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Vers Peshawar (27-28.2.2005)  

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Route de KohatA l'horizon se découpe une jolie rangée de montagnes que nous attaquons gaillardement par rapport aux camions surchargés qui ne peuvent aller qu'au pas à la montée et qui prient Allah à la descente pour que leurs freins ne lâchent pas. En haut, le paysage est plus caillouteux et accidenté. C'est le jaune criard du colza vient supplanter le vert omniprésent des champs du Punjab. Il fait plus frais, la nature est moins avancée et les arbres sont encore un peu gris de l'hiver. Il y a en a un peu plus d'ailleurs et les maisons recouvertes de galettes de bouse se font plus rares. Effectivement ces galettes, une fois sèches, servent de combustible et comme le fait remarquer Ella Maillard dans "La voie cruelle", elles sont le signe des pays pauvres en bois. Ici un des grandes occupations des personnes croisées sur le bord de la route consiste à ramasser du bois mort. On peu aussi l'acheter au kilo sous forme de petit bois, de bûches et de branches de toutes les tailles. Certains "stands"se spécialisent dans un format, d'autres offrent toute la panoplie, et ils pèsent le tout sur d'immenses balances à plateaux.

Il fait un peu gris et nous ne pouvons jamais payer ce que nous commandons à manger et à boire dans les petits bleds sur le chemin. Il faut refuser beaucoup d'invitations à boire le thé, à manger, à dormir et à visiter les maisons. C'est dur car chacun espère que l'on accepte, semble déçu de notre refus, n'arrive pas à comprendre que si nous acceptions toutes les invitations, nous passerions des années dans ce pays. Cela semble leur faire tellement plaisir, des fois je me sens un peu coupable.

A la tombée de la nuit nous trouvons un coin abrité d'arbres près d'une maison pour camper. Comme toujours nous demandons aux gens du coin si cela ne les dérange pas. Les jeunes de la famille nous accueillent avec un grand sourire et ne semblent pas trop collants, c'est pas mal mais bientôt un homme plus âgé, le père peut-être, nous explique que nous sommes à côté de l'école, que ça ne va pas, etc. Il ne veut pas nous voir dormir ici, c'est clair, nous plions bagages au regret sûrement des adolescents qui nous regardent partir en nous faisant des grands signes. Plus loin, l'accueil est aussi mitigé au départ, ils veulent tous nous envoyer à l'hôtel du prochain bled. Nous leur expliquons que c'est juste pour une nuit et comme le Pakistan est un pays magnifique et ils acceptent finalement avec le sourire. A partir de ce moment ils veulent aussi nous inviter mais n'insistent pas trop. L'endroit est très beau, sous des arbres au bord d'un verger et de champs, les gens sont tranquilles et nous pouvons profiter d'une soirée calme avec la visite d'un ou deux hommes un peu plus curieux que les autres.

Le lendemain nous dormons jusqu'à 10h sans que personne ne vienne nous réveiller pour je ne sais quelle raison bidon, c'est le pied! Il fait un temps parfait et nous devinons quelques curieux qui nos observent mais de bien loin. Quelques uns d'entre eux trouvent le courage de s'approcher pendant que nous déjeunons. Entre autres le propriétaire du terrain sur lequel nous sommes qui vient nous souhaiter la bienvenue, un vrai sujet de photo, tout en blanc, bonnet et barbe blanche, sur son vélo tout rouillé. Il veut nous inviter chez lui pour boire le thé ou pour manger mais comme c'est exactement ce que nous sommes en train de faire nous avons une bonne excuse pour refuser. Il part un peu contrarié, il n'a pas trouvé le moyen de nous offrir quelque chose. Nous le voyons faire demi-tour et revenir vers nous le sourire aux lèvres. Il farfouille dans ses nombreux sacs à commissions suspendus à son guidon et nous tend tout fier un petit paquet de lessive "Ariel". Nous le remercions un peu surpris et il repart heureux car il a été bon envers des étrangers comme l'enseigne le Coran.

Pendant que Dan offre le café à un paysan qui nous ayant repéré de loin nous a apporté du lait frais, je vais visiter la maison avec les femmes. On ne peut pas échanger un mot car non seulement elles ne savent pas l'anglais mais n'essayent aucun geste d'explication pour accompagner leurs questions en urdu et elles ne semblent pas très flexibles avec la prononciation de mes trois mots d'urdu. Il y aurait là de magnifiques portraits à faire de ces femmes aux voiles colorés, accroupies au milieu de la cour, à côté des vaches et des chèvres, en train de faire la vaisselle, de discuter et de rigoler. De cette femme aussi qui empile deux belles cruches en terre d'une bonne dizaine de litres chacune sur sa tête et s'en va au puit comme si de rien n'était. Elle a de la chance, elle ne doit pas comme la femme d'Akbar marcher jusqu'au lac pour aller chercher l'eau tous les jours, le puit est juste derrière la maison, sous un arbre au milieu e la verdure, tellement pittoresque que je n'aurais jamais cru que cela puisse exister autrement que pour des décors de films.

Nous plions bagages en essayant de récupérer poliment toutes les choses que notre amis au lait frais essaye de s'approprier dans notre voiture puis départ vers Peshawar. Sur la route, un petit "dhaba" (restaurant de bord de route) idyllique, au milieu de rien, avec des "charpoï" au soleil qui attendent le voyageur fatigué ou affamé. Les "charpoï" sont ces fameux lits multifonctionnels dont je parlais l'autre jour et que l'on rencontre partout au Pakistan, faits de cordes tressées et tendues sur un cadre en bois fixé sur quatre pieds dont je parlais. Je conduis un moment et c'est toujours drôle de voir la réaction des hommes, moitié étonnés, moitié impressionnés. Quand une voiture me dépasse, je vois souvent le passager, la tête penchée par la fenêtre en train de me dévisager. Je me fais des frayeurs quand j'oublie qu'ils ont le volant à droite et que je pense que c'est le conducteur qui m'observe ainsi, regardant pendant des secondes entières en arrière alors qu'il me dépasse à 90 km/h!!!


© 2004 Sylvaine Vanet & Daniel Gehriger. All rights reserved.