur le sud du Pakistan car notre guide est très sommaire sur cette région. Ce ne fût pas très fructueux. Nous avons aussi essayé de tirer les vers du nez au responsable de l'office du tourisme. Il nous apprend qu'il n'y a aucun problème, que nous pouvons voyager en sécurité dans tout le Pakistan. C'est une bonne nouvelle mais comme par hasard, quand on lui parle de notre intention d'aller à Karachi il nous dit qu'il faut nous lever tôt et nous seront le soir là-bas si nous roulons bien. Pour le provoquer, nous lui disons que la route est longue, que nous comptons faire plusieurs étapes, visiter les villages sur le chemin et emprunter parfois les petites routes… Soudain rien ne va plus. Il ne faut pas nous arrêter entre deux et si jamais nous ne pouvons pas l'éviter il faut avertir la police de notre arrivée! Pourquoi, est-ce dangereux? Non, non, pas le moins du monde mais c'est vraiment mieux si nous allons à Karachi sans nous arrêter. Conclusion, il faut faire attention mais ce n'est pas les officiels qui avoueront que certaines régions de leur pays sont moins sûres que d'autres, ils veulent juste qu'on voyage de ville en ville, sans s'arrêter entre deux et toujours sur des grandes routes!!!

A part ça nous passons la plupart de notre temps à Quetta dans le bazar où il y a toujours une atmosphère vivante et fascinante. Comme à chaque fois l'idiot du village nous repère. Il nous suit tout content en nous tenant des discours très peu hygiéniques vue le nombre et la grandeur des postillons qu'il nous crache dessus. En plus il aimerait bien qu'on mange les bouts de carotte rabougris qu'il sort régulièrement de la poche de sa veste. Au bout d'un moment, nous arrivons à le semer discrètement, pas que les autres pakistanais n'aient pas essayé par des moyens plus brutaux de l'empêcher de nous suivre, le houspillant, levant la main sur lui et se retenant devant nos regards réprobateurs. Je me suis acheté un grand châle pour me couvrir la tête et les épaules comme les femmes ici, je pense que c'est très apprécié et les regards scrutateurs masculins sont déjà assez nombreux comme ça. Nous avons aussi acheté des habits pour Dan car il paraît que les Pakistanais apprécient si l'on s'habille comme eux. La première fois que Dan sort habillé ainsi, nous ne somme pas sûr que ça n'ait pas l'air ridicule mais la réaction des gens nous fait vite oublier cette idée, ils sont heureux et fiers et chacun y va de sa remarque pour dire comme ces habits sont beaux et comme Dan les porte bien. Le vendeur de fruits du coin lui tombe même dans les bras et veut absolument nous présenter au boulanger qui nous montre tout son art de faire des galettes toutes fine qu'il plaque contre les murs de son four d'un geste dynamique. Nous passons un moment avec cette joyeuse équipe à beaucoup rigoler même si pas l'un de nous ne comprend ce que dit l'autre!

Nous rencontrons encore une fois notre ingénieur civil au même restaurant que la dernière fois. Nous parlons des fêtes, religieuses ou non. D'où vient le Père Noël, qu'est-ce que la Saint-Valentin qui fait son apparition depuis quelques années au Pakistan et qui ne plait pas bien à notre homme célibataire. Pour le premier avril, le truc ici est de passer discrètement un anneau autour du pan arrière de la longue chemise du voisin afin qu'il se balade avec une sorte de queue… Cette fois aussi nous ne pouvons rien payer de notre repas!

Le jour du départ, il fait gris et il pleut. Au moment du déjeuner, la pluie a cessé, un handicapé dans sa chaise roulante à pédales à main, mange à quelques mètres de nous son repas. Lorsque soudain il se met à grêler et que, bloqué par un petit rebord, l'handicapé ne peut pas se mettre à l'abri, tout le monde se met à rire et se moquer de lui au lieu de l'aider. L'handicapé se fâche, demande de l'aide mais les gens continuent de le railler et lui font signe de déguerpir. Le voilà qui balance par terre son déjeuner de toute façon ruiné et part à la recherche d'un abri accessible sous la grêle battante. Nous n'avons pas saisi tout de suite la situation, abasourdis de surprise. Comment ces gens qui, sous les principes de la religion, respectent les plus âgés, donnent une part de leur argent aux pauvres et reçoivent les étrangers comme des rois peuvent-ils se comporter ainsi? En plus ce n'est pas exceptionnel, nous aurons l'occasion de voir des comportements similaires à plusieurs reprises et ceci toujours à l'égard d'handicapés, de simplets ou simplement de marginaux. Du coup je me demande ce que dit le Coran à ce sujet?


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